LA MORT ETERNELLE
Mais la grande peine du péché, celle qui est seule proportionnée, c'est la mort éternelle : et cette peine du péché est enfermée dans le péché même. Car le péché n'étant autre chose que la séparation volontaire de l'homme qui se retire de Dieu, il s'ensuit de là que Dieu se retire aussi de l'homme, et s'en retire pour jamais, l'homme n'ayant rien par où il puisse s'y rejoindre de lui-même ; de sorte que, par ce seul coup que se donne le pécheur, il demeure éternellement séparé de Dieu, et Dieu forcé par conséquent à se retirer de lui, jusqu'à ce que, par un retour de sa pure miséricorde, il lui plaise de revenir à son infidèle créature. Ce qui, n'arrivant que par une pure bonté que Dieu ne doit point au pécheur, il s'ensuit qu'il ne lui doit autre chose qu'une éternelle séparation et soustraction de sa bonté, de sa grâce et de sa présence ; mais dès là son malheur est aussi immense qu'il est éternel.
Car que peut-il arriver à la créature privée de Dieu, c'est-àdire de tout bien? Que lui peut-il arriver, sinon tout mal? « Allez, maudits, au feu éternel ; » et où iront-ils ces malheureux repoussés loin de la lumière, sinon dans les ténèbres éternelles? Où iront-ils, éloignés de la paix, sinon au trouble, au désespoir, au « grincement de dents »? Où iront-ils, en un mot, éloignés de Dieu, sinon en toute l'horreur, que causera l'absence et la privation de tout le bien qui est en lui, comme dans la source? « Je te montrerai tout le bien, » dit-il à Moïse, « en me montrant moi-même. » Que pourra-t-il donc arriver à ceux à qui il refusera sa face et sa présence désirable, sinon qu'il leur montrera tout le mal, et qu'il le leur montrera non seulement pour le voir, ce qui est affreux; mais ce qui est beaucoup plus terrible, pour le sentir par une triste expérience. Et c'est là le juste supplice du pécheur qui se retire de Dieu, que Dieu aussi se relire de lui, et par cette soustraction le prive de tout le bien, et l'investisse irrémédiablement et inexorablement de tout le iiijiI. 0 Dieu ! o Dieu ! je tremble : je suis saisi de frayeur à cette vue. Consolez-moi par l'espérance de votre bonté : rafraîchissez
mes entrailles, et soulagez mes os brisés, par Jésus-Christ votre Fils, qui a porté la mort pour me délivrer de ses terreurs, et de toutes ses affreuses suites, dont la plus inévitable est l'enfer.