‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 115 sur 130 · L'ANNONCIATION ET L'INCARNATION · texte numérisé non relu

L'ANNONCIATION ET L'INCARNATION

Vile ELEVATION

JÉSUS-CHRIST DEVANT TOUS LES TEMPS LA THÉOLOGIE DE SAINT JEAN l'É VANGELISTE

Où vais-je me perdre ! dans quelle profondeur, dans quel abîme! Jésus-Christ avant tous les temps peut-il être l'objet de nos connaissances? Sans doute, puisque c'est à nous qu'est adressé l'Évangile. Allons, marchons sous la conduite de l'aigle des évangélistes, du bien-aimé parmi les disciples, d'un autre Jean que Jean-Baptiste, de Jean enfant du tonnerre, qui ne parle point un langage humain, qui éclaire, qui tonne, qui étourdit, qui abat tout esprit créé sous l'obéissance de la foi, lorsque par un rapide vol fendant les airs, perçant les nues, s' élevant au-dessus des anges, des vertus, des chérubins et des séraphins, il entonne son évangile par ces mots : « Au commencement était le Verbe. » C'est par où il commence à faire connaître Jésus-Christ. Hommes, ne vous arrêtez pas à ce que vous voyez commencer dans l'annonciation de Marie. Dites avec moi : « Au commencement était le Verbe. » Pourquoi parler du commencement, puisqu'il s'agit de celui qui n'a point de commencement? C'est pour dire qu'au commencement, dès l'origine des choses, il était : il ne commençait pas, il était; on ne le créait pas, on ne le faisait pas, il était. Et qu'était-il? Qu'était celui qui, sans être fait, et sans avoir de commencement, quand Dieu commença tout, était déjà? Était-ce une ma-

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tière confuse que Dieu commençait à travailler, à mouvoir, à former? Non; ce qui était au commencement était le Verbe, la parole intérieure, la pensée, la raison, l'intelligence, la sagesse, le discours intérieur : sermo : discours sans discourir, où l'on ne tire pas une chose de l'autre par raisonnement ; mais discours où est substantiellement toute vérité, et qui est la vérité même.

Où suis-je? que vois-je? qu'entends-je? Tais-toi, ma raison ; et sans raison, sans discours, sans images tirées des sens, sans paroles formées par la langue, sans le secours d'un air battu ou d'une imagination agitée, sans trouble, sans effort humain, disons au dedans, disons par la foi, avec un entendement, mais captivé et assujetti : Au commencement, sans commencement, avant tout commencement, au-dessus de tout commencement, était celui qui est et qui subsiste toujours : le Verte, la parole, la pensée éternelle et substantielle de Dieu.

Il était, il subsistait ; mais non comme quelque chose détachée de Dieu : car il était en Dieu. Et comment expliquerons-nous être en Dieu? est-ce y être d'une manière accidentelle, comme notre pensée est en nous? Non : le Verbe n'est pas en Dieu de cette sorte. Comment donc? Comment expliquerons-nous ce que dit notre aigle, notre évangéliste? Le Verbe était chez Dieu : apud Deum, pour dire qu'il n'était pas quelque chose d'inhérent à Dieu, quelque chose qui affecte Dieu, mais quelque chose qui demeure en lui comme y subsistant, comme étant en Dieu une personne, et une autre personne que ce Dieu en qui il est. Et cette personne était une personne divine : elle était Dieu. Comment Dieu? Est-ce Dieu sans origine? Non, car ce Dieu est Fils de Dieu, est Fils unique, comme saint Jean l'appellera bientôt. Nous avons, dit-il, vu sa gloire comme la gloire du Fils unique. Verbe donc qui est en Dieu, qui demeure en Dieu, qui subsiste en Dieu, qui en Dieu est une personne sortie de Dieu même et y demeurant ; toujours produit, toujours dans son sein, ainsi que nous le verrons sur ces paroles : Unigenitus Filius qui est in sinu Patris : « Le Fils unique qui est dans le sein du Père » 11 en est produit, puisqu'il est Fils; il y demeure, parce qu'il est la pensée éternellement subsistante. Dieu comme lui ; car le Verbe était Dieu : Dieu en Dieu, Dieu de Dieu, engendré de Dieu, subsistant en Dieu ; Dieu comme lui, au-dessus de tout, béni aux siècles des siècles. Amen. 11 est ainsi, dit saint Paul.

Ah ! je me perds, je n'en puis plus ; je ne puis plus dire

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qu'amen; il est ainsi; mon cœur dit : II est ainsi; amen. Quel silence ! quelle admiration ! quel étonnement ! quelle nouvelle lumière ! mais quelle ignorance ! Je ne vois rien, et je vois tout. Je vois ce Dieu qui était au commencement, qui subsistait dans le sein de Dieu ; et je ne le vois pas. Amen; il est ainsi. Voilà tout ce qui me reste de tout le discours que je viens de faire, un simple et irrévocable acquiescement, par amour, à la vérité que la foi me montre. Amen, amen, amen. Encore une fois, amen. A jamais, amen.

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