CHAPITRE QUATRIÈME
probante. Qu'un ministre fanatique et hardi ait, de son propre chef, poussé les Roehelois à tenir trie à, l'autorité royale, cela ne fait rien à l'affaire. Et les démarches comme les paroles de Théodore de Bèze, que Bossuet croit devoir rappeler à ce propos, n'ont pas plus d'importance. Basnage ne saurait nier à Bossuet que, parlant de l'entreprise d'Amboise, Bèze a regretté ouvertement le mauvais succès d'une « si juste entreprise » ; qu'il a excité, — car Bèze ne s'en cache point, — Gondé et Coligny à « maintenir par tous moyens à eux possibles l'autorité des Edits du Roi et l'innocence des pauvres oppressés ! ; » mais Bossuet ne peut non plus contester à Basnage que les opinions des particuliers n'engagent pas le corps des fidèles, et que nulle Eglise n'a jamais assumé la responsabilité de tous les sentiments de ses membres. Ce même Bèze qui, de loo9 à 1363, se lance avec tant d'ardeur dans la lutte, et qui, par des prédications enflammées, « avertit de leur devoir » les défenseurs laïques de la religion nouvelle, quand plus tard il écrira, en qualité de docteur et d'interprète de la foi calviniste, soutiendra au contraire le droit du prince à châtier les hérétiques. Puisqu'il est ici question de convaincre ou d'absoudre le Protestantisme d'une « variation » nouvelle, Bossuet devrait se souvenir de ses promesses et qu'il s'est engagé à s'appuyer, non sur les théories des individus, mais sur les doctrines des «. Eglises entières », attestées par « leurs Confessions de foi et les autres actes publics » et officiels 2. Ce qu'il faudrait produire ici, ce sont des décisions synodales.
C'est aussi ce que voudrait Bossuet, et à quoi tend tout son effort. 11 rappelle, par exemple, dans la Défense des Variations , qu'au dire de Castelnau, le synode d'Orléans de loG2 s'occupa d'organiser la résistance armée contre
1. Sur les paroles et les actes de Théodore de B.''ze, voir Ilist. des Var., 1. X, nns xxvi, xxvn, xxxi, xlvu ; T)éf. des Var., w xxxm. — Cf. Bèze, éd. Baum cl Cunitz, t. 11, I. VI, p. 297-298.
2. Cf. Basnage, llist. de l'Église, t. Il, p. 1T.09, 1511, 1332, etc.
le pouvoir royal. Mais Castelnau est seul à raconter ce fait. Les Actes de rassemblée existent, et Bossuet, qui a pu les voir (en manuscrit comme ceux du Synode de Lyon), n'y a pu rien trouver de tel. On y parle d un jeûne et de prières publiques ordonnées aux fidèles : on n'y parle pas de levées d'hommes et d'argent1. Castelnau s'est-il trompé, et le Synode ne s'est-il pas mêlé de cette sorte d'affaires? Cela est possible, mais peu importe au reste. Quand même le Synode de 1562 aurait fait clandestinement ce dont l'historien catholique l'accuse, s'il a pris soin de ne pas laisser trace dans ses Actes des délibérations relatives aux préparatifs de guerre, c'est donc que cette assemblée reconnaissait qu'elle agissait, ce faisant, en dehors de son droit et de sa compétence et contrairement aux principes de la foi protestante. Or la question est justement de savoir si la Réforme a parfois jugé bon de démentir ouvertement ses principes et de promulguer sans scrupule, en faveur de la guerre civile, des décisions avouées.
La vérité est qu'en ce qui concerne les sentiments des Synodes généraux du Protestantisme au seizième siècle, les deux meilleures preuves de Bossuet étaient encore les deux articles, qu'il avait cités et commentés dans YHistoire des Variations*, du Synode de Lyon de 1563. Aussi bien y revient-il dans la Défense*. Mais de ces deux ar-
1. Voir Aymon, Synodes nationaux des Églises réforme'es de France, (t. I, p. 23-31). — De Thou (t. Il, p. 180) : « In eo convenlu aclum est praecipue de disciplina. ... Tune quia belli metus ingruebat, communi decreto j^juniurn publicaeque preces indiclae. Inde ad retiquas Ecclcsias scribunt el ad averlendam Dei iram,... ut idem faciant... hortanlur ;... haec vera debellandorum Dei hostium arma esse, vitae nimiram emendationem ac pias preces ; quae si desint, lela ac gladios frustra expediri, quae Deus in propria torquentium ac slringenlium latera mox sit conversurus. »