PREFACE
Au commencement de notre travail, nous avons distingué, dans l'activité littéraire et religieuse de Bossuet, trois périodes : une première, presque exclusivement oratoire : c'est celle dont le volume précédent nous a retracé l'histoire ; une dernière presque exclusivement lyrique, et entre les deux une période que nous avons appelée « réaliste », faute d'un mot qui définît exactement les chefsd'œuvre plus disciplinés, plus graves, plus augustes de la maturité de Bossuet, le Discours sur Vhistoire universelle, par exemple, et Y Histoire des variations. Il va sans dire que ces divisions ne doivent pas se prendre d'une façon rigoureuse. Prédicateur, précepteur, évêque, Bossuet reste toujours Bossuet. Mais, en dépit de son primesaut et de sa vigueur impétueuse, ce génie est fort souple. Il se maîtrise au besoin ; il s'adapte docilement aux exigences des fonctions qui l'occupent et du milieu qui l'entoure. Pour l'instant, nous allons le suivre dans un milieu très particulier, très nouveau pour lui, la cour du grand roi; dans l'exercice d'une fonction toute nouvelle, le préceptorat du Dauphin, aux prises avec d'autres obligations relativement nouvelles. H n'est plus l'abbé Bossuet. un simple prêtre dont le talent est reconnu
il BOSSUET. — PRÉFACE
de tous et dont l'avenir semble assuré, mais qui n'a pas encore eu le moyen de remplir toute sa mesure; dès 1670, il compte parmi les personnages considérables de l'Église gallicane, et de ce chef, il va jouer un rôle dans l'histoire de cette Église ; à dater de la conversion de Turenne et de V Exposition de la foi catholique (1669) il va prendre la tête de la croisade intellectuelle contre le protestantisme. Sur ce dernier point, son activité continuera pendant les années de Meaux ; mais il n'y avait pas lieu de morceler ce beau chapitre et de renvoyer à notre dernier volume l'étude de YHistoire des variations (1688). Voici, en un rapide tableau, les dates frontières de notre sujet.
Le 8 décembre 1669, Bossuet est nommé évêque de Condom et, moins d'un an après, le 5 septembre 1670, précepteur du Dauphin. Il essaie, pendant quelque temps, de satisfaire à la double obligation que lui imposent ces deux charges, mais bientôt il se démet de son évêché (octobre 1671), recevant en compensation deux bénéfices, le prieuré du Plessis-Grimoult, au diocèse de Bayeux(1671), et le prieuré de Saint-Lucien-lez-Beauvais (1672). Ses fonctions de précepteur prennent fin en 1680, au moment du mariage du Dauphin. Bossuet reste néanmoins deux ans encore à la cour en qualité d'aumônier de la dauphine. Enfin nommé évêque de Meaux (mai 1681), et préconisé en novembre de la même année, il fait son entrée dans sa ville épiscopale le 9 février 1682. 1669-1682, nous diviserons ces années fécondes en quatre chapitres : Bossuet précepteur ; Bossuet à la cour ; Bossuet et l'Église gallicane ; Bossuet et les protestants.