‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 268 sur 327 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

C'est sans cloute encore à défaut de textes irrécusables que Bossuet accepte ici comme arguaient le récit laissé par De Tliou des résolutions prises par l'assemblée de Saint-Jean d'Angély en 15(32. S'il est exact qu'on y décida, « par la parole de Dieu », qu'on pourrait « prendre les armes pour la liberté de la conscience... contre ceux qui violaient les Edits et contre les perturbateurs du repos public, » il n'est pas vrai que l'assemblée, où cette décision passa, ait été, comme le dit Bossuet, un Synode. Il y avait, selon De Tliou, des pasteurs et des gentilshommes ; mais, suivant Bèze ', — que Bossuet ne parait pas s'être rappelé sur ce point, car, suivant son habitude, il en eût préféré le témoignage, — il n'y avait que de la noblesse. Ni De Thou ni Bèze ne prononcent le nom de Synode, et nous avons vraisemblablement affaire ici à une « assemblée politique ». La présence d'un certain nombre de ministres, — sans qui rien ne se faisait dans cette ferveur des premiers temps, — ne suffit pas pour donner à cette réunion un caractère ecclésiastique, et bien que la question qu'on y trancha fût de conscience (par un empiétement qu'expliquent sans doute les nécessités du moment), nous n'avons point, encore ici, le droit de considérer cette délibération, — prise, en dehors de son mandat, par une assemblée dénuée de tout pouvoir et de tout titre religieux, — comme un authentique « décret de la Réforme. »

Voici cependant un fait incontestable : c'est la résolution de ce Synode de Saintes, que Bossuet trouve raconté dans La Popelinière et de Thou. L'assemblée qui se réunit à la fin de l'année 1562, à l'instigation du comte de La Rochefoucauld, se composa de «tous les ministres de tout le pays. » C'est bien réellement un Synode, et Théodore de Bèze, comme La Popelinière et De Thou, lui en donnent le nom. Ajoutons qu'ici nous voyons se poser et se résoudre nettement la question de conscience.

i. «. Pastores cum nobililate. » De Thou, loco cit., p. 119. « La plupart de la noblesse s'assembla en la ville de Saint-Jean d'Angélv. » Bèze, édit. Vesson, t. II, p. 256-258.

C'est exprès pour la discuter qu'on s'assemble; on l'agite régulièrement dans une délibération contradictoire, et après avoir « bien débattu » toutes les objections et tous les doutes « par tout droit divin et humain, il fut confirmé que la défense entreprise par le prince de Condé était non seulement très légitime, mais encore très nécessaire '. » Cette fois-ci, l'adhésion réfléchie, publique et dogmatique d'une assemblée religieuse de l'Eglise calviniste à la doctrine de la résistance est flagrante.

Mais de toutes les preuves que Bossuet ajoute, dans la Défense, au dixième livre de son Histoire, il n'y a que celle-là qui résiste à un examen rigoureux.

Est-ce suffisant pour accorder à Bossuet ce qu'il prétend établir, et pour juger avec lui la Réforme irrévoca^ blement convaincue « d'avoir entrepris la guerre civile par principe et en corps d'Eglise? » Car la décision du Synode de Saintes est encore aujourd'hui la seule 2 où nous trouvions la résistance ainsi légitimée. Dans aucun des Synodes provinciaux dont les Actes subsistent, il n'y a trace de résolutions et de doctrines analogues. On y relèverait bien plutôt des textes tout contraires. En 1560, le Synode de Clairac3 poussait le scrupule et l'horreur de

1. De Thou, loco cilalo, p. 120. — Cette délibération reçut même une certaine publicité, car le sieur de Belleville, comte de Jarnac, « vir ex primaria nobilitate huic sententiae adversabatur... eaque de re litteras studiose elaboratas ad Synodum dederat quas Mi, contrario scripto, conquisitis undique rationibus firmato, refutavere.

11 est vrai que la grande raison que le Synode met en première ligne est l'invitation, faite par la Reine-Mère à Condé, de la défendre; mais, comme Bossuet l'a remarqué (Déf., n° xxxn), on savait fort bifn dans le parti que le Roi et la Reine-Mère étaient dans le camp opposé. De plus, on tint lieu ici d'autre chose que des raisons politiques de « droit humain; » car le texte de Bèze dit que l'on se fonda aussi sur le « droit divin. » Donc la décision du Synode de Saintes a bien le caractère religieux que Bossuet lui attribue.

2. Voy. E. Arxaud, Documents prot°stants inédits du seizième siècle, 1872 (Synodes provinciaux de Lyon, Die, Peyraud, Lyon derechef, Montélimar et Nîmes, 1561 et 1562) ; cf. pour le Synode de Nîmes du 14 mai 1561, Bibl. de la Soc. du Proteslantime français, collection L. A., une copie d'un ras. de la Bibliothèque de Genève.

3. « Si les Infidèles, comme le Turc et autres viennent assaillir et tourmenter les chrétiens et fidèles, est-il licite aux chrétiens fidèles de se défendre et les repousser par armes? A été dit qu'on voie le temps où nous sommes, auquel le

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