‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 253 sur 327 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

résistance violente à la persécution religieuse avait été approuvée et encouragée par les autorités ecclésiastiques du Protestantisme d'alors.

Voici les preuves que Bossuet avait apportées :

1° La résolution prise en 1559 par les ministres vaudois, lors de l'attaque des « Vallées » par les troupes du duc de Savoie ;

2° La consultation de jurisconsultes et de théologiens qui précéda la conjuration d'Amboise ;

3° Le conseil tenu par les Calvinistes à Paris au lendemain du massacre de Vassy et à la veille de la première prise d'armes ;

4° L'opposition faite, par les ministres qui entouraient Condé à Orléans, à la conclusion de la paix;

5° Deux décisions prises par le Synode national, tenu à Lyon en 1563.

voulaient à la vie du roi. Bossuet s'était borné à dire que le fait seul « de se saisir, et, au besoin de se défaire des ministres » de François II était légalement criminel, et qu'au surplus le tumulte de l'attaque nocturne projetée mettait la famille royale en danger.

Il a tort de reprocher à Bossuet d'avoir mal à propos confondu l'assemblée des conjurés qui se tint à Nantes, avec les États que, une fois l'affaire faite, on se proposait « de réunir pour aviser au gouvernement ». C'est qu'en effet le conciliabule préparatoire de Nantes, dont Bossuet parle d'après Bèze, prenait le titre d'États et les publicistes protestants affectèrent d'y voir une assemblée régulière de tous les Ordres de la nation, assemblée légitimement investie du droit de « procéder contre les Guises. »

Au sujet de la première prise d'armes, Basnage prétend que c'est un « paradoxe inouï » de soutenir que le duc de Guise « ne faisait rien que par l'ordre du roi. » Oui, si Bossuet avait voulu ici désigner le « roi de France », mais c'est du roi de Navarre qu'il parle en ce passage.

« M. de Meaux, — dit encore l'écrivain protestant, — a contesté (moins franc sur ce point que Maimbourg) que les lettres de la Heine-Mère au prince de Condé fussent sincères... » Tout au contraire, Bossuet ne fait pas difficulté de reconnaître que sans l'intervention , — légitime à ses yeux, — des Triumvirs, Catherine « dont toute la politique n'allait qu'à se maintenir par de dangereux ménagements », eût livré Charles IX à Condé et se fût tournée à ce moment vers les Huguenots. Cf. l'Histoire de France du Dauphin, (Œuvres de Bossuet, éd. Lâchât, t. XXV, p. 519-521), où Bossuet reconnaît sans difficulté que Catherine était même « résolue à se déclarer huguenote si elle eût trouvé le parti puissant. »

Et enfin pour ce qu'avait affirmé Bossuet de la prompte décadence de « cette belle discipline » huguenote dont la légende tenait si fort au cœur des Protestants, il n'avait fait là, quoi qu'en dise Basnage, que reproduire les aveux d'auteurs non suspects tels que La Noue, qui, dès la première guerre civile, déplore la disparition du bel ordre et de la « modestie » des premiers jours.

La réalité d'aucun de ces faits ne prêtait à conteste. Mais ce que Basnage reprend avec raison, c'est l'importance que Bossuet leur avait attribuée.

D'abord à la petite guerre des Vaudois. Une poignée de montagnards, traqués sans quartier par des soldats munis d'ordres impitoyables et que les difficultés de cette chasse à l'homme exaspéraient encore, était dans un cas évident de légitime défense, et la conduite de ces pauvres gens ne peut être considérée avec justice comme ayant engagé et entaché la conscience de la Réforme.

La consultation qui précéda l'affaire d'Amboise est également irrécusable ; mais prouve-t-elle que ce soulèvement ait été officiellement autorisé par les docteurs du parti? Qui étaient, au juste, ces docteurs? On n'en sait rien. S'il est possible, comme Bossuet le croit, que les jurisconsultes et les théologiens de France et d'Allemagne qui formèrent ce conseil fussent tous partisans des idées nouvelles, cela n'est pas certain, comme Basnage a raison de l'objecter. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'on ne discuta, en cette circonstance, qu'un point de « droit humain ». Les conjurés prétendaient seulement, dans cette délibération, remédier « à un défaut de forme » , en ordonnant une sorte d'enquête préliminaire contre les Guises. On ne se proposa pas alors de lever un scrupule religieux, mais de résoudre un cas de conscience politique.

L'assemblée tenue à Paris à la veille de la première prise d'armes n'est pas plus concluante. Qu'était-ce, encore ici, que cette assemblée « où se trouvaient les principaux de l'Eglise », car ce sont là les propres mots de Bèze? C'était, à ce qu'il semble, un conseil politique, composé, dans sa plus grande partie, des chefs laïques du parti, lesquels, surtout à cette date, étaient, tout aussi bien que les pasteurs, les « principaux de l'Eglise. » Que la demande qui leur fut faite par « certains personnages », à savoir si l'on pouvait « faire justice du duc de Guise », regardât la conscience, Bossuet le dit, et cela

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