‹ Bossuet (volume 3)Chapitre 26 sur 38 · IV. — A P. Daniel Huet · texte numérisé non relu

IV. — A P. Daniel Huet

Mercredi soir [1676].

Je suis très fâché, monsieur, de la continuation de votre indisposition. Ce qui a fait que j'ai souhaité d'avoir l'honneur de vous voir, c'est pour vous dire une chose dont d'abord je n'ai pas fait beaucoup de cas, mais dont j'ai cru à la fin être obligé de vous avertir. Il est venu chez moi, par une aventure qu'il serait trop long de vous expliquer, un petit garçon qui a dit à mes gens des choses sur le sujet d'Honoré (1), qui sont très fâcheuses. J'ai été longtemps sans les savoir ; aussitôt que je les ai sues, j'ai fait venir le petit garçon, qui dit qu'étant à l'âge de six à sept ans, il accompagnait des voleurs de grand chemin, parmi lesquels était Honoré, à qui il a vu faire des actions exécrables et plusieurs fois réitérées. Cela m'a fait horreur et j'ai eu peine à le croire. Mais la manière dont le petit drôle rapporta les choses, la connaissance avec laquelle il les rapporte et les circonstances précises qu'il marque font qu'après avoir fait plus de réflexion, je crois être obligé de vous en donner avis ; je ne veux pas, sur la simple dénonciation de ce petit homme,rùiner dans votre esprit un valet dont d'ailleurs vous me paraissez content et qui peut, ou être innocent, ou s'être corrigé : mais la chose vaut bien d'y penser : ce que j'ai appris d<^ celui qui vous a trompé m'a réveillé sur le sujet de Tautre ; faites donc, ou que je puisse vous voir pour vous dire tout, ou donner ehar^e à M. Dubois ou à quelque autre à qui vous vous fierez, de venir apprendre les circonstances qui ne sont pas à mépriser. Cepen-

(1) C'était un valet de Huet iViui-ci ne fit pas grand cas de cette dénonciation. Honoré était encore a son service en 1704. (Ci. Correspondance, I, 110.)

20S = liOSSUET. — CIIAP. VI

dant gardez le secret. J'ai donné ordre dp ma part que la chose en demeurât là et qu'il ne s'en parlât plus dans ma maison. Je suis fâché de vous donner ce déplaisir dans votre mal, mais l'importance de la chose me met en inquiétude et je me reproche à moi-même d'avoir tant tardé à vous le dire. Si ce n'est rien, tant mieux; si c'est quelque chose, il y faut pourvoir. Je suis à vous de tout mon cœur et je prie Dieu pour votre santé.

J. Bénigne, ancien évêque de Condom.

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