Préface générale, et t. I, p
'■). En 1713 encore, le P. Daniel, dans la Préface de son Histoire de France, se croit obligé de prouver que « ce n'est point une vaine ostentation de doctrine, que de citer à la marge d'une histoire beaucoup d'auteurs pour marquer au lecteur les sources d'où l'on a tiré les choses que l'on raconte. » — Cf. Bayi.e, Remarques générales sur les Essais de littérature, 170-'.
tion, imité plutôt le scrupule d'un Tillemont ' que la négligence d'un Mézeray. Sa fidélité est constante à citer, à chaque pas, le nom des auteurs, le titre des écrits qu'il emploie, l'endroit d'où ce qu'il en rapporte est pris, et grâce à ces indications presque toujours justes, on n'a nulle peine à constituer la liste des documents d'où il a tiré la substance de son ouvrage.
Sur quelques-unes des matières qu'il traite, ces documents peuvent, au premier abord, sembler bien peu nombreux. Touchant Luther, par exemple, dont les six premiers livres de Y Histoire des Variations exposent le caractère, l'œuvre et la doctrine , Bossuet se borne à consulter, (outre les écrits latins de Luther), Erasme, Sleidan et Mélanchtbon2, en fait de contemporains; — David Chytrée3, Rodolphe Hospinien4, George Calixte5, en fait d'historiens postérieurs. Cela est peu6, si l'on songe que, dès le milieu du dix-septième siècle, la « littérature » luthérienne était déjà très riche7.
La portion du dixième livre des Variations, où Bossuet étudie les troubles intérieurs de la France sous François II et sous Charles IX, semble prêter à la même critique. Là encore, les informations, dès 1688, se présentaient en foule à l'historien ; et pourtant les pièces officielles que Bossuet emploie se réduisent à quelques procès-verbaux de Synodes protestants et aux « Registres » mu-
1. Voy. YHistoire des Empereurs, t. I, p. vi sqq., et Faydit, cité par Sainte-Beuve, Port-Royal, t. IV, p. 39.
2. D'Érasme, les Epistolae ; pour Mélanchtho:*, voy. plus loin, n° ni, p. 180. — Sleidan, De Statu reîigionis et reipiiblicde, Carolo quinto Caesare, commentarii (1555).
3. Historia confcssionis Augustanae (1578); Chronicum Saxoniae (1593).
4. Historiae Sacramentariae pars altéra : de origine et progressu controversiae sacramentariae de Coena Domini inter Lutheranos, Ubiquistas et Orthodoxos, quos Zwinglianos seu Calvinistas vacant Iol7-l602 (1602).
5. Judicium de controversiis theologicis (1650). — Sur G. Calixte, voyez plus haut, p. 27, 28, 53, et les notes.
6. Bossuet cite aussi une ou deux fois l' Historia Comiliorum anno 1530 Augustae celebratorum, de George Célestin (1577) et le De caasis belli germanici, de Frédéric Hortleder (1617).
7. Cf. Fabrick's, Centifolium lutheranum, 1728-1730, 2 volumes.
nieipaux de quelques villes de France ; les auteurs du seizième siècle qu'il suit ne sout autres que La Popelinière et Théodore de Bèze ' ; et parmi les écrivains du dix-septième, il se contente de s'aider d' Agrippa d'Aubigné, de Jacques-Auguste de Thou et de Bayle 2.
La première explication de cette quantité, assurément un peu légère parfois, de documents, c'est sans doute l'ignorance où était Bossuet des langues étrangères. Peutêtre savait-il, comme beaucoup de ses contemporains, un peu d'italien, mais l'italien n'était alors que l'idiome élégant des frivolités littéraires ; quant à l'allemand et à l'anglais, de môme que la presque totalité des hommes de son temps, Bossuet les ignorait. Et quoiqu'il faille bien dire qu'à cette date les livres savants écrits dans ces deux langues fussent rares. — le latin restant l'instrument commun du monde érudit, — déjà néanmoins, faute de les entendre, de précieuses sources d'informations se trouvaient fermées à un historien 3. C'est ainsi que, pour prendre l'un des exemples proposés ci-dessus, Bossuet ne pouvait profiter de la meilleure peut-être des anciennes vies de Luther : le récit naïf et nourri de Mathesius h ; et les écrits allemands de Luther lui étaient interdits. Or quand même on pourrait soutenir que pour s'instruire, soit de la théologie de Luther, soit de sa con-
1. Je désigne sous le nom de Bèze, Y Histoire ecclésiastique des Églises réformées au royaume de France, dont Bèze n'a pas été le seul auteur ou compilateur. Du reste, aux dix-septième et dix-huitième siècles, on la lui attribuait couramment. Cf. Bayle, Dict., art. Calvin, rem. G ; art. des Gallars, Bem. A ; Walcii, Bibl. historica (1762), t. III, p. 641.