‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 269 sur 327 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

la violence jusqu'à refuser de convenir que la résistance armée fût permise même contre le Turc1. En 1564, le Synode de La Ferté-sous-Jouarre , accusé par un délateur d'avoir laissé prononcer dans son sein des paroles séditieuses et préparé un soulèvement, proteste contre cette calomnie avec une chaleur et une précision que les docteurs n'auraient pas osé y mettre s'ils avaient eu à se reprocher sur ce point ces variations de maximes que Bossuet leur impute : « Notre doctrine, » disent-ils, « nous sert d'un bon garant, car chacun sait comme elle condamne sévèrement toutes telles émotions et entreprises , et n'enseigne aux sujets que fidélité et obéissance envers leurs rois et princes... De ces' exhortations, tous nos livres et prêches sont pleins, et notre Confession de foi en rend certain témoignage... Jamais la doctrine du magistrat et du devoir du sujet envers lui ne fut si bien enseignée ni tant illustrée par évidents passages de l'Ecriture » que chez les Réformés2.

dessein du Turc et des Iûfidèles n'est que de détruire" la chrétienté, toutefois que pour avoir plus ample résolution, on en demandera l'avis aux pères de làhaut (c'est-à-dire, apparemment de Genève). » Sy?i. de Clairac (Basse-Guyenne), 19 dov. 1560, d'après une copie de la Bibliothèque de la Société du Protestantisme français.

1. Voy. sur les scrupules analogues de Luther, Kuhn, Vie de Luther, t. Il, p. 91, 92, 204, 206, 266, 414 ; t. 111, p. 7, 8, 13.

Calvin se demandait de même en 1559 « s'il est permis de faire évader par clefs supposées, par argent ou autres pratiques, ceux qui sont tenus prisonniers pour la religion; quant à moi je n'oserais donner tel conseil ni l'approuver. » Mémoire publié dans le Bull, de la Soc. de l'Hist. du Protest, français (xv° année), 1866, p. 576.

2. « Et quand quelques esprits fanatiques ont voulu troubler cette doctrine et pour quelques exceptions la rendre douteuse ou ambiguë, nuls autres ne s'y sont plus vertueusement opposés que nous, comme il est approuvé (prouvé ?) es conclusions disputées à la Sorbonne, en l'épître de Villegaignon et en un livret divulgué à Lyon durant les troubles. » Synode de la Ferté-sous-Jouarre, 27 avril 1564 (Public Record Office, Forcign Séries, Elizabelh, vol. lxxxiii ; copie communiquée par M. N. Weiss).

Cf. la Déclaration faite par les ministres et députés des Églises de France pour servir d'avis et conseil auxdites Églises sur l'exécution... de l'Êdit de Janvier (.Mémoires de Condé, édit. Secousse, t. III, p. 93 : « Notre combat doit plutôt être par armes spirituelles, à savoir par prières et patience contre les adversaires de vérité » (art. iv) ; « ... Ne faudra planter l'Évangile par force d'armes ni violence, ains seulement par la pure et sainte prédication de la parole de Dieu. » Cf. le début des Lettres envoyées par les dessusdits avec ladite déclaration, ibid., p. 9Cj. — Calvin désapprouva, au moins puhlique-

Et les Synodes ne se bornaient pas à ces professions de foi positives. Quand, parmi les écrivains du parti, quelques téméraires s'élevaient contre la théorie de l'obéissance absolue et de la patience à tout prix, les tribunaux ecclésiastiques de la Réforme n'étaient pas les moins ardents à condamner ces nouveautés hétérodoxes. En 1563, dans ce même Synode général de Lyon, dont Bossuet accuse le loyalisme, les ministres de la ville, Pierre Viret à leur tête, signent la censure d'un « livret» coupable d'excitation à la révolte1 ; et l'on sait que, dix-huit ans plus tard, le fameux livre de Junius Brutus fut flétri

ment et en principe, (Bossuet le reconnaît du reste), la conjuration d'Amboise. (Cf. les textes cités plus loin, dans Y Appendice, n° n). Il « n'y avait, » déclara-t-il, « nul fondement selon Dieu à cette entreprise ». Il écrivait en 1561 à l'Église d'Aix : «Quelque raison ou quelque couverture qu'on amène, toute notre sagesse est de pratiquer la leçon que nous a apprise le souverain Maître, à savoir posséder nos vies en patience. » Cf. lettres du 19 avril 1556 à l'Église d'Angers ; du 16 sept. 1557 à l'Église de Paris ; Institution chrétienne, 1. IV, ch.xx,etc; et Mig.net, Journal des Savants, déc. 1836. — Pour les déclarations très catégoriques de Bèze lui-même sur le devoir indispensable de patience, voir les textes cités par Bayle, Dissert, sur le livre de Junius Brutus (Dict. crit., édit. Beuchot, t. XV, p. 144-145) et le Mémoire de Bèze sur les guerres de religion, écrit en 1594 : « Je n'ai point encore appris par la Parole de Dieu ni par les exemples de toute la vraie Église chrétienne... qu'il soit loisible aux sujets en bonne conscience d'extorquer de leur souverain magistrat l'exercice de la vraie religion par les armes. » (Bull, du Protest, français, xxie année, 1872, p. 30.)

Même les documents politiques font toujours leurs réserves sur ce point. Cf. Les Etats de France opprimés par la tyrannie de Guise au Roi leur souverain seigneur (Mémoires de Condé, ibid., t.I, p. 405 : « Et de fait, comme Dieu recommande la patience au fait de la religion, aussi veut-il que les sujets prennent la peine de conserver la grandeur de leur prince. » — Et l'auteur anonyme des Vindiciae contra tyrannos, tout en proclamant, en principe, le droit de résistance, déclare que « si les particuliers ne sont autorisés ou par les magistrats inférieurs ou par la plus saine partie des États », ils n'ont alors « d'autre remède que repentance et patience avec les prières, lesquels Dieu ne méprisera jamais. » Cité par Bayle (Avis aux Réfugiés, OEuvr., t. II, p. 604).

Ce qui achève de prouver que la décision du Synode de Saintes a pu être un cas unique, c'est que la Béforme continua toujours à soutenir la théorie de la non-résistance, comme le montra encore, en 1622, la polémique de Daniel Tilenus et de Brachet de La Milletière (cf. sur La Milletière, plus haut, p. 9, n. 2, p. 10, n. 4, et sur le livre de Tilenus, plus haut, p. 361, n. 1), — et comme il appprt, pour tout le dix-septième siècle, du consentement presque comnlètemeut unanime des théologiens français. (Cf. plus haut, p. 304. r.. I; p. 361-368.)

1. Cette censure est dirigée contre un livre intitulé : Défense civile et militaire des innocents et de l'Eglise du Christ, comme « plein de fausse et mauvaise doctrine, conforme à plusieurs points à celle des Anabaptistes, induisant les hommes à sédition, à rébellion et désobéissance aux rois et princes contre l'exprès commandement et ordonnance de Dieu. »

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