‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 257 sur 327 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

La Défense de V Histoire des Variations , publiée en 1691 ' entre le cinquième Avertissement et le sixième, s'en distingue par un caractère assez différent.

Elle vise spécialement les réponses de Basnage a et de Burnet. Elle n'est plus, comme chacun des Avertissements, un appendice, — théologique par le fond, oratoire par le ton, — du grand ouvrage de 1G88; elle en est vraiment le complément historique. On y sent toujours, sans doute , et par-dessus tout , — comme au reste dans Y Histoire des Variations elle-même, — l'insistance militante et prêchante du controversiste chrétien , du missionnaire de l'Eglise qui brûle de convaincre, pour sauver. Mais il se peut que cette mystique ferveur se mêle ici d'un sentiment plus humain. Je ne sais si, à côté du prêtre, la Défense des Variations ne trahit pas quelquefois le savant, qui s'est épris de ces problèmes du passé sur lesquels il a si longtemps vécu, si ardemment peiné; qui s'était flatté , aux heures vraiment douces où la vérité se laisse atteindre , d'avoir dégagé et illuminé sur quelques points cette vérité précieuse; et qui, maintenant, se voyant disputer les résultats chèrement acquis de ses recherches , s'excite par la contradiction et, malgré lui, se pique d'honneur. La chaleur, parfois irritée, avec laquelle il revient défendre ses conquêtes menacées; la subtilité, parfois impatiente, avec laquelle il maintient ses conclusions dans

1. Bibliographie : Défense de l'Histoire des Variations contre la re'ponse de M. Basnage, ministre de Rotterdam, Paris, J. Anisson, 1G91, in-12; — Paris, Deliissaii.r, 1727, in-12.

Sur le succès des Avertissements et delà Défense, voir les lettres cTArnauld, du 25 novembre 1689, du 1er juin 1691 (à Du Vaucel) ; du 5 juin 1691 (à Dodiirt) ; du 21 novembre 1691; — Journal des Savants, 1701, p. 568-569; — lettre du cardinal d'Aguirre à Bossuet, du 10 juillet 1696 (édit. de Versailles, t. XXXVIII, p. 21); — lettre de Bossuet à Nicole, du 7 décembre 1691; — lettres de Madillon à Sergardi {Corresp. des Bénédictins, éd. Valéry), avril et mai 1690. — Sur les apologies de Y Histoire des Variations composées par quelques catholiques, amis de Bossuet, voir plus haut, p. 322, n. 3.

2. « Dès que Bossuet eut lu la réponse de Basnage à YHistoire des Variations, « il suspendit » aussitôt « ses Avertissements... pour défendre son histoire. » Édit. Le Queux et Le Roi, préf., p. lxxk. Le 6 mars 1690, il n'avait pas encore connaissance de l'ouvrage de Basnage (Lettres à Iluet, p. p. l'abbé Vehlaque, Docum. inédits sur l'Hist. de France, Mélanges, t. II, p. 665).

leur intégrité, — dénotent ici, ce semble, l'alliage d'une passion plus humaine et profane '.

Cet intéfessant supplément de Y Histoire des Variations est malheureusement incomplet. Distrait par d'autres soins, Bossuet ne trouva pas le loisir de reprendre à nouveau dans la Défense toutes les questions sur lesquelles son ouvrage avait été contredit2. 11 choisit celles qui, d'abord, exigeaient le moins de recherches nouvelles, et qui, de plus , en raison des circonstances , lui semblaient le plus urgentes à éclaircir. Or, comme l'abbé Le Dieu le

1. Déf. des Var., n° xxxi : Bossuet se vante de savoir l'histoire des Vaudois « mieux que les Protestants. » Ibid. : « On répète que je n'ai rien vu par moimême , que j'ai suivi en aveugle mes compilateurs en relisant tout au plus les endroits qu'ils m'avaient marqués, sans considérer tout le reste. » N° xxxvi : Bossuet reproche de nouveau à Burnet son ignorance du droit français, et d'en parler « comme un protestant entêté et un étranger mal instruit. » N° xxxvm : « ... Voilà comme M. de Thou a censuré Du Tillet, et voilà comme M. Burnet lit ses auteurs. » N° xlii : Bossuet accuse Basnage de parler « très ignoramment des droits de l'Empire [germanique] et des droits des vassaux. » « Il [Basnage] a voulu avoir le plaisir de me reprocher deux ou trois fois hardiment mes calomnies ; mais c'a été en me faisant dire ce que je ne dis pas et en laissant sans réplique ce que je dis. » N° Lxra : « Est-il permis à M. Basnage... de me reprocher l'ignorance de l'antiquité parce que, lorsque j'en marquais les sentiments sur la pluralité des femmes, je n'avais daigné tenir compte ni d'un fait si mal fondé, ni de cette prétendue loi de Valentinien. » N° lxv : « Puisque M. Basnage m'entreprend ici comme un calomniateur, qui ai corrompu un passage de Mélanchthon que je produis , il me contraint à la preuve. »

- 2. Les nos v à xm de la Défense sont consacrés à la discussion des « exemples de l'ancienne Église » que Basnage avait produits en faveur de l'insurrection des peuples contre des maîtres injustes, — les vingt-sept numéros suivants à une nouvelle étude des guerres de religion de France, contre Basnage et Burnet. Au n» xl, Bossuet cite et commente contre Burnet un passage dont il n'avait pas fait usage dans Y Histoire des Variations, d'une « Histoire de la Ré formation d'Ecosse, publiée à Londres en 1644 » en anglais (celle de Jean Knox); il renvoie aussi au 1. XV de l'histoire d'Ecosse de Buchanan et à un autre ouvrage de Knox, Admonitio ad Nobilitateyn et populum Scotornm. — Du n° xli au n° un, il insiste de nouveau sur les troubles causés en Allemagne par la Réforme, et sur l'attitude de Luther en face de ces troubles. Il appuie sur le traité de Libertate chrisliana et ses suites (n° lu; et fait usage (n° Lin) d'un passage de Sleidan qu'il n'avait point apporté dans YHisloire des Variations. — Du n° lvi au n° lxv, il revient sur l'affaire de la Bigamie du Landgrave. — En 1692, nous le voyons occupé de nouveau, à propos de l'ouvrage de Seckendorf, qu'il vient de recevoir (lettre du 26 mars 1692 à Leibniz, Œuvres de Leibniz, éd. Foucher de Careil, t. I, p. 253), de l'histoire du Luthéranisme après Luther. « Ce qui s'est passé depuis [la mort de Luther] jusqu'à la mort de Mélanchthon et jusqu'au Livre de la Concorde est d'une extrême importance. Et si quelqu'un en avait écrit l'histoire du côté des protestants, vous me feriez plaisir de me l'indiquer. »

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remarque ', « c'était alors le fort de la guerre allumée par la rébellion du prince d'Orange. » L'événement en devait intéresser doublement Bossuet, car si, d'un côté, il démentait les prédictions que le prélat avait osé exprimer, sous Jacques II, touchant le retour possible et prochain de l'Angleterre à l'unité catholique, d'autre part il apportait une confirmation nouvelle et inattendue aux idées qu'il avait développées sur l'esprit envahissant et révolutionnaire de la Réforme. De plus, comme nous l'avons vu , sur la question de ces guerres civiles dont le parti protestant déclinait la responsabilité dans le passé, quoiqu'il vint d'en profiter une fois de plus dans le présent, Basnage avait assez victorieusement combattu2 la thèse des Variations pour en compromettre le succès aux yeux des lecteurs perspicaces. On n'a pas de peine à comprendre que Bossuet déclare, au début de la Défense, que cette matière « mérite bien qu'on l'épuisé. »

Dans le Cinquième Avertissement , où il y revient une première fois, en s'adressant au seul Jurieu, il se contente de rappeler et de commenter à nouveau quelquesuns des faits dont il s'était déjà servi. Dans la Défense, dirigée, sur ce point, contre Basnage, il fait plus. Il s'efforce de compléter notre instruction sur cet article. Il

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