L. IV, u°s xxviii et xxx
à l'extrémité contre ses adversaires1. » Ceux-ci avaient assurément le droit de le traiter d' « insensé », presque clans le sens exact du mot, et Bossuet, à qui des études récentes, et peut-être menées assez loin, de philosophie naturelle2, semblent avoir inculqué l'idée cartésienne que les passions dépendent presque entièrement du corps, parait lui-môme se demander parfois si les « excès inouïs », « bizarres3 », de cette fougue inguérissable ne tenaient pas à une cause morbide. « Les fièvres les plus violentes ne causent pas des transports pareils » à ceux dont Luther donna si souvent de gaité de cœur le peu édifiant spectacle \
Ses disciples mêmes étaient scandalisés, mais que faire? Que dire même? Car Luther admettait malaisément la résistance. Autour de lui, jusqu'à la fin de sa vie, « on murmurait sourdement...; personne n'osait parler. » Il était de la race de ceux qui, après avoir « soulevé » les peuples contre l'autorité qui leur pèse, « se font euxmêmes tyrans5 ». Dès le début, il avait déclaré fièrement qu'il n'exposait pas des recherches, ni ne proposait des doutes, mais qu'il promulguait des décisions. Il tint parole : « il n'y eut jamais de maitre plus rigoureux que lui, ni de tyrannie plus insupportable que celle qu'il exerçait dans les matières de doctrine. » C'était principalement, en effet, sur la doctrine que Luther se voulait donner cette autorité absolue. Les plus savants, les plus éminents de ses amis étaient ceux qu'il « contraignait » le plus. Leurs complaisances, comme « les soumissions » de ses adversaires, ne servaient qu'à le rendre