‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 42 sur 130 · REPONSE · texte numérisé non relu

REPONSE

4. Croit-il avec ces paroles éblouir le monde, jusqu'à lui faire oublier une cabale qui se fait sentir par toute ]a terre? Croit-il que quelqu'un ignore les intérêts, les engagements, les espérances qui ont commencé cette affaire, et les ressources qu'on attend encore pour la rétablir? On en peut voir les fondements dans la Relation. Quand est-ce qu'on a plus visiblement éprouvé les efforts d'un puissant parti? Pour ne dire que ce seul fait constant et public, d'où viennent par tout l'univers, et à Korne comme en France, quand il doit paraître quelque écrit de ce prélat, d'où viennent, dis-je, cent avant-coureurs qui publient qu'à ce coup M. de Cambrai me va écraser? Il veut mettre pour lui la pitié. Je suis seul, dit-il : c'est ce que ne, dit jamais un évêque défenseur de la vérité catholique, et l'Écriture lui répond : Vœ soli : malheur à celui qui est seul ; car c'est le caractère de la partialité et de l'erreur. M. de Meaux est en état de se faire craindre. Puisqu'il m'y force, je lui dirai aux yeux de toute la France sans crainte d'être démenti, qu'il peut plus avec un parti si zélé, que M. de Meaux occupé à défendre la vérité par la doctrine, et que personne ne craint (1).

H joint l'insulte à la fausseté ; et ce prélat qui ne dit jamais que des injures pour des raisons, me parle en cette sorte : « Le plus souple de tous les hommes et qui remue de si grands ressorts » par toute la terre, « ne peut se garantir de V innocent théologien. » Non, monseigneur, un innocent théologien n'est pas éveillé. Ne

(1) Qui ne le croirait quand il parle ainsi ? Qui ne sait pourtant qu'il s'abuse et qu'il nous abuse? Qu'on ven juge sur cette lettre confidentielle écrite par Bossuet à son neveu : « La fureur de M. de Cambrai contre moi est extrême ; sa cabale est terrible et ses artifices. Mais nous avons pour nous Dieu, la vérité, la bonne intention, le courage, le roi, Mme de Maintenon, etc. » Contre une coalition pareille, que pouvaient les rares amis de Fénelon exilé?

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dites point : «Je n'en sais pas tant : vous n'en savez que trop, et il y paraît bien ». Je demande s'il est permis par les règles de la conscience, après avoir avancé sans preuve à la face de toute l'Eglise un fait de cette nature, de l'accompagner de termes si méprisants et d'une si amère raillerie? Il est vrai, dans un endroit de la Relation, je me suis appelé moi-même par une espèce de confiance « le plus simple de tous les hommes ». M. de Cambrai en revient sans cesse à me reprocher cette parole comme une louange excessive que je me donne à moi-même. Mais il retranche la ligne suivante, où j'explique la simplicité que j'ose m'attribuer : « Le plus simple de tous les hommes : je veux dire, le plus incapable de toute finesse et de toute dissimulation. » En supprimant ces paroles, M. de Cambrai laisse croire au inonde que je m'attribue la simplicité qui est le comble de la perfection dans les saints. Je m'explique ailleurs en cette sorte : « Simple et innocent théologien, je crus avoir assez fait en liant M. de Cambrai par des articles théologiques. » En effet combien d'amis me reprochent tous les jours mon peu de finesse et mon peu de précaution avec un esprit si délié? Qu'il me soit du moins permis de m'excuser, en disant que je suis incapable de toute finesse : mon cœur les dédaigne, mon esprit ne monte pas jusque-là. Le seul M. de Cambrai, j'ai honte de le répéter, veut que je sois un éveillé. De quel style est cette expression (1)? Quelle humeur et quel sentiment a pu l'arracher à une plume si noble et si modérée?

(1) Fénelon avait écrit : « Non, monseigneur, un innocent théologien n'est point si éveillé. » Il n'avait donc pas commis la faute de style que Bossuet lui reproche.

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