L. I, n° xxii
dans les Apres controverses des théologiens ses contemporains, tant d'exemples. 11 faut pardonner à la « mauvaise humeur1 » que souvent on ne pont maîtriser, il l'avoue, en face de la résistance des hommes ou de la contrariété des événements ; il faut surtout tenir compte de la présence d'adversaires injustes et violents qui rendent parfois la modération fort difficile. Et Bossuet n'a aucune peine à convenir que les « excès » des ennemis de Luther « n'étaient pas petits2 ». Mais il n'en est pas moins persuadé que ces colères « impétueuses et insolentes3 » étaient, chez lui, bien moins l'échappée accidentelle d'une parole qui s'oublie, que la manifestation involontaire d'un tempérament indompté.
Et, à son ordinaire, il en donne des exemples significatifs. Quand Luther injurie ou menace si grossièrement le Pape, ce n'est pas seulement dans quelque sermon ou dans un écrit de polémique; « ce n'est pas un harangueur qui se laisse emporter à des propos insensés dans la chaleur du discours ; c'est un docteur qui dogmatise de sang froid et qui met toutes ses fureurs en thèses. » Son intérêt même, pourtant, lui conseillait plus de calme. « Un homme qui se disait le « réformateur du monde » ne devait-il pas se sentir « obligé », par le rôle même qu'il s'attribuait, « à se rendre plus maître de lui*? » Mais point. A peine si l'âge et la fatigue d'une vie de disputes s le calmèrent par instants vers ses derniers jours. Les attaques et la contradiction ne cessèrent de l'exaspérer, et « lorsqu'il tire à sa fin », on le trouve « plus furieux » que jamais, plus insoucieux « de toute pudeur » et de « s'immoler à la risée publique, pourvu qu'il pousse tout
1. L. V, n° xv : « On est quelquefois de mauvaise humeur, je l'avoue, quoiqu'un des principaux et des moindres effets de la vertu soit de se vaincre sur
cette inégalité; mais que peut-on espérer quand un I ne, et encore un homme
qui n'a pas plus d'autorité ni peut-être plus de savoir que les autres, ne veut rien entendre et qu'il faut que tout se passe à son mot? »
2. L. I, n° xxu ; I. V, n° n. — Cf. Hoff, Vie de Luther, p. 117-119.