‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 2 sur 327 · II PREFACE · texte numérisé non relu

II PREFACE

sur le caractère de Bossuet, — qui suffiraient amplement à rendre son mérite d'historien tout à fait invraisemblable.

Dès son vivant ou peu après sa mort, ses ennemis et quelques-uns même de ses amis1 lui firent une réputation d'ignorance que les rectifications des biographes modernes2 n'avaient pas réussi, naguère encore, à dissiper. Car si c'est en 1686 que Jurieu disait : « M. de Meaux est un de ces évêques de cour dont le métier n'est pas d'étudier, » c'est en 1873 qu'un des maîtres les plus graves de la critique moderne, M. Schérer, écrivant le récit plus ou moins fictif d'une conversation tenue sur Bossuet par plusieurs lettrés de notre temps, prête à l'un des interlocuteurs, — et sans y contredire, — cette impertinence très catégorique : « Bossuet ! un homme qui n'avait rien lu, qui ne savait rien... 3 »

On est plus juste et moins dédaigneux quand on a, comme Sainte-Beuve, scruté le dix-septième siècle assez à fond pour connaître autre chose de Bossuet que les Oraisons funèbres. Mais, en revanche, Sainte-Beuve lui-même grossit telle-

1. Jurieu, Lettres pastorales, 1. vin du tome I, p. 61; — Ezéchiel Spanheim. Relation de la cour de France, éd. Ch. Schefer, p. 277; — Isaac de Beausobre, dans la Bibliothèque germanique, t. XLI1 (1738), p. 69, et dans les Mémoires de Littérature de l'abbé d'Artig.ny, t. I, p. 165; — Bibliothèque choisie, t. V (1705), p. 330 sqq., 331, 355; — Bibliothèque germanique, t. XXXVI (1736), p. 146- 158 ; — Éloge de Bossuet par Hardion, d'après le Journal de Verdun de 1767, p. 59. Ce panégyriste de Bossuet déchire nettement que si Bossuet est un prophète inspiré, « ce n'est pas un historien, » et qu' « il laisse son lecteur plus rempli d'admiration que de connaissances. »

2. Dès le commencement de notre siècle, l'ouvrage très bien informé du cardinal de Bausset montrait déjà combien la vie de Bossuet avait été studieuse et quelle conscience il avait apportée dans tous ses travaux. Les recherches de M. Floquet (1855-1864) et de M. Gandar (1868) ont achevé la démonstration.

3. E. Schérer, Études critiques sur la Littérature, t. IV, p. 37-40 : « ... Bossuet, s'écria Baymond, Bossuet! vous n'y pensez pas... Un homme qui n'avait rien lu, qui ne savait rien ! Un homme qui n'a pas eu une seule idée de sa vie!... Est-il rien... de plus absurde que le Discours sur l'Histoire universelle?... On vante l' Histoire des Variations : mais Bossuet a-t-il rien compris à cette grande et originale figure de Luther? A-t-il entrevu la portée du Protestantisme?... Richard Simon... avec quelle hauteur ne l'a point traité cet évêque qui ne savait pas un mot d'hébreu et qui n'entendait rien à ces questions... » L'article est intitulé, il est vrai, « inter pocula », ce qui explique la désinvolture du ton ; mais la réplique prêtée par M. Schérer au défenseur supposé de Bossuet, « Montaigu, » ne donne pas -à penser qu'il fût d'un avis bien différent de celui de « Raymond. » L'apologie de Montaigu se résume en ceci : « Ce n'était pas un peiiseur sans doute, ni un savant, mais quel écrivain ! » — Cf., entre autres, et dans des genres différents, les appréciations de Fontanès, le Christianisme moderne, étude sur Lessing, 1867, introduction, p. u, et 1'. Albert, la Littérature française au dix-septième siècle, p. 273-276, 280-286.

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