SUITE DE L EVANGILE DE SAINT JEAN
Le Verle an commencement était subsistant en Dieu. Eemontez au commencement de toutes choses ; poussez vos pensées le plus loin que vous pouvez ; allez au commencement du genre humain : il était, hoc erat. Allez au premier jour, lorsque Dieu dit : Que la lumière soit, il était, lioc erat. Remontez. Élevez-vous avant tous les jours au-dessus de ce premier jour, lorsque tout était confusion et ténèbres : hoc erat, il était. Lorsque les anges lurent créés dans la vérité, en laquelle Satan et ses sectateurs ne demeurèrent point : il était, hoc erat. Au commencement, avant tout ce qui a pris commencement, hoc erat. H était seul, en son Père, auprès de son Père, au sein de son Père. Il était, et qu'était-il? Qui le pourrait dire? Qui nous racontera, qui nous expliquera sa génération? Il était, car, comme son Père, il est celui qui est; il est le parfait ; il est l'existant, le subsistant, et l'être même. Mais qu'était-il? Qui le sait? On ne sait rien autre chose, sinon qu'il était; c'est-à-dire qu'il était; mais qu'il était engendré de Dieu, subsistant de Dieu, c'est-à-dire qu'il était Dieu et qu'il était Fils.
Où voyez-vous qu'il était? « Toutes choses ont été faites par lui, et sans lui rien n'a été fait de tout ce qui a été fait. » Concevons, si nous pouvons, la différence de celui qui était, d'avec tout ce qui a été fait. Etre celui qui était et par qui tout a été fait, et être fait : quelle immense distance de ces deux choses ! Etre et faire, c'est ce qui convient au verbe : être fait, crsi ce qui convient à la créature. H était donc comme celui
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par qui devait être fait tout ce qui a été fait, et sans qui rien n'a été fait de tout ce qui a été fait. Quelle force, quelle netteté pour exprimer clairement que tout est fait par le Verbe ! Tout par lui, rien sans lui ; que reste-t-il au langage humain pour exprimer que le Verbe est le créateur de tout, ou, ce qui est la même chose, que Dieu est le créateur de tout par le Verbe? Car il est créateur de tout, non point par effort, mais par un simple commandement et par sa parole, comme il est écrit dans la Genèse, et conformément à ce verset de David : II a dit, et tout a été fait. Il a commandé, et tout a été créé.
N'entendons donc point par ce par quelque chose de matériel et de ministériel. Tout a été fait par le Verbe : comme tout être intelligent agit et fait ce qu'il fait par sa raison, par sa pensée, par sa sagesse. C'est pourquoi s'il est dit ici que Dieu fait tout par son Verbe, qui est sa sagesse et sa pensée, il est dit ailleurs que la Sagesse éternelle qu'il a engendrée en son sein, et qui a été conçue et enfantée avant les collines, est avec lui, ordonne et arrange tout, se joue en sa présence, et se délecte par la facilité et la variété de ses desseins et de ses ouvrages. » Ce qui a fait dire à Moïse que Dieu vit ce qu'il avait fait par son commandement, qui est son Verbe, qu'il en fut content, et vit qu'il était bon et très bon. Où vit-il cette bonté des choses qu'il avait faites, si ce n'est dans la bonté même de la sagesse et de la pensée où il les avait destinées et ordonnées? C'est pourquoi aussi il est dit qu'il a possédé, c'est-à-dire qu'il a engendré, qu'il a conçu, qu'il a enfanté sa Sagesse, en laquelle i] a vu et ordonné le commencement de ses voies. Il s'est délecté en elle; il enafait son plaisir; et cette éternelle Sagesse, pleine de bonté, et infiniment bienfaisante, a fait son plaisir, ses délices d'être, de converser avec les hommes. Ce qui s'est accompli parfaitement, lorsque le Verbe s'est fait homme, s'est fait chair, s'est incarné, et qu'il a fait sa demeure au milieu de nous.
Délectons-nous donc aussi dans le Verbe, dans la pensée, dans la sagesse de Dieu. Écoutons la parole qui nous parle dans un profond et admirable silence. Prêtons-lui l'oreille du cœur. Disons-lui comme Samuel : Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute. Aimons la prière, la communication, la familiarité avec Dieu. Qui sera celui qui, s'imposant silence à soi-même, et à tout ce qui n'est pas Dieu, laissera doucement écouler son cœur vers le Verbe, vers la sagesse éternelle, surtout depuis qu'il s' est fait homme, qu'il a établi sa demeure au milieu de nous? En nous-mêmes, in nobis, dans ce qu'il y a de plus intime eu
nous, selon ce qui est écrit : « H a enseigné la sagesse à Jacob son serviteur et à Israël son bien-aimé. Après, il a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes. »
Que de vertus doivent naître de ce commerce avec Dieu et avec son Verbe ! Quelle humilité ! quelle abnégation de soimême ! quel dévouement ! quel amour envers la vérité ! quelle cordialité ! quelle candeur ! Que notre discours soit en simplicité et sans faste : Cela est, cela n'est pas ; et que nous soyons vrais en tout, puisque la vérité a établi sa demeure en nous.
IXe ÉLÉVATION
LA VIE DANS LE VERBE. — L'iLLUMINATION DE TOUS LES HOMMES
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. On appelle vie dans les plantes, croître, pousser des feuilles, des boutons, des fruits. Que cette vie est grossière ! qu'elle est morte ! On appelle vie, voir, goûter, sentir, aller deçà et delà, comme on est poussé. Que cette vie est animale et muette ! On appelle vie, entendre, connaître, se connaître soi-même, connaître Dieu, le vouloir, l'aimer, vouloir être heureux en lui, l'être par sa jouissance : c'est la véritable vie. Mais quelle en est la source? Qui est-ce qui se connaît, qui s'aime soi-même, et qui jouit de soi-même, si ce n'est le Verbe? En lui donc était la vie. Mais d'où vient-elle, si ce n'est de son éternelle et vive génération? Sorti vivant d'un Père vivant dont il a lui-même prononcé : Comme le Père a la vie en soi, il a aussi donné à son Fils d'avoir la vie en soi. H ne lui a pas donné la vie comme tirée du néant ; il lui a donné la vie de sa vive et propre substance ; et comme il est la source de vie, il a donné à son Fils d'être une source de vie. Aussi cette vie de l'intelligence est la lumière qui éclaire tous les hommes. C'est de la vie de l'intelligence, de la lumière du Verbe, qu'est sortie toute intelligence et toute lumière.
Cette lumière de vie a lui dans le ciel, dans la splendeur des saints, sur les montagnes, sur les esprits élevés, sur les anges ; mais elle a voulu aussi luire parmi les hommes, qui s'en étaient
retirés. Elle s'en est approchée ; et afin de les éclairer, elle leur a porté le flambeau jusqu'aux yeux par la prédication de l'Évangile. Ainsi « la lumière luit parmi les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas comprise. Un peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. La lumière s'est levée sur ceux qui étaient assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. »
« La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas comprise. » Les âmes- superbes n'ont pas compris l'humilité de Jésus-Christ. Les âmes aveuglées par leurs passions n'ont pas compris Jésus-Christ, qui n'avait en vue que la volonté de son Père. Les âmes curieuses, qui veulent voir pour le plaisir de voir et de connaître, et non pour régler leurs mœurs et mortifier leurs cupidités, n'ont rien compris en Jésus-Christ, qui a commencé par faire, et qui après a enseigné. Les malheureux mortels ont voulu se réjouir par la lumière et non pas laisser embraser leurs cœurs du feu que Jésus-Christ venait allumer. Les âmes intéressées, tout enveloppées dans elles-mêmes, n'ont pas compris Jésus-Christ, ni le précepte céleste de se renoncer soi-même. La lumière est venue, et les ténèores n'y ont rien compris. Mais la lumière du moins a-t-elle compris? Ceux qui disaient : Nous voyons et qui s'aveuglaient eux-mêmes par leur présomption, ont-ils mieux compris Jésus-Christ? Non; les prêtres ne l'ont pas compris ; les pharisiens ne l'ont pas compris, les docteurs de la loi ne l'ont pas compris. Jésus-Christ leur a été une énigme. Ils n'ont pu souffrir la vérité, qui les humiliait, les reprenait, les condamnait ; et à leur tour, ils ont condamné, ils ont tourmenté, contredit, crucifié la Vérité même.
Le comprenons-nous, nous qui nous disons ses disciples, et qui cependant voulons plaire aux hommes, nous plaire à nousmêmes, qui sommes des hommes, et des hommes si corrompus? Humilions-nous, et disons : La lumière luit encore tous les jours dans les ténèbres par la foi et par l'Évangile ; mais les ténèbres n'y ont rien compris, et Jésus.-Christ ne trouve point d'imitateurs.
Xe ELEVATION