LES HABITS ET LES INJURES DE L'AIR
« Et le Seigneur Dieu fit à Adam et à sa femme des habits de peaux, et il les en revêtit. » L'homme ne devient pas seulement mortel, mais exposé par sa mortalité à toutes les injures de l'air d'où naissent mille sortes de maladies. Voilà la source des habits que le luxe rend si superbes : la honte de la nudité les a commencés ; l'infirmité les a étendus sur tout le corps ; le luxe veut les enrichir, et y mêle la mollesse et l'orgueil. 0 homme, reviens à ton origine! Pourquoi t'enorgueillir dans tes habits? Dieu ne te donne d'abord que des peaux pour te vêtir ; plus pauvre que les animaux dont les fourrures leur sont natu-
relies ; infirme et nu que tu es, tu te trouves d'abord à l'emprunt : ta disette est infinie ; tu empruntes de tous côtés pour te parer. Mais allons à l'origine, et voyons le principe du luxe ; après tout il est fondé sur le besoin ; on tâche en vain de déguiser cette faiblesse en accumulant le superflu sur le nécessaire.
L'homme en a usé de même dans tout le reste de ses besoins, qu'il a tâché d'oublier et de couvrir en les ornant. Les maisons qu'on décore par l'architecture, dans leur fond ne sont qu'un abri contre la neige et les orages, et les pires injures de l'air ; les meubles ne sont dans leur fond qu'une couverture contre le froid : ces lits qu'on rend si superbes, ne sont après tout qu'une retraite pour soutenir la faiblesse et soulager le travail par le sommeil ; il y faut tous les jours aller mourir et passer dans ce néant une si grande partie de notre vie.