‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 92 sur 130 · RÉCOMPENSE DES JUSTES · texte numérisé non relu

RÉCOMPENSE DES JUSTES

« Venez, les bénis de mon Père. Allez, maudits. » Venez : parole d'amour et d'union, parole de l'Époux : « Venez, mon

épouse bien-aimée », venez à la jouissance de mes immortelles beautés. Car tout cela, sous une autre figure, c'est le royaume qui vous a été préparé; c'est un trône, pour signifier la magnificence et la gloire ; c'est la couche nuptiale, pour signifier l'abondance de la joie et l'accomplissement du mystère de l'amour divin, en faisant avec Dieu un même esprit. A ce Venez de l'Époux céleste, l'Épouse de son côté doit dire un autre Venez : « Venez, mon bien-aimé. » C'est ce qu'il faut dire en foi, en espérance, en amour, dans l'esprit et avec les sentiments d'une épouse ardente et fidèle. Et l'Esprit et l'Épouse disent : « Venez ; que celui qui entend dise : Venez », qu'il appelle à chaque moment, et du fond du cœur, l'Époux céleste : « Que votre règne arrive. Que celui qui a soif vienne ; » qu'il vienne, celui qui a faim et qui a soif de la justice, « et qu'il reçoive gratuitement l'eau vive », que je lui prépare gratuitement, par pur amour, par pure miséricorde ; car encore que je récompense les œuvres, c'est, dans les œuvres, mes dons que je récompense ; c'est, à remonter à l'origine, ma grâce que je couronne. C'est moi qui préviens ; c'est moi qui attire ; c'est moi qui donne le premier. H faut donc venir et en venant m'inviter à venir moi-même, et à dire ce dernier Venez, qui consomme la félicité et l'œuvre de la rédemption : « Oui, je viens bientôt : Il est ainsi. Amen. » Je scelle cette vérité dans les cœurs : « Venez, Seigneur Jésus, venez ; » c'est par où finit l'Ecriture. C'est le dernier avertissement qu'elle nous donne comme celui qu'elle veut laisser le plus vivement empreint dans nos cœurs.

« Venez, les bénis, les chéris de Dieu. » 0 mon Sauveur! que j'entende le mystère de cette secrète bénédiction, par laquelle vous nous avez bénis avant l'établissement du monde, en nous préparant votre royaume ! Mais qu'est-ce, ô Seigneur ! votre royaume sinon votre justice, votre vérité régnante sur les esprits, pour en animer tous les mouvements? « Lorsque Jésus-Christ mettra à vos pieds tout le peuple racheté, se l'assujettissant totalement par l'opération de sa toute-puissance, » en sorte qu'il n'y paraisse « que lui, et que Dieu soit tout en tous, et nous avec lui en un même esprit », par l'effusion de sa gloire, et la parfaite conformité de notre volonté avec la sienne. Ainsi ce qui fera notre règne, c'est le règne de Dieu sur nous. Lorsque tout lui sera assujetti, tout ira selon le mouvement de son esprit. Maintenant il y a en nous quelque chose de sujet, et aussi quelque chose de rebelle. Mais alors tout sera sujet ; et cette sujétion bienheureuse, qui est notre parfaite

félicite, étant accomplie dans le chef et dans les membres, Vceuvre de Jésus-Christ sera parfaite. Venez donc, ô bénis de Dieu ! venez à ce bienheureux royaume ; entrez dans la joie de votre Seigneur.

XCVIIe JOUR

« RETIREZ-VOUS, MAUDITS, ALLEZ AU FEU ÉTERNEL. » CONDAMNATION DES IMPIES

Au lieu de ce Venez si ravissant, plein d'une admirable douceur, qui satisfera le cœur de l'homme sans lui laisser rien à désirer, les méchants, les impénitents entendront cet impitoyable : « Allez, retirez-vous », et où iront-ils, les malheureux? Où, en s'éloignant du souverain bien, sinon au souverain mal? Où, en s'éloignant de la lumière éternelle, sinon à ces ténèbres extérieures, ténèbres affreuses, plus palpables que celles de l'Egypte? Où, en perdant la joie éternelle, si ce n'est aux pleurs, au désespoir, à la rage, aux grincements de dents, à l'éternelle fureur? « Allez : retirez-vous, ouvriers d'iniquité. Retirez-vous, je ne vous connais pas. Ma marque n'est point en vous : je ne vous ai jamais connus. » Vos œuvres ont été trompeuses, défectueuses, passagères en tout cas, et destituées de persévérance ; vous n'êtes point de ceux sur lesquels est ce sceau de Dieu : « Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui. Allez, maudits. Vous avez aimé la malédiction, et elle viendra sur vous. Elle vous est attachée comme votre habit, comme la ceinture qui vous environne ; elle a pénétré la moelle de vos os. Allez à ce feu, » arbres infructueux, qui n'êtes plus bons qu'à brûler ; « allez au feu éternel » ; nulle goutte de rosée, nul rafraîchissement ne viendra jamais sur vous : « Allez au feu qui est préparé au diable ; » à celui qui dès le commencement, n'ayant point voulu « demeurer dans la vérité, est menteur et père de mensonge, meurtrier », calomniateur, tentateur et accusateur des saints ; d'où vient toute iniquité : allez en sa détestable compagnie, imitateurs de son orgueil et de son impénitence, participez à ses peines ; qu'il soit votre tyran, votre bourreau. Puisque vous avez voulu vous mettre dans son esclavage, portez éternelle-

meut ce joug de fer, vous qui avez refusé le doux joug de Notre- Seigneur.

Mais voici le comble des maux : Dieu contre vous avec toute sa justice et sa puissance. Écoutez, tremblez ; c'est lui qui parle : « Si vous ne m'écoutez pas, si vous méprisez mes commandements, je mettrai ma face contre vous ; j'écraserai votre dureté et votre orgueil ; je multiplierai vos plaies ; comme vous marchez contre moi, je marcherai contre vous avec un cœur d'ennemi. Vous serez frappés » tout ensemble dans le corps, « de pauvreté, de peste, de froid et de chaud ; dans l'esprit, de fohe, d'aveuglement et de fureur ; le ciel sera de fer sur vos têtes, et la terre d'airain sous vos pieds ; votre rosée sera la poussière » ; vous ne porterez jamais de fruit, « parce que vous n'avez pas voulu servir le Seigneur en joie et dans l'abondance de toutes sortes de biens, vous serez mis dans l'esclavage de votre ennemi, dans la faim, dans la soif, dans la nudité, dans l'indigence de tout ; il mettra sur vos épaules un joug de fer. » Outre toutes ces plaies que vous entendez, « Dieu vous en enverra » de plus terribles « qui ne sont point écrites dans ce livre, » et qui passent tout ce qu'on peut exprimer par le langage humain : « Et comme le Seigneur s'est réjoui en vous faisant du bien, il prendra plaisir maintenant à vous perdre, à vous renverser. » Vous serez maintenant à jamais sous cette impitoyable verge ; sous cette « verge vaillante », qu'a vue le prophète : car « le Seigneur veillera éternellement sur votre iniquité, et ne cessera pas de vous briser, de vous mettre en pièces. Pourquoi criez-vous inutilement? votre plaie est incurable ; je Tai faite à cause de votre iniquité et votre dure malice, » dit le Seigneur par la bouche de Jérémie : votre endurcissement a causé le mien ; vous m'avez rendu inexorable, impitoyable, inflexible : « Allez. Et ils iront au supplice éternel ; et les justes à la vie éternelle. » C'est par là que Jésus finit sa prédication. C'est ce qu'il nous laisse à méditer ; et il n'a rien de plus important à dire au peuple.

« Après donc qu'il eut fini tous ces discours », il ne songe plus qu'aux préparatifs de sa mort : à la pâque ancienne, à la nouvelle ; aux dernières instructions qu'il voulait laisser à sesapôtres, à la cène ; et après la cène, à la dernière prière par laquelle il commença son sacrifice : finalement, à sa mort.

248 = BOSSUET. - GHAP. XIII

KCVIIIe JOUE

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