CHAPITRE QUATRIÈME
paraît exact que, — quoi qu'il en dise, — les Réformés de France n'ont jamais fait fléchir leurs principes sur l'interdiction évangélique de la résistance armée pour la foi, il est sûr, — en dépit de Basnage, — que dans la pratique, du moins, leur patience a fléchi sous la persécution. 11 n'y a pas en, sur ce point, variation dans leurs dogmes; il y a eu inconséquence dans leur conduite. Ils n'ont pas altéré leur doctrine sur l'obéissance passive qui sied au chrétien; ils l'ont méprisée et enfreinte.
Sans doute, la Conjuration d'Amboise n'a pas eu pour cause unique et exclusive les colères du Protestantisme insurgé ; et Bossuet ne l'ignore pas. Dans Y Histoire de France pour le Dauphin1, il avait relevé avec soin, exposé avec abondance, et sans les atténuer, tous les motifs de mécontentement, tous les ferments de révolte que le royaume recelait à cette date : la faiblesse pitoyable d'un prince dont le règne imbécile était une espèce de minorité ; l'origine étrangère de la reine-mère et des Guises ; les factions de la cour où tant d'ambitions et de cupidités se livraient, depuis François Ier, une bataille sourde et âpre; le désordre des finances, les griefs du peuple, l'inaction des gens de guerre. Qu'au début du règne de François II « le nombre des mécontents fût infini, » Bossuet ne fait pas de difficulté de l'avouer. Il ne pallie pas davantage, dans Y Histoire de France , l'impopularité des Guises 2, ni la légitime opposition que soulevait, dans une partie de la noblesse, cet accaparement du pouvoir royal par leur adroite ambition.
Et même , en bon éducateur d'un roi futur, il insistait avec force sur cette dernière cause : « On maudissait en France, dit-il, le gouvernement des étrangers qui agrandissaient leur maison aux dépens de la Couronne 3. »
1. Jlist. de France (OEt/vres de Uossuel, éd. Lâchât, t. XXV, p. 479-482, 48 i, 488, 491).
2. Ibid., p. 480, 482, 48o, 488, 491. — Cf. p. 497, 498, 499, 502, 518, et plus haut p. 27 4, n. 3. Bussuet, u'est pas dupe des intentions de la maison de Lorraine.