SUITE DU SUPPLICE D'ADAM — LA DERISION DE DIEU
« Et Dieu dit : Voyez Adam qui est devenu comme un de nous, sachant le bien et le mal ; prenons donc garde qu'il ne mette encore la main sur le fruit de vie, et ne vive éternellement. » Cette dérision divine était due à sa présomption. Dieu dit en lui-même et aux personnes divines, et si l'on veut, aux saints anges : Voyez-moi ce nouveau dieu qui ne s'est pas contenté de la ressemblance divine que Dieu avait imprimée au fond de son âme ; il s'est fait dieu à sa façon : voyez comme il est savant, et qu'en effet il a bien appris le bien et le mal à«ses dépens : prenons garde qu'après nous avoir si bien dérobé la science, il ne nous dérobe encore l'immortalité. Remarquons que Dieu ajoute la dérision au supplice. Le supplice est dû à la révolte ; mais l'orgueil y attirait la dérision : « Je vous ai appelés et vous avez refusé d'entendre ma voix ; j'ai tendu le bras, et personne ne m'a regardé ; vous avez méprisé tous mes conseils, vous avez négligé mes avis et mes reproches : et moi aussi à mon tour je rirai dans votre perte ; je me moquerai de vos malheurs et de votre mort. » C'est, direz-vous, pousser la vengeance jusqu'à la cruauté ; je l'avoue : mais Bieu aussi deviendra cruel et impitoyable. Après que sa bonté a été
méprisée, il poussera la rigueur jusqu'à tremper et laver ses mains dans le sang du pécheur. Tous les justes entreront dans cette dérision de Dieu : « Et ils riront sur l'impie, et ils s'écrieront: Voilà l'homme qui n'a pas mis son secours en Dieu ; mais qui a espéré dans l'abondance de ses richesses, et il a prévalu par sa vanité. » Cette vanité insensée lui offrait une flatteuse ressemblance de la divinité même : « Adam est devenu comme un de nous ; » il a voulu être riche de ses propres biens ; voyez qu'il est devenu puissant. Ainsi, ces redoutables et saintes dérisions de la justice divine suivies de celles des justes, ont leur origine dans celle où Dieu insulte à Adam dans son supplice. Jésus- Christ qui nous a mis à couvert de la justice de Dieu, lorsqu'il en a porté le poids, a souffert cette dérision dans son supplice : « S'il est le Fils de Dieu, qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui ; que Dieu, qu'il se vante d'avoir pour père, le délivre. » C'est ainsi que lui insultaient les impies dans son supplice, mêlant à la cruauté l'amertume de la moquerie : de cette sorte il a expié la dérision qui était tombée sur Adam et sur tous les hommes.
C'est au milieu de cette amère et insultante dérision, que « Dieu le chasse du paradis de délices, pour travailler à la terre d'où il a été pris. » Et voilà « à la porte de ce paradis délicieux un chérubin qui roule en sa main une épée de feu » ; en sorte que ce même heu, auparavant si plein d'attraits, devient un objet d'horreur et de terreur.
XVe ÉLÉVATION