‹ Bossuet, historien du protestantismeChapitre 86 sur 327 · Pases · texte numérisé non relu

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pour attester qu'il avait exposé à son élève cette période dans un minutieux détail '.

L'histoire moderne des pays étrangers ne lui était pas moins familière à l'avance. Ici encore un document nous l'assure : c'est un long résumé de l'histoire de l'Europe, depuis l'an 804 jusqu'en 1661, publié au commencement de ce siècle comme une continuation du Discours sur l'histoire universelle*, mais qui est plus probablement, ainsi que les manuscrits le montrent3, l'ensemble des résumés d'histoire moderne dictés par Bossue t au Dauphin ou rédigés par le Dauphin d'après des leçons développées. Dans cette revue sommaire des annales de l'Europe, tous les faits caractéristiques de chaque époque sont notés à leurs dates, tous les personnages importants sont signalés et les principales circonstances de leur vie sont marquées. Par conséquent, avant même d'entreprendre une étude spéciale de l'histoire du protestantisme, Bossuet devait connaître suffisamment d'ensemble, la vie, l'œuvre, le temps et l'entourage de Luther, de Calvin, de Zwingle et des autres Réformateurs.

On comprend dès lors que, dans Y Histoire des Variations , il puisse se dispenser de recourir aux ouvrages d'histoire générale. Un Maimbourg, ou même un Jurieu, lorsqu'ils s'aventurent à traiter les questions historiques que Bossuet traite, allèguent parfois beau-

d. Les règnes de François II et de Charles IX tiennent plus de cent pages dans l'édition gr. in-8 des Œuvres publiée par les Prêtres de Saint-Dizier (t. XII).

•-?. Voy. la préface de l'édit. d'IIerhan (1806).

3. Bibl. nat., mss. français, nos 12835 sqq. Les divers manuscrits do la soidisant. Continuation du Discours sur l'histoire universelle ne sont pas de Bossue;. Mais mi ne peut même supposer que ce soient des copies d'un travail de lui : le style est très souvent rudimen taire, incorrect, enfantin. Il y a parfois des bévues grossières où l'on sent que le rédacteur n'a pas compris OU a mal compris les faits qu'il raconte. L'orthographe et l'écriture sont d'une main inexpérimentée. Nous avons là sans doute, soit les brouillons du Dauphin lui-même, soit des copies successives de ces brouillons faites par quelque valet de chambre ignorant. Bossuet y a ajouté des corrections et des additions nombreuses. 11 laisse cependant le style assez terne et" souvent lourd et vulgaire, ce qui ferait croire qu'il tenait à conserver à cet ouvrage un peu de son air primitif. Peut-être voulait-on publier cet abrégé, comme [Histoire <te France, sous le nom du Dauphin.

coup plus d'ouvrages que lui; mais que prouve l'étalage de références qui encombre leurs marges, sinon une érudition toute fraîche et une mémoire expansive de ses acquisitions de la veille ] ? Bossuet n'avait pas^ comme eux, tout à apprendre ; déjà instruit du gros de l'histoire d'Allemagne, d'Angleterre et de France, déjà familier avec la vie des personnages marquants des derniers siècles, il pouvait, en composant YHistoire des Variations, limiter précisément ses recherches aux seules questions qui se rapportaient au dessein de son ouvrage ; il n'avait plus qu'à prendre connaissance des documents de première ou de seconde main spécialement relatifs aux problèmes définis qu'il se propose, dans l'Histoire des Variations, d'élucider.

Mais de plus il s'en fallait de beaucoup qu'il se crût autorisé à user de tous ces documents, et là-dessus, c'est d'après ses propres paroles que nous pouvons nous faire une idée de sa méthode. Non pas certes que Bossuet s'attarde nulle part à expliquer les règles qu'il suit dans le choix de ses auteurs : il n'y a rien, dans YHistoire des Variations, qui ressemble à ces bibliographies critiques, à cette étude préliminaire des sources que l'érudition moderne encourage avec raison. Chez Bossuet, malgré le souci d'exactitude dont nous allons tantôt voir bien des preuves, l'historien garde toujours une certaine coquetterie artistique, qui l'empêche de faire confidence au lecteur de la besogne préalable d'assemblage et de construction à laquelle il a dû se livrer. Il voile ses échafaudages et n'étale pas ses matériaux 2. Il se trouve cependant qu'au seuil des Variations, Bossuet, incidemment, en a dit assez et d'une

i. Même chez Basnage cette indiscrétion est sensible; par exemple, dans son Hist. de l'Église, t. II, 1. XXIV, ch. xi, il croit devoir raconter toute la vie de Wiclef, qui ne fait rien' à l'affaire. Il vient de l'apprendre.

2. Il ne se livre à des discussions de critique un peu longues que quand il y est obligé. Voy. Déf. de l'Htsl. des Var., nos vii-ix, une critique des historiens qui ont raconté la mort de l'empereur Julien. — Cf. sur cette pudeur de l'érudition affichée, Ellies du Pin, Bibl. des Aut. ecclés. du dix-septi'eme siècle, t. V, p. 338, à propos de l'histoire de l'abbé Fleury.

façon assez précise pour nous renseigner sur les principes directeurs de sa conscience historique : « Luther et les autres Réformateurs, — écrit-il, — paraîtront souvent sur les rangs » dans cette histoire, « mais je n'en dirai rien qui ne soit tiré le plus souvent de leurs propres ouvrar/es, et toujours d'auteurs non suspects '. » Cette brève déclaration contient la double régie qui le dirige dans le choix des documents qu'il adopte, et, par conséquent aussi, dans l'élimination, - qui présentement nous occupe,— des documents qu'il rejette. Autant que possible, il se retranchera les ouvrages qui ne sont pas les écrits mêmes des hommes qu'il étudie ; invariablement, il s'abstiendra des auteurs suspects.

Et, de fait, l'un et l'autre de ces principes est appliqué par lui avec une décision singulière. Dans les matières théologiques, cette discrétion sévère était pour Bossuet un engagement d'honneur, en quelque sorte. Il a promis aux protestants de les convaincre d'avoir varié, non pas en tant que simples particuliers, mais « en corps d'Église >»; il a donc l'obligation stricte de s'appuyer uniquement ou sur les Confessions de foi officielles ou sur les livres marquants qui ont été, dans la Réforme, des « Sommes de théologie », des « Symboles » avoués et souscrits du parti; il doit négliger tous les traités ou commentaires personnels, tous les écrits de controverse passagère et particulière, tout ce qu'il y a de cogitationes privatae dans les littératures luthérienne, calviniste, zwinglienne, anglicane.

Mais dans l'étude même des faits purement historiques, où moins de rigueur était nécessaire, Bossuet porte la même réserve. On ne peut douter, par exemple, qu'il n'ait connu, sur Calvin, l'ouvrage modéré, sincère et solide2, que le célèbre Drelincourt avait fait paraître na-

1. Préface de Vil. des T., n°* xix et xx. Cf. 1. VII, n° ix, 1. X, po un : « Tout ce que des protestants équitables peuvent exiger de moi dans une histoire, c'esl ijue, sans m'en rapporter à leurs adversaires, j'écoute aussi leurs auteurs. »

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