‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 117 sur 130 · COMMENT DE TOUTE ÉTERNITÉ TOUT ÉTAIT VIE DANS LE VERBE · texte numérisé non relu

COMMENT DE TOUTE ÉTERNITÉ TOUT ÉTAIT VIE DANS LE VERBE

Il y a, dans ce verset de saint Jean, une variété de ponctuation qui se trouve non seulement dans nos exemplaires, mais encore dans ceux des Pères. Plusieurs d'eux ont lu : « Ce qui a été fait était vie en lui ». Quod factum est in ipso vita erat. Recevons toutes les lumières que l'Evangile nous présente. Nous voyons ici que tout, et même les choses inanimées qui n'ont point de vie en elles-mêmes, étaient vie dans le Verbe divin, par son idée et par sa pensée éternelle.

Ainsi un temple, un palais, qui ne sont qu'un amas de bois et de pierres, où rien n'est vivant, ont quelque chose de vivant dans l'idée et dans le dessein de leur architecte. Tout est donc vie dans le Verbe, qui est l'idée sur laquelle le grand Architecte a fait le monde. Tout y est vie, parce que tout y est sagesse. Tout y est sagesse, parce que tout y est ordonné et mis en son rang. L'ordre est une espèce de vie de l'univers. Cette vie est répandue sur toutes ses parties ; et leur correspondance mutuelle entre elles et dans tout leur tout est comme l'âme et la vie du monde matériel, qui porte l'empreinte de la vie et de la sagesse de Dieu.

Apprenons à regarder toutes choses en ce bel endroit, où tout est vie. Accoutumons-nous à rapporter tout ce qui arrive à sa source. Tout est ordonné de Dieu. Tout est vie, tout est sagesse de ce côté-là. Dans tous les biens et dans tous les maux qui nous arrivent, disons : Tout est animé par la sagesse de Dieu ; rien ne vient au hasard. Le péché même, qui en soi est incapable de règle, puisqu'il est le dérèglement essentiel, et qui, par cette raison, ne peut venir de l'ordre de Dieu ni de sa sagesse, par sa sagesse est réduit à l'ordre, quand il est joint avec le supplice, et quand Dieu, malgré le péché et son énorme et infime laideur, en tire le bien qu'il veut.

Régnez, ô Verbe ! en qui tout est vie, régnez sur nous. Tout aussi est vie en nous à notre manière. Les choses inanimées que nous voyons, lorsque nous les concevons, deviennent vie dans

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notre intelligence. C'est vous qui l'avez imprimée en nous, et c'est un des traits de votre divine ressemblance, de votre image, à laquelle vous nous avez faits. Élevons-nous à notre modèle ; croyons que tout ce que Dieu fait et tout ce qu'il permet, c'est par sagesse et par raison qu'il le fait et qu'il le permet ; agissons aussi en tout avec sagesse, et croyons que notre sagesse est d'être soumis à la sienne.

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POURQUOI IL EST FAIT MENTION DE SAINT JEAN-BAPTISTE AU COMMENCEMENT DE CET ÉVANGILE

« Il y eut un homme envoyé de Dieu, de qui le nom était Jean. » Ce commencement de l'évangile de saint Jean est comme une préface de cet évangile et un abrégé mystérieux de toute son économie. Toute l'économie de l'Évangile est que le Verbe est Dieu éternellement ; que dans le temps il s'est fait homme ; que les uns ont cru en lui, et les autres non ; que ceux qui y ont cru sont enfants de Dieu par la foi, et que ceux qui ne croient pas n'ont à imputer qu'à eux-mêmes leur propre malheur. Car Jésus-Christ, qui est venu parmi les ténèbres, y a apporté avec lui dans ses exemples, dans ses miracles et dans sa doctrine, une lumière capable de dissiper cette nuit. Non content de cette lumière ; comme les hommes, avec leur infirmité, n'auraient pu envisager cette lumière en elle-même, Dieu pour ne rien omettre, et afin que rien ne manquât à leurs faibles yeux, pour les préparer à profiter de la lumière qu'il leur offrait, et les y rendre attentifs, a envoyé Jean-Baptiste, qui, n'étant pas la lumière, l'a montrée aux hommes, en disant : « Voilà l'Agneau de Dieu, voilà celui qui est avant moi, et dont je prépare les voies ; voilà celui qui est plus grand que moi et de qui je ne suis pas digne de défier les souliers. » Toute bonne pensée qui nous sauve a toujours son précurseur. Ce n'est point une maladie, une perte, une affliction qui nous sauve par elle-même : c'est un précurseur de quelque chose de mieux. Le monde me méprisera, on ne m'honorera pas autant que mon orgueil le désire. Je le méprise à mon tour; je m'en dégoûte. Ce dégoût est le précurj

seur de l'attrait céleste qui m'unit à Dieu. Cette profonde mélancolie où je suis jeté, je ne sais comment, dans les détresses de cette vie, est un précurseur qui me prépare à la lumière. Viendra tout à coup le trait divin, qui, préparé de cette manière, fera son effet. Les terreurs des jugements de Dieu, qui ne me laissent de repos ni nuit m" jour, sont un autre précurseur ; c'est Jean qui crie dans Je désert : « Venez, Jésus, venez dans mon âme. et tirez-la après vous par un chaste et fidèle amour. »

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