CHAPITRE DEUXIÈME. î
grégations et dans les ordres monastiques, chez les Jésuites, chez les Bénédictins ou à l'Oratoire, que se manifestait en France cette activité érudite : des prélats même, comme de Marca, Godeau, Bosquet, l'Aubespine donnaient, en s'y livrant, à ces études nouvelles la garantie, qui pouvait alors être nécessaire, de leur autorité '.
ditur, 1611 ; Hisloria poenitentiae publient. 1051; très nombreuses éditions,, parmi lesquelles celles de Théodoret, 1612; de- S. Àvit, 1613; d'Eusèbe Paraphile, 1613; d'Hincmar, 1615; de ïhéodulfe d'Orléans, 1616: de Rufln, 1650. Cf. sur sa célébrité, Colomiès, Bibliothèque choisie, p. 300, 301, 309. — Le P. Fronton du Duc (1558-1621), jésuite : Bibliotheca veterum Pafruin, 1624, 2 vol. in-f°; éditions de S. Paulin, de S.Jean Chrysostome, de Jean Damascène, etc. — Le P. Petau (1583-1652), jésuite : Doctrina temporum, 1627, 2 vol. in-f°; éditions de Synesius, de Thémistius, de S. Épipliane, de Julien, de Nicéphore, etc. — Le P.Jean Morin (1591-1659), oratorien : Traite de l'origine des Patriarches et des Primats, 1628; Histoire de la délivrance de l'Église par Constantin et du progrès de la souveraineté des Papes, 1630; De Poenitenlia, 1651. — Le P. Chifflet (1592-1682), jésuite : éditions de Fulgentius Ferrandus, 1619; de S. Paulin, 1662; Scriptorum veterum de fide catkolica quihque opuscula, 1656, etc. Bossuet a pu le connaître à Paris, où il fut appelé par Colbert en 1675 en qualité de gardien du Cabinet des Médailles. — Le P. Labbe (1607-1667), jésuite : Histoire du Berry, 1617; De historiae byzantinae Scriptoribus puMicandis propreplricon, 1648; éditions des Annales de Glycas ; de la Notitia dignitatum, 1651 ; Nova Bibliotheca manuscriptorum, 1657; De scriptoribus ecclesiasticis quos attigit Bellarminus, 1660; Abrège: chronologique de l'hist. sacrée et profane, 1666; Concilia, 1671-1672, etc. — Le P. Luc d'Achery (1609-1681), bénédictin : éditions de S. Barnabe, de Lanfranc (1618); Vie et. Œuvres de Guibert de Nogent, 1651; Veterum aliqnot scriptorum spicilegium, 1655-1677. D'Achery commença la publication des Acta ordinis Saneli Benedicti. — Le P. Le Côinte (1611-1681), oratorien : Annales Ecclesiastici Francorum. 1655-1683. Pour ses autres travaux sur Grégoire de Tours, sur l'histoire de Marseille et de la Provence, voy. sa vie en tète du t. VIII des Annales. — Le P. Thqmassin (1619-1695), oratorien : Dissertations sur les Conciles. 1667; Traites des fêtes de l'Eglise, 1683; des Jeûnes, 1685; de l'Office divin, 1686; Ancienne et nouvelle discipline de l'Église touchant les bénéfices, 1688, etc.
Dans une histoire — encore à faire — de l'Érudition française au dix-septième siècle, il faudrait donner aussi une place au P. Eustache Gault (m. en 1639); au P. Jean Garnier (m. en 1681); au P. Combefis (m. en 1679); au P. Hugues Ménard (m. en 1644); au P. Gérard Dubois (m. en 1696), etc. — Certains historiens ecclésiastiques (par ex. Rohrbaceier , Hist. de l'Eglise,' t. XXVI, p. 106, 112 sq.) reprochent même aux Jésuites et aux Bénédictins français de cette époque trop de goût pour l'érudition et le libéralisme de leur science.
1. De Marca (1594-1662', archevêque de Toulouse, puis de Paris : Histoire de Béain, 1650; Marca hispanica, 1680. Baluze collaborait avec lui. — Godeau (1605-1072), évêque de Grasse et de Vence; Vies de saint Paul. 1617; île S. Augustin, 1652; Histoire de l'Église, 1653-1678, 5 vol. in-f°. La critique de Godeau ne satisfaisait pas du reste le P. Le Cointe. — Bosquet (1605-1676), .évêque de Montpellier : Pontificum romanorum qui e Gallia oriundi in ea sederunt hisloria, 1632; Ecclesiae Gallicanae historiae liber primus, 1633-
Il était difficile que cet honorable développement de l'érudition parmi le clergé français n'eût pas de contre-coup sur l'enseignement de la théologie. Non pas, sans doute, que les programmes qui réglaient les études ecclésiastiques aient fait, dès ce moment, une place spéciale à l'histoire et aux études sur lesquelles elle s'appuie : l'immobilité des traditions pédagogiques ne se prête pas si aisément à l'introduction des nouveautés, et si, pendant le dix-septième siècle, l'histoire a pu pénétrer dans l'École, çà été subrepticement, pour ainsi dire, et sous le couvert de ce qu'on appelait alors la théologie positive. Distincte de la théologie scolastique , où le raisonnement dominait presque sans partage, la théologie positive se proposait uniquement l'exposition des données de l'Ecriture et de la Tradition, des Conciles et des Pères. Il y avait là une porte ouverte à l'histoire et à la critique, et les érudits chargés d'enseigner, en ces temps-là, cette partie de la théologie, ne se firent pas faute d'introduire dans leurs leçons la méthode qui guidait leurs recherches personnelles et les résultats où l'érudition les avait conduits \ L'attrait dut être grand de ces « curiosités » — c'était le mot d'alors — de l'archéologie, de la numismatique, de l'épigraphie, de la critique des textes, et si, en outre, on considère qu'à partir de 1640 la nécessité s'imposait de plus en plus aux catholiques de suivre les protestants, dans la controverse, sur ce terrain de l'antiquité où ces derniers voulaient à présent combattre2, on comprendra aisément l'extension que prit, vers le milieu du dix-septième siècle, l'histoire religieuse, masquée sous le nom de a théologie positive. » Plus tard, dans les ouvrages où des hommes de la gé-
1636 ; Innocenta III Epislolae, 1635. Baluze reprit et corrigea plusieurs de ses ouvrages. — L'Aubespine, évêque d'Orléans (1519-1630) : De Yeleribus Eccl^siae ritibus, 1623, etc.; savant du reste sans critique. — Le P. Abel de Sainte- Marthe (1621-1697) qui fut général de l'Oratoire ; Péréflxe (1605-1670), archevêque de Paris, auteur de YHistoire de Henri IV (1661), donnèrent aussi l'exemple des études historiques.
1. Le P. Fronton du Duc professe la théologie positive à Paris de 1618 à 1623; le P. Petau, de 1621 à 1644.