LE SUPPLICE D'ADAM, ET PREMIEREMENT LE TRAVAIL
« Dieu dit à Adam : Parce que tu as écouté la parole de ta femme. » C'est par où commence l'accusation : l'homme est convaincu d'abord d'une complaisance excessive pour la femme ; c'est la source de notre perte, et ce mal ne se renouvelle que trop souvent. Continuons : « Parce que tu as mangé du fruit que je t'avais interdit, la terre est maudite dans ton travail ; tu ne mangeras ton pain qu'avec la sueur de ton visage ; » et le reste. C'est par où commence le supplice ; mais il est exprimé par des paroles terribles : « La terre est maudite dans ton travail ; » la terre n'avait point péché, et si elle est maudite, c'est à cause du travail de l'homme maudit qui la cultive : on ne lui arrache aucun fruit, et surtout le fruit le plus nécessaire, que par force et parmi des travaux continuels.
« Tous les jours de ta vie. » La culture de la terre est un soin perpétuel qui ne nous laisse en repos ni jour ni nuit, ni en aucune saison : à chaque moment l'espérance de la moisson et le fruit unique de tous nos travaux peut nous échapper : nous sommes à la merci du ciel inconstant, qui fait pleuvoir sur le tendre épi, non seulement les eaux nourrissantes de la pluie, mais encore la rouille inhérente et consumante de la niellure.
« La terre te produira des épines et des buissons. » Féconde dans son origine et produisant d'elle-même les meilleures plantes, maintenant si elle est laissée à son naturel, elle n'est fertile qu'en mauvaises herbes ; elle se hérisse d'épines ; menaçante 3t déchirante de tous côtés, elle semble même vous vouloir refuser la liberté du passage, et on ne peut marcher sur elle sans combat.
286 === IJOSSUET. — CI1AP. Xlll
« Tu mangeras l'herbe de la terre. » Il semble que, dans l'innocence des commencements, les arbres devaient d'eux-mêmes offrir et fournir à l'homme une agréable nourriture dans leurs fruits ; mais depuis que l'envie du fruit défendu nous eut fait pécher, nous sommes assujettis à manger l'herbe que la terre ne produit que par force ; et le blé dont se forme le pain qui est notre nourriture ordinaire, doit être arrosé de nos sueurs. C'est ce qu'insinuent ces paroles : « Tu mangeras l'herbe, et ton pain te sera donné à la sueur de ton visage. » Voilà le commencement de nos malheurs ; c'est un continuel travail qui seul peut vaincre nos besoins et la faim qui nous persécute.
« Jusqu'à ce que tu retournes à la terre dont tu as été formé, et que tu deviennes poussière. » Il n'y a point d'autre fin de nos travaux ni d'autre repos pour nous, que la mort et le retour à la poussière, qui est le dernier anéantissement de nos corps. Cet objet est toujours présent à nos yeux : la mort se présente de toutes parts ; la terre même que nous cultivons nous la met incessamment devant la vue ; c'est l'esprit de cette parole : L'homme ne cessera de « travailler la terre dont il est pris » et où il retourne.
Homme, voilà donc ta vie, éternellement tourmenter la terre, ou plutôt te tourmenter toi-même en la cultivant, jusqu'à ce qu'elle te reçoive toi-même et que tu ailles pourrir dans son sein. 0 repos affreux ! 0 triste fin d'un continuel travail !
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