‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 319 sur 327 · Hist. des Var., 1. XI, nM cl.wii-clxxiii · texte numérisé non relu

Hist. des Var., 1. XI, nM cl.wii-clxxiii

4. Cf. sur les Calixtins, Schmidt, Précis, p. 407-415 : ((Jusqu'en 1516, les Calixtins furent des protestants à moitié catholiques. » Denis, Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux, nouv. sér., t. II, p. 464 : «Les Utraquistes ne virent jamais clairement ce qui résultait de leurs principes, ou du moins, s'efforçaient de ne pas le voir.v Le sentiment de terreur que leur inspirait toute innovation alla même si loin qu'ils abandonnèrent peu à peu tout ce qu'ils avaient emprunté aux radicaux. L'U.traquisme, infidèle à son origine, tendit à n'être plus qu'un catholicisme inconséquent. »

5. Ilist. des Var., 1. XI, n°s cxlix-cliii, clxvii, clxviii, clxxhi-cxcvh; 1. XV, n° m.

trine1; ils rejetaient le nom, qu'on leur donnait parfois, de Picards, qui les eût rattachés aux Cathares albigeois. Ils déclinaient enfin avec horreur toute solidarité avec les Taborites2. « Ils se vantaient d'être les disciples de Jean iluss, » et il est constant, en effet, qu'ils sortirent, en 14u7 uu 1467, de lu secte des Calixtins 3. Mais ils abandonnèrent les croyances des Calixtins, et, partant, celles de Jean lluss. lia en arrivèrent a rejeter non seulement la puissance du Pape, mais la messe, la Transsubstantiation, ia prière pour les morts, les honneurs ues saints, toutes choses que celui qu'ils appellent «. leur apôtre, leur docteur, leur saint martyr, avait constammeut retenues » et qu'il n'aurait pas voulu qu'on ébranlât. Ils allèrent même jusqu'à donner dans les erreurs des Anabaptistes, et crurent pendant cent ans que le Baptême était perdu dans toute l'Église, sauf chez eux.

Ce qui est sûr, selon Bossuet, et ce que prouve déjà cette opinion sur le Baptême, c'est qu'ils étaient « fort ignorauts. » Quand ils s'aperçurent de « leur solitude, dénuée de toute succession et de toute ordination légitime, » après avoir envoyé des députés jusqu'en Palestine à la recherche de prétendues Églises dépositaires du pur Christianisme primitif, ils eurent « tant d'horreur » de leur situation spirituelle qu'encore du temps de Luther ils chargeaient quelquesuns des leurs de « se couler furtivement dans les ordinations de l'Église romaine», pour «. y dérober les Ordres4. » C'est Luther qui rapporte ce fait avec scandale. Du reste, il ne les considérait pas comme siens; « il leur reprochait qu'ils ne voyaient goutte dans la doctrine de la Justilicution » et il les « détesta » longtemps.

Plus lard, il est vrai, ils changèrent, tant sur cet article de la Justification que sur le nombre des sacrements, de façon à contenter le Reformateur, de façon même à les dépasser. Quant à la Présence réelle, Bossuet renonce à démêler leur foi sur ce point; on dirait que

1. Voir sur les rapports des Vaudois avec les sectes en Bohême antérieurement à la lin du quinzième siècle et sur la scission des Frères Bohèmes d'avec eux, Falackt, Ueber die Beziehunyen und die Verhrdltntsse der Waldenser zu der ekemaliyen beclen in Bonmea; 1. Goll, Der Veruelir der Brader mit den Waldensern; et dans les Alittheiiunyen fur oslerreichischen Gescliichtsf'orscliuny , 18S8, ou Uoll proteste avec raison contre les vues des auteurs modernes qui représentent les Frères comme <i des Vaudois hussiles constitues en une église particulière. » — Cf. sur la question des Catéchismes, toujours ouverte, plus haut, p. 250, n. 2. — Avec grande raison, Bossuet, tout en prenant acte du désaveu que taisaient les Calixtins de ce nom inexact de Vaudois qu'on leur donnait souvent, signale dans leurs doctrines .du début l'inlluence vaudoise [n° clxix), aujourd'hui bien reconnue. Voir les travaux cités dans l'article de Goll, cité plus haut, dans les Miltkeilungen de 1888.

2. Cf. sur ce point, Goll, cité par E. Denis, Ann. de la Faculté de Bordeaux, nouv. sér., t. II, p. 168. — W. I'reger va jusqu'à ramener complètement le ïaboritisme à la croyance des Vaudois (cf. plus haut, p. 2tiU, n. 2).

3. « Voilà ce que Camerarius [De Ecclesia Fratrum, p. 67 sqq.) et eux-mêmes nous racontent ue leur origine, si ce n'est qu'ils mettent leur séparation en 14b7, et il me parait pius net de la mettre dix ans après en 1467, dans le temps qu'ils marquent eux-mêmes la création de leurs nouveaux pasteurs. » JN° clxxui.

4. bur celle queslion encore aujourd'hui obscure, voy. 1. Goll, Quellen und Untersucliuùyen, 1 (UulU und Weihe aer ersieu Priester); E. Denis, Ann. de la Faculté de Bordeaux, nouv. ser., t. 11. — Les Frères de Boliéme recoururent, dans les premiers temps, pour l'ordination de leurs prêtres, aux évéques vaudois qui n'avaient pas complètement rompu avec l'Eglise catholique.

les Frères n'ont « rien tant appréhende (pie d'en laisser un témoignage clairet certain. » Vers la fin du seizième siècle, ils semblent vouloir satisfaire à ia l'ois les partisans du sens littéral et les partisans du sens ligure. Et d'autres l'ois, à les voir affirmer si fortement la présence de Jésus-Gfirist dans le sacrement « avec son corps naturel, » on dirait qu'ils se rapprochent encore plus du sentiment des Catholiques que de celui même des Luthériens.

Par ailleurs encore, les Frères de Bohême, et même après leurs derniers changements, ayaient conservé des vestiges considérables du culte et de la discipline catholique1. Ils avaient des l'êtes, des temples dédiés à la Vierge et aux saints; ils jeûnaient; leurs prêtres gardaient le célibat. Tellement que l'on s'étonne des éloges prodigués par Bucer, Musculus, Luther (dans les derniers temps), Camerarius et Kudiger, à une secte aussi équivoque2.

Le seul défaut des considérations de Bossue t sur ces divers hérétiques est qu'il les considère trop par le côté purement théologique. Ici encore, il pourrait noter l'inlluence, regrettable peut-être, mais réelle, que les intérêts politiques et sociaux ont eue, souvent, sur les croyances. Les recherches modernes touchant l'histoire politique de l'Angleterre et de la Bohème, en nous révélant le milieu dans lequel ont vécu Wicief, Jean Huss et leurs continuateurs, nous permettent d'upprecier les idées d'ordre temporel et positif qui ont agi sur eux, et surtout sur leurs successeurs. Il est évident, par exemple, qu'en Bohème la résistance religieuse fut, en grande partie, la traduction dans le langage de la théologie du temps, des aspirations à l'indépendance d'un groupe slave isolé dans l'Empire allemand. Le « Calice » fut un symbole du patriotisme autant qu'une conquête de la piété, et autour de cette innovation, qui, par une sorte de conven-

1. E. Denis, article cité, p. 463-408, marque dans quelles limites très restreintes on peut dire que ia Déformation du seizième siècle procède des Frères de Bohême.

Les recherches des historiens tchèques que cet auteur résume et apprécie permettent de démêler les tendances successives et assez changeantes des Frères. Koquesane, le promoteur involontaire de leur secte, se bornait à combattre ia corruption morale de l'Eglise catholique dont il respectait la tradition; Cheitchisky, le premier théoricien de l'Union, parait se souvenir plus de 'W iclef que de Jean Huss, tout en se séparant cependant sur beaucoup de points du réformateur anglais ; au point de vue du dogme, il pousse la hardiesse presque au même point que Luther, mais il n'est pas suivi. Après lui, le rigoriste Anios et ses disciples tout prédominer la nécessité des œuvres sur celle de la loi; euhn Procope et Lukach, en répudiant les excès d'Ainos, ramènent le culte des Frères au type catholique et s'opposent à ce que leur Église, malgré les points qu'elle avait communs avec le Luthéranisme naissant, aille tout de suite s'y réfugier et s'y fondre. — D'une façon générale on peut dire que VU aile des Frères Bohèmes se distingua toujours par une tolérance dogmatique remarquable et que « les questions de discipline générale ou individuelle » y lurent constamment « au premier plan. »

J.. \ oir sur ces questions UiiNdely, Oeschiclite der bôhmischen Briider; Palagky, ouvrage cité; 1. Liùll, Quellen und Untersuchungen zwr Uesciachte der b. B., 1878-1882, et dans les Mitlheilungen fur ôsterreichische Ueschichtsf'urscliunij ^isssj ; - on France : i.iiakvi.iuat, Les a/jau-es religieuses en Bohème au seizième s<cvte; l'&ncycl. Lichtenberger, art. Bohême, par Rodolphe Heuss; et surtout E. Denis, Huss et ta guerre des Jlussttes, et dans les Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux, nouv. sér., 1. Il, art. cité; et t. 111, article sur Georges de I'odiebrad.

tion dont nous avons peine à nous faire une idée, fut considérée comme essentielle, le reste de la doctrine s'arrangea comme il put, et assez à l'aventure. De là les contradictions et les variations que Bossuet observe chez les sectaires bohémiens, et qu'il décrit du reste avec une exactitude qu'il serait aisé de vérifier par le menu *.

Pour ne prendre ici que ses conclusions générales2 sur les hérésies occidentales antérieures à la Réforme, ce qui résulte de leur histoire, suivant Bossuet, c'est, premièrement, que les Protestants, luthériens ou réformés, sont très peu fondés à chercher dans ces sectaires, qui n'ont avec eux qu'une ressemblance vague, des coreligionnaires anticipés; — secondement, que tous les dissidents de la fin du Moyen âge n'ont pas, entre eux non plus, de lien précis et intime. « Le Vaudois ne croit pas comme l'Albigeois:.. "Wiclef ne croit pas comme les Vaudois... Jean Huss ne croit pas comme Wiclef. » Leur point de contact, c'est que tous ils détestent l'autorité romaine, la Papauté. Mais quant au dogme, chacun de ces novateurs, chacune de ces Églises séparées le modifiait à sa guise ; chacune suivait sa pente et se faisait sa voie, de telle façon qu'on ne peut dire qu'il y ait eu au Moyen âge, sous divers noms, une hérésie, mais bien des hérésies, aussi diverses par le fond qu'elles étaient nombreuses.

Dans ces conclusions de Bossuet, ses adversaires ne trouvent guère à reprendre que leur nouveauté inouïe, contraire même à la tradition catholique sur ces matières d'histoire 3. Et ils se contentent d'opposer aux sentiments de l'auteur catholique un système tout contraire, qui consiste à relever de préférence et à exagérer les quelques traits communs à toutes ces tentatives hétérodoxes, en laissant les divergences dans l'ombre.

Mais entre ces deux théories 4, si la science désintéressée de tout intérêt religieux, de tout préjugé confessionnel, devait choisir, ce serait incontestablement la théorie de l'auteur des Variations qui lui paraîtrait contenir la plus grande, part de vérité. Le sentiment catholique de Bossuet, qui ne répugne pas à admettre la multiple et incohérente variété des anciennes hérésies, — car il y voit au contraire un effet naturel et prévu des aberrations du sens propre et de l'anarchie intellectuelle en dehors de l'Église, — se trouve ici l'avoir plus sûrement guidé et mené plus près de la vérité que la préoccupation qu'apportaient alors les protestants dans l'étude des sectes du Moyen âge : entêtés qu'ils étaient de mettre après coup une filiation logique et continue entre ces manifestations de la libre pensée, le plus souvent indépendantes et ignorantes même les unes des autres, et dont chacune porte profondément la marque très particulière des temps et des lieux où elle s'est produite et des hommes qui l'ont représentée.

1. Les notes pre'ce'dentes ne signalent que les points principaux.

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