‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 3 sur 327 · PRÉFACE. III · texte numérisé non relu

PRÉFACE. III

ment certains traits, — du reste incontestables, — de la nature intellectuelle et morale de Bossuet, qu'à l'entendre il n'y aurait pas eu dans cet esprit, si grand qu'il fût, la moindre place pour l'une quelconque des qualités indispensables à l'historien '. L'esprit de Bossuet, Sainte-Beuve le définit un esprit uniquement de « doctrine, » d' « ordonnance, » d' « exposition logique et oratoire, » « lyrique » même; — et d'où, par conséquent, toute aptitude à l'investigation positive dut être forcément exclue. Ce qu'il avait au suprême degré, c'est le don magistral et didactique, le don de développer « avec clarté, avec magnificence, nu ensemble reçu de doctrines, » qu'il embrassait « en se plaçant au point de vue le plus élevé et comme au centre; x — mais quant à quitter cette chaire superbe où il trône, pour aller voir de près au détail des idées, à plus forte raison pour descendre au terre à terre de la recherche menue et de la discussion précise des faits, ce sont là des abaissements qu'il ne faut pas lui demander. Bossuet, nous dit-on encore, est « l'homme de toutes les autorités et de toutes les stabilités : » dans cette « immobilité impérieuse, » comment aurait-il pu connaître, si peu que ce fût, l'ouverture d'esprit, la curiosité

1. Sainte-Beuve, Lundis, t. 1 (art. sur Guizot), p. 260; (art. sur Chaulieu), p. 362 ; t. II (art. sur Fénelon), p. 12, 15; t. IV (art. sur Bonald), p. 330; t. V (art. sur Lebrun), p. 121 ; (art. sur Pascal), p. 417, 420 ; t. IX (art. sur Bourdaloue), p. 219 ; t. X (un article important, de 1854, sur deux publications de Lamartine et de Poujoulat), p. 145 sq. ; t. XV (art. sur Nisard), p. 210; (art. sur la Tradition en littérature), p. 280 ; — Nouveaux Lundis, t. II (deux articles importants, de 1862, sur les mémoires de l'abbé Le Dieu), spécialement p. 337, 338, 340, 341, 313, 344, 346, 348, 349, 358; t. XII (art. sur Gandar), p. 395-396: — Port-Royal, t. I, p. 314; t. IV, p. 435, 444. C'est à Sainte- Beuve que sont empruntées ci-dessus toutes nos citations. — Cf. P. F. Dubois, Mélanges littéraires, t. I, p. 388 sq. (art. de 1827 dans le Globe) ; X. Doudan, lettre à M. de Sahune, citée par M. Descii anel, Le Romantisme des classiques, p. 407; Ranke, Histoire de France, trad. fr., t. IV, p. 416; Ch. de Rémusat, Leibniz et Rossuei, dans la Revue des Deux Mondes du 15 janvier 1861; E. Renan, Questions contemporaines, éd. de 1868, p. 429-433 ; Essais de morale et de critique (art. sur V. Cousin), p. 93 ; (art. sur Lamennais), p. 153; A. Franck, Réformateurs et publicistes de l'Europe au dix-septieme siècle, p. 432, 434, 436, 455, 457 ; E. Descua.nel, Le Romantisme des classiques, p. 402, 405, 407, etc. — Le résumé le plus net de ces préventions se trouve dans quelques ligues de M. Renan (préface de ['Histoire critique des livres de l'Ancien Testament, par A. Kuenen, traduite par A. Pierson, 1866) : « Esprit étroit, ennemi de, l'instruction qui gênait ses partis-pris, rempli de cette sotte prétention qu'a l'esprit français de suppléer à la science par le talent, indifférent aux recherches positives et aux' progrès de la critique... fondé de pouvoir de tous les défauts de l'esprit français. »

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