‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 239 sur 327 · L. II, n° xxx · texte numérisé non relu

L. II, n° xxx

met Luther au-dessous de Calvin. Car, dit-il, si Calvin l'emportait « par l'étude, » sur le réformateur allemand dont « le savoir était médiocre an fond, » il lui fut « inférieur par le génie. ;; Luther avait « quelque chose de plus original et de plus vif. » Le style même de Luther n'est pas moins estimé de Bossuet que celui de Calvin. L'historien catholique croit sans peine que Luther « maniait sa langue maternelle avec clarté et élégance 2, » et quant à ses écrits latins, qu'il connaît, il ne parait nullement avoir été choqué de « ce style grossier et sans rien d'uniforme, » de cette « forêt » et de ce « chaos » de paroles dont Luther était le premier à s'accuser3.

Toutefois, aux yeux de Bossuet, la haute et distinctive supériorité, l'éminent moyen d'action du fondateur de la Réforme, c'était la parole. « C'est par où il enlevait tout le monde. » Il fut « l'orateur le plus véhément de son siècle : son éloquence vive et impétueuse entraînait les peuples et les ravissait4. » Et ce n'étaient pas des triomphes inefficaces, ni cet enchantement stérile de l'oreille et de l'imagination que vole parfois la rhétorique : Luther obtenait, — Bossuet le note en connaisseur, — le plus beau succès que puisse rêver l'homme qui parle : il « animait » ces masses humaines qu'il est aisé de toucher et mal aisé de faire agir. Ses sermons « suscitaient des exécuteurs à ses prophéties 5. »

Dépeindre avec autant de précision et de vivacité

1. L. I, n» xxxii ; I. IX, n« lxxxi. — Cf. sur le peu d'érudition de Luther, Hoff, p. 68. — Pallaviciiy, au contraire (Hist. Conc. Trid., I. VI, cap x) • « Copiosam rei-um eruditionem obtinuit... Eruditionis affluentia. »

2. L. IV, n» i ; I. VI, n° xm. Bossuet, dans l'hypothèse d'une réconciliation fcvec les protestants d'Allemagne, consentait à ce qu'on laissât la version de Luther une fois revue, entre les mains des peuples. (Ré fi. sur l'écrit de Molanus, p. II, ch. v.) '

3. L. I, n" xx. Cf. Luther, Resolutiones do. potestale Papae, Op. lai éd Schraidt, t. III. p. 296-297; et dans Kuiin, t. II, p. 501.

4. Bossuet désigne justement l'éloquence de Luther par son caractère principal et distinct.f. S'il est vrai que, selon le mot d'Eoban Hess : « tous 1rs cœurs se fondaient a la parole de Luther, comme la neige au printemps » (Kdhw t I p. o(k), cette pénétrante douceur n'est pourtant pas la qualité qui a survécu dans ses ouvrages écrits et qui s'y présente le plus habituellement

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