L AUTORITE ROYALE EST SACREE
Première Proposition. — Dieu établit les rois comme ses ministres, et règne far eux sur les peuples.
Nous avons déjà vu que toute puissance vient de Dieu.
« Le prince, ajoute saint Paul, est ministre de Dieu pour le bien. Si vous faites mal, tremblez; car ce n'est pas en vain qu'il a le glaive, et il est ministre de Dieu, vengeur des mauvaises actions. »
Les princes agissent donc comme ministres de Dieu et ses lieutenants sur la terre. C'est par eux qu'il exerce son empire. « Pensez-vous pouvoir résister au royaume du Seigneur, qu'il possède par les enfants de David? »
C'est pour cela que nous avons vu que le trône royal n'est pas le trône d'un homme, mais le trône de Dieu même. « Dieu a choisi mon fils Salomon pour le placer dans le trône où règne le Seigneur sur Israël. » Et encore : « Salomon s'assit sur le trône du Seigneur. »
Et afin qu'on ne croie pas que cela soit particulier aux Israélites, d'avoir des rois établis de Dieu, voici ce que dit l'Ecclésiastique : « Dieu donne à chaque peuple son gouverneur ; et Israël lui est manifestement réservé. »
Il gouverne donc tous les peuples et leur donne à tous leurs rois, quoiqu'il gouverne Israël d'une manière plus particulière et plus déclarée.
IIe Proposition. — La personne des rois est sacrée.
H paraît de tout cela que la personne des rois est sacrée, et qu'attenter sur eux c'est un sacrilège.
Dieu les fait oindre par ses prophètes d'une onction sacrée, comme il fait oindre les pontifes et ses autels.
Mais, même sans l'application extérieure de cette onction, ils sont sacres par leur charge, comme étant les représentants
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de la majesté divine, députés par sa providence à l'exécution de ses desseins. C'est ainsi que Dieu même appelle Cyrus son oint. « Voici ce que dit le Seigneur à Cyrus mon oint, que j'ai pris par la main pour lui assujettir tous les peuples. »
Le titre de christ est donné aux rois ; et on les voit partout appelés les christs, ou les oints du Seigneur.
Sous ce nom véritable, les prophètes même les révèrent, et les regardent comme associés à l'empire souverain de Dieu, dont ils exercent l'autorité sur le peuple. « Parlez de moi hardiment devant le Seigneur et devant son christ ; dites si j'ai pris le bœuf ou l'âne de quelqu'un, si j'ai pris des présents de quelqu'un, et si j'ai opprimé quelqu'un. Et ils répondirent : Jamais, et Samuel dit : Le Seigneur et son christ sont donc témoins que vous n'avez aucune plainte à faire contre moi. »
C'est ainsi que Samuel, après avoir jugé le peuple vingt et un ans de la part de Dieu, avec une puissance absolue, rend compte de sa conduite devant Dieu et devant Saûl, qu'il appelle ensemble à témoin, et établit son innocence sur leur témoignage.
H faut garder les rois comme des choses sacrées ; et qui néglige de les garder est digne de mort. « Vive le Seigneur, dit David aux capitaines de Saul, vous êtes des enfants de mort vous tous qui ne gardez pas votre maître, l'oint du Seigneur. »
Qui garde la vie du prince, met la sienne en la garde de Dieu même. « Comme votre vie a été chère et précieuse à mes yeux, dit David au roi Saul, ainsi soit chère ma vie devant Dieu même, et qu'il daigne me délivrer de tout péril. »
Dieu lui met deux fois entre les mains Saul, qui remuait tout pour le perdre; ses gens le pressent de se défaire de ce prince injuste et impie ; mais cette proposition lui fait horreur. « Dieu, dit-il, soit à mon secours et qu'il ne m' arrive pas de mettre ma main sur mon maître, l'oint du Seigneur. »
Loin d'attenter sur sa personne, il est même saisi de frayeur pour avoir coupé un bout de son manteau, encore qu'il ne l'eût l'ait que pour lui montrer combien religieusement il l'avait épargné. « Le cœur de David fut saisi, parce qu'il avait coupé le bord du manteau de Satil », tant la personne du prince lui paraît sacrée; et tant il craint d'avoir violé par la moindre irrévérence le respect qui lui était dû.
IVe Proposition. — Les rois doivent respecter leur propre puissance, et ne l 'employer qu'au tien public.
Leur puissance venant d'en haut, ainsi qu'il a été dit, ils ne doivent pas croire qu'ils en soient les maîtres pour en user à leur gré ; mais ils doivent s'en servir avec crainte et retenue, comme d'une chose qui leur vient de Dieu, et dont Dieu leur demandera compte. « Écoutez, ô rois ! et comprenez, apprenez, juges de la terre ; prêtez l'oreille, ô vous qui tenez les peuples sous votre empire, et vous plaisez à voir la multitude qui vous environne. C'est Dieu qui vous a donné la puissance : votre force vient du Très-Haut, qui interrogera vos œuvres et pénétrera le fond de vos pensées ; parce que, étant les ministres de son royaume, vous n'avez pas bien jugé et n'avez pas marché selon ses volontés. Il vous paraîtra bientôt d'une manière terrible ; car à ceux qui commandent est réservé le châtiment le plus dur. On aura pitié des petits et des faibles ; mais les puissants seront puissamment tourmentés. Car Dieu ne redoute la puissance de personne, parce qu'il a fait les grands et les petits, et qu'il a soin également des uns et des autres. Et les plus forts seront tourmentés plus fortement. Je vous le dis, ô rois ! afin que vous soyez sages et que vous ne tombiez pas. »
Les rois doivent donc trembler en se servant de la puissance que Dieu leur donne, et songer combien horrible est le sacrilège d'employer au mal une puissance qui vient de Dieu.
Xous avons vu les rois assis dans le trône du Seigneur, ayant en main l'épée que lui-même leur a mise en main. Quelle profanation et quelle audace aux rois injustes de s'asseoir dans le trône de Dieu, pour donner des arrêts contre ses lois, et d'employer l'épée qu'il leur met en main, à faire des violences et à égorger ses enfants !
Qu'ils respectent donc leur puissance ; parce que ce n'est pas leur puissance, mais la puissance de Dieu, dont il faut user saintement et religieusement. Saint Grégoire de Nazianze parle ainsi aux empereurs : « Respectez votre pourpre ; reconnaissez le grand mystère de Dieu dans vos personnes ; il gouverne par lui-même les choses célestes ; il partage celles de la terre avec vous. Soyez donc des dieux à vos sujets. » C'est-à-dire gouvernezles comme Dieu gouverne, d'une manière noble, désintéressée, bienfaisante, en un mot, divine.
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ARTICLE III
l'autorité royale est paternelle et son propre caractère c'est la bonte
Après les choses qui ont été dites, cette vérité n'a plus besoin de preuves.
Nous avons vu que les rois tiennent la place de Dieu, qui est le vrai père du genre humain. Nous avons vu aussi que la première idée de puissance qui ait été parmi les hommes est celle de la puissance paternelle, et que l'on a fait les rois sur le modèle des pères.
Aussi tout le monde est-il d'accord, que l'obéissance qui est due à la puissance publique, ne se trouve, dans le Décalogue, que dans le précepte qui oblige à honorer ses parents.
H paraît, par tout cela, que le nom de roi est un nom de père, et que la bonté est le caractère le plus naturel des rois.
Faisons néanmoins ici une réflexion particulière sur une vérité si importante.
Première Proposition. — La honte est une qualité royale et le vrai apanage de la grandeur.
« Le Seigneur votre Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs; un Dieu grand, puissant, redoutable; qui n'a point d'égard aux personnes en jugement et ne reçoit pas de présents; qui fait justice au pupille et à la veuve; qui aime l'étranger et lui donne sa nourriture et son vêtement. »
Parce que Dieu est grand et plein en lui-même, il se tourne, pour ainsi dire, tout entier à faire du bien aux hommes, conformément à cette parole : « Selon sa grandeur, ainsi est sa miséricorde. »
11 met une image de sa grandeur dans les rois, afin de les obliger à imiter sa bonté.
UJea élève à un état où ils n'ont plus rien à désirer pour euxtnêmes. Nous avons ouï David disant : « Que peut ajouter votre serviteur à toute cette grandeur dont vous l'avez revêtu? »
Et en même temps il leur déclare qu'il leur donne cette grandeur pour l'amour des peuples. « Parce que Dieu aimait son peuple, il vous a fait régner sur eux. » Et encore : « Vous avez plu au Seigneur, il vous a placé sur le trône d'Israël ; et parce qu'il aimait ce peuple, il vous a fait leur roi pour faire justice et jugement. »
C'est pourquoi, dans les endroits où nous lisons que le royaume de David fut élevé sur le peuple, l'hébreu et le grec portent pour le peuple. Ce qui montre que la grandeur a pour objet le bien des peuples soumis.
En effet, Dieu, qui a formé tous les hommes d'une même terre pour le corps, et a mis également dans leurs âmes son image et sa ressemblance, n'a pas établi entre eux tant de distinctions pour faire d'un côté des orgueilleux, et de l'autre des esclaves et des misérables. Il n'a fait des grands que pour protéger les petits ; il n'a donné sa puissance aux rois que pour procurer le bien public et pour être le support du peuple.
XIIe Proposition. — Les princes sont faits pour cire aimés.
Noua avons déjà rapporté cette parole : « Salomon s'assit dans le trône du Seigneur, et il plut à tous, et tout le monde lui obéit. »
On ne connaît pas ce jeune prince ; il se montre, et gagne les cœurs par la seule vue. Le trône du Seigneur, où il est assis, fait qu'on l'aime naturellement et rend l'obéissance agréable.
De cet attrait naturel des peuples pour leurs princes, naît la mémorable dispute entre ceux de Juda et les autres Israélites, à qui servirait mieux le roi. « Ces derniers vinrent à David et lui dirent : Pourquoi nos frères de Juda nous ont-ils dérobé le roi, et l'ont-ils ramené à sa maison, comme si c'était à eux seuls de le servir? Et ceux de Juda répondirent : C'est que le roi nous est plus proche qu'à vous, et qu'il est de notre tribu ; pourquoi vous fâchez-vous? l'avons-nous fait par intérêt? Nous a-t-on donné des présents ou quelque chose pour subsister? Et ceux d'Israël répondirent : Nous sommes dix fois plus que vous, et nous avons plus de part que vous en la personne du roi ; vous nous avez fait injure de ne nous avertir pas les premiers pour ramener notre roi. Ceux de Juda répondirent durement à ceux d'Israël. »
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Chacun veut avoir le roi ; chacun, passionné pour lui, envie aux autres la gloire de le posséder; il en arriverait quelque sédition, si le prince, qui en effet est un bien public, ne se donnait également à tous.
H y a un charme pour les peuples dans la vue du prince ; et rien ne lui est plus aisé que de se faire aimer avec passion. « La vie est dans la gaieté du visage du roi, et sa clémence est comme la pluie du soir ou de l'arrière-saison. » La pluie qui vient alors rafraîchir la terre desséchée par l'ardeur ou du jour ou de l'été n'est pas plus agréable qu'un prince qui tempère son autorité par la douceur ; et son visage ravit tout le monde quand il est serein.
Job explique admirablement ce charme secret du prince. « Us attendaient mes paroles comme la rosée, et ils y ouvraient leur bouche comme on fait à la pluie du soir. Si je leur souriais, ils avaient peine à le croire; et ils ne laissaient point tomber à terre les rayons de mon visage. » Après le grand chaud du jour ou de l'été, c'est-à-dire après le trouble et l'affliction, ses paroles étaient consolantes ; les peuples étaient ravis de le voir passer ; et heureux d'avoir un regard, ils le recueillaient comme quelque chose de précieux.
Que le prince soit donc facile à distribuer des regards bénins et à dire des paroles obligeantes. « La rosée rafraîchit l'ardeur, et une douce parole vaut mieux qu'un présent. »
Et encore : « Une douce parole multiplie les amis et adoucit les ennemis ; et une langue agréable donne l'abondance. »
H y faut pourtant joindre les effets. « L'homme qui donne des espérances trompeuses et n'accomplit pas ses promesses, c'est une nuée et un vent qui n'est pas suivi de la pluie. »
Un prince bienfaisant est adoré par son peuple. « Tout le pays fut en repos durant les jours de Simon ; il cherchait le bien de sa nation ; aussi sa puissance et sa gloire faisaient le plaisir de tout le peuple. »
Que la puissance est affermie, quand elle est ainsi chérie par les peuples, et que Salomon a raison de dire : « La bonté et la justice gardent le roi ; et son trône est affermi par la clémence ! »
Voilà une belle garde pour le roi et un digne soutien de son trône.