‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 94 sur 130 · LES SOUFFRANCES DE JEREMIE · texte numérisé non relu

LES SOUFFRANCES DE JEREMIE

Telles étaient les dures vérités que Dieu mettait en la bouche du prophète Jérémie ; et ce qu'il souffrit à ce sujet, pendant quarante-cinq ans que dura son ministère, est inouï. Il avait à souffrir nulle indignités, qui lui faisaient dire : « J'ai été en

.érision à tout mon peuple, le sujet de leurs chansons tout le Hig du jour, et l'objet de leur moquerie. H m'a rempli d'amerume, il m'a enivré d'absinthe. Je ne connais plus le repos, 'ai oublié tous les biens. » On en venait jusqu'aux coups, et

disait : « Le solitaire s'assiéra et se taira ; il baisera la terre t mettra sa bouche dans la poudre, pour voir s'il lui restera uelque espérance » d'être écouté dans ses prières. « H livrera a, joue aux coups, il sera rassasié d'opprobres. » On voit dans e dernier trait une image expresse du Fils de Dieu. Et un peu près : « 0 Seigneur, vous m'avez mis au milieu du peuple omme un arbre déraciné, comme le mépris de tous les hommes ; dus mes ennemis ont ouvert impunément la bouche contre îoi. » Ce fut dans sa patrie, dans la ville d'Anathoth, ville linte et sacerdotale, qu'il eut le plus à souffrir de ses citoyens, t des sacrificateurs ses compagnons. On y conspira contre sa ie. « Et j'étais, dit-il, comme un agneau innocent et doux u'on porte au sacrifice ; et je ne savais pas ce qu'ils machiaient contre moi, en disant : Mettons dans son pain un bois mpoisonné, effaçons-le du nombre des vivants et qu'on ne arle plus de lui sur la terre. » Et ils lui disaient : « Ne prophésez plus au nom du Seigneur, si vous ne voulez mourir entre os mains. » Mais il fallut obéir à Dieu, et il prophétisa contre nathoth, d'une manière terrible : « Je visiterai les habitants 'Anathoth, leurs jeunes gens mourront de l'épée, dit le Seigneur es armées ; leurs jeunes enfants et leurs filles mourront de dm et de peste, et il ne restera rien de cette ville, j'amènerai )ut le mal sur Anathoth, et l'an de sa visite sera plein d'effroi. »

Ainsi en arrivera-t-il à notre Sauveur dans Nazareth. « H e pouvait y faire beaucoup de miracles, à cause de leur incréulité, car ils se disaient l'un à l'autre : N'est-ce pas là ce charentier, fils de Marie, frère de Jacques et de Jean? Et n'avonsous pas ses sœurs parmi nous. Et ils le méprisèrent. » Il éprouva, Dmme Jérémie, la vérité de ce proverbe : « Le prophète n'est oint reçu dans sa patrie. » Il s'en plaignit. « Et ses citoyens mrplis de colère le tramèrent hors de leur ville, au plus haut e la montagne où leur ville était bâtie, pour le précipiter du aut en bas. »

Ce n'était pas seulement ses concitoyens qui machinaient mtre lui, à cause de ses prophéties ; tous les peuples s'encouigeaient à le perdre, et ils se disaient les uns aux autres : Venez, entreprenons contre Jérémie : il n'est pas le seul prohète, ni le seul sacrificateur, ni le seul sage ; venez, frappons-le

avec la langue, et ne prenons pas garde à tous ses discours. Vous savez, Seigneur, tout ce qu'ils ont entrepris contre ma vie; ils creusaient des abîmes sous mes pieds, partout ils me tendaient des pièges. » Ses meilleurs amis, qui semblaient le garder, entraient dans ces pernicieux conseils : tous ne songeaient qu'à le tromper et à se venger de lui, parce qu'il leur prophétisait des malheurs. Ainsi, à chaque pas du Sauveur, il trouvait des entreprises contre sa personne. On l'appelait démoniaque,* imposteur ; on le chargeait de toute sorte d'injures, pour animer contre lui la haine publique ; et par deux fois en très peu de jours on leva des pierres pour le lapider; ses frères mêmes ne croyaient pas en lui et il fut livré par un de ses disciples.

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