IV. — Suite des observations du même Gerson
Ce même docteur, pour réfuter ceux qui prétendaient que ces matières de l'oraison ne devaient point être portées à V école, mais seulement traitées par les hommes expérimentés dans cette pratique, découvre les illusions où tombent ceux qui donnent pour toute raison « leurs expériences, et qui, transportés par des affections déréglées envers les vertus et par des idées indiscrètes de l'amour de Dieu, ont un zèle qui n'est pas selon la science ». H se trouve, ajoute-t-il, parmi eux s des femmes d'une incroyable subtilité », dont les écrits quelquefois « contiennent de très bonnes choses ; mais leur orgueil et la véhémence de leur excessive passion leur persuadant qu'elles jouissent de Dieu dès cette vie, elles disent des choses sur cette bienheureuse vision, que rien n'aurait égalées, si elles les avaient appliquées à la vie future. » Je rapporte ces passages pour montrer jusqu'où peut aller l'esprit de séduction, et ensemble comme sous le nom de l'amour divin il sïntroduit des excès qui détruisent la piété. C'est de là, dit ce pieux docteur, que sont nés les béguards et les béguines, dont on connaît les énormes excès ; mais Gerson les attaque ici parleur bel endroit, je veux dire par la trompeuse apparence de leur spécieux commencement, et il attaque en même temps les « autres semblables folies d" amants insensés que la science ne guide pas : insanias amantium, imo et amcniium, quia non secundum scientiam : d'où il conclut qu'il en fallait croire les doctes théologiens qui savaient les règles, plutôt que les dévots qui se glorifient de leur expérience.