Voy. plus haut, p
nération de Bossuet — Mabillon, Bernard Lamy, Bonaventure d'Àrgonne, Ellies du Pin — ont exposé leurs idées sur l'enseignement qui convient aux prêtres séculiers ou réguliers, on est frappé de voir quelle grande part ils attribuent môme aux études de pure érudition ' : c'est qu'ils avaient déjà eux-mêmes, étant élèves, éprouvé l'influence de ce rajeunissement suggestif de l'enseignement théologique2.
Dès le temps, en effet, où Bossuet faisait ses études à Navarre, c'est-à-dire de 1042 à 1652, le mouvement était commencé. C'est vers ce moment que les leçons du P. Le Cointe à Nantes, à Angers, à Condom, à Vendôme inspiraient à ses auditeurs, au rapport de ses biographes, une « passion si violente pour l'histoire » qu'il recueillait partout sur son passage des recrues à l'érudition 3. C'est en 1651 que paraissait le célèbre traité du P. Morin sur la Pénitence, grâce auquel, nous dit un contemporain 4, s'établit dans l'école de Paris la méthode nouvelle de
1. Mablllo.v, Traité des Etudes monastiques (1691), part. II, chap. vin, p. 319, 320. — Bernard Lamy, Entretiens sur les sciences (1684), p. 14, 20, 92, 98, 103, 107, 108, 229, 232, 233, 385 sqq. — Bonaventhre d'Argonne, Traité de la lecture des Pères de l'Eglise (1688), part. I, cb. m, ix, xi, xiv, xv; — Ellies du Pin, Méthode pour étudier la théologie, (1716), I, eh. xxvi, p. 310, 329 sqq. — Voy. aussi pour la génération suivante, les Opuscules de Loxguerue, t. II (LoDguerue était Dé en 1652) et, sur lui, l'article Weiss dans la Biographie Michaud ; le traité de Fleury, du Choix des Études (1686), p. 80, 271 , 275. — L'ambassadeur vénitien Sebastiano Foscarixi, qui demeura en France de 1678 à 1683, constate que les prélats français sont en général plus forts « nella cognizione dell' Istoria sacra che de' canoni e delta Theologia » (Relazioni, ser. Il, t. III, p. 383). Cf. le protestant Burnet, Rem. sur les Actes de la dernière assemblée du clergé (1683), p. 3 sqq.
2. Voy. ce qu'Ei.LiEs du Pin dit de lui-même [Bibl. des Au t. ecelés. du dixseptième siècle, t. VI, p. 2 ; — du docteur François Feu, ibid., t. IV, p. 302 sqq. : « Il comprit que pour être un bon théologien, il fallait étudier à fond l'histoire ecclésiastique, etc. »; — du P. Noël Alexandre, qui, voyant que la théologie positive ou l'étude de l'histoire ecclésiastique était devenue plus commune et plus estimée que jamais, entreprend, en 1677, d'en donner un cours en latin, ibid., t. V, p. 27 i. — Cf. sur les études historiques et philologiques de Nicole, sa Vie, p. 14, 19, 20, 44.
3. Ses prosélytes allaient « jusqu'à passer les nuits entières à lire les auteurs. » (Cloyseaui.t, Vies des PP. de l'Oratoire, p. p. le P. I.nuold, I. II, p. 298). Il professa de 1631 à 1644 à Veodôme, Nantes, Angers, Condom j accompagna Servien à Munster de 1644 à 1646 ou 1647; puis retourna à \ rudôme, d'où il dut revenir à Paris vers 164S (Annal. Eccl., t. VIII, Préf, du P. Dubois).
4. Ellies du Pin, Bibl. des Aut. ecclés. du xvne siècle. II, p. 272, 319.
traiter la matière des sacrements par l'histoire. C'est en 1653 que l'évêque Godeau, dans son Histoire de l'Église, déclarait publiquement qu'un théologien devait, de toute nécessité, être en même temps un historien. C'est en 1654 * que le P. Thomassin, après avoir donné, au collège oratorien de Saumur, des conférences sur l'histoire ecclésiastique et sur les Pères, venait les recommencer à Paris, à Saint-Magloire, avec plus de retentissement. Bossuet se trouva donc faire , à Paris , son cours de théologie précisément à l'époque où déclinait cette scolastique dont les spéculations vaines ne répondaient déjà plus aux besoins modernes de l'esprit religieux2, et dont la méthode n'est bonne, — lui-même il le dira plus tard, — qu'à l'éducation logique de l'esprit3. Dès sa jeunesse il a pu voir l'introduction, et déjà même profiter du progrès de cette « bonne théologie, » qui « n'est proprement que de l'histoire 4. »
Nous le trouvons, du reste, dans ce même temps de son premier séjour à Paris, en relations avec l'un des érudits, sinon les plus éminents, du moins les plus en vogue à ce moment, Jean de Launoy. Launoy, professeur au collège de Navarre, était alors le favori de la jeunesse5, qui le défendait au besoin contre les tracasseries
1. Elues du Pin, Btbl. des Aut. ecclés. du xvne siècle. IV, 91, 287. — Cloyseault, Vies des Pères de l'Oratoire, III, 166 sq.
2. V. Mabillon, Traité des èludps monastiques, part. II, ch. vi, t. I (p. 292, 294, 297, 300, etc.). — Nicole, Lettre LXXXII, Sur la manière d'enseigner la philosophie aux jeunes religieux. — Ellies du Pin, Bibl. des Aut. ecclés. du xvne siècle, l. I, Avert. : « C'est en ce siècle que l'on a pour ainsi dire chassé entièrement des écoles de théologie la barbarie qui y avait régné et qu'au lieu des subtilités scolastiques et des raisonnements philosophiques auxquels on s'appliquait presque uniquement, on y a introduit une théologie fondée sur l'Ecriture et la Tradition, etc. »
3. Déf. de la Tradition et des Saints Pères, part. 1, 1. 111, ch. xxi : « La scolastique... aura son utilité, pourvu qu'on la donne, non comme le but de la science, mais comme un moyen pour y avancer ceux qui commencent. » Cf. I>efens. déclarât, cleri gallicani, P. I, l- IV, cap. xvm.
4. Lamy, Entretiens sur les sciences (2" édit.), p. 284 : « La théologie, « dis-je, « n'est qu'une histoire de ce que Dieu a révélé aux hommes ou de ce qui a été cru de tout temps par l'Église ; c'est pourquoi l'Histoire ecclésiastique en est la principale pièce. » Cf. p. 285, 286, 291, 293, 294-295, 304, 386, etc.
5. Baillet, Jugements des savants, édit. de 1725, II, p. 86 : « On ne saurait assez louer ce grand homme de la liberté avec laquelle il a contribué à délivrer
de ses collègues, scandalisés parfois de ses irrévérences l ; « nouveau Pythagore », disaient les envieux, il s'entourait d'une petite cour d'enthousiastes disciples a.
Bossuet le connut d'abord probablement à Navarre3, et il put le rencontrer aussi dans ce « cabinet » des frères Du Puy, où il avait ses entrées '. Il fut distingué par l'illustre docteur ; il reçut de lui des encouragements et des conseils, et si la prudence orthodoxe de Nicolas Cornet 5 mit son inexpérience en garde contre les témérités suspectes de Launoy6, il n'échappa sans doute pas plus que les bacheliers de son âge à l'influence exercée autour de lui par l'ardent et laborieux docteur. Influence salutaire, du reste, car si, en tant qu'historien7, Launoy ne peut se comparer ni à Sirmond, ni à Le Cointe, du moins y avait-il quelque chose que cet impitoyable ennemi des fausses légendes et des chartes supposées, ce hardi « dénicheur » des saints apocryphes devait savoir mieux que personne inculquer aux jeunes gens : c'était le goût et le courage de la critique libre 8. Nul n'osait, sans
la positive du joug auquel elle paraissait assujettie par la scolastique, etc. — Cf. Michel de Màrqlles, Mémoires, I, p. 159-160. — Bayle, Dict. critique, art. Launoy et passim. — R. Simon, Lettre* choisies, I, p. 273, qui, tout eu faisant peu de cas de son érudition, reconnaît que « les Anglais sont entêtés de ses ouvrages » et qu'il a « dans Paris un grand nombre de disciples. » — Du Pin, Bibl. des Aut. eccle's. du xvuc siècle, p. ni, etc.
1. Voyez l'anecdote rapportée dans les œuvres de Launoy, t. IV, p. II, p. 346. Il fut exclu de la maison de Navarre en 1616.