ROME ET BABYLONE
.Je ne ])eiise pa,s que nos adversaires osent imiter Timprudence et la témérité de Calvin, qui, parlant des prières ecclésiastiques que nous faisons pour les morts dans le sacrifice, avoue que u la coutume en est ancienne ». Comme la coutume, dit-il (1), domine souvent sans raison », il accorde que « telles
(1) Traité de la manière de réformer V Eglise.
BOSSUET. — CHAP. \l\
prières ont été reçues de saint Chrysostome, d'Épiphane, de saint Augustin : mais ces bonnes gens que j'ai nommés », ajoute cet insolent hérésiarque, « par une trop grande crédulité, ont suivi sans discrétion ce qui avait gagné la vogue en peu d? temps ».
Quel mauvais démon possédait cet homme qui méprise avec tant d'orgueil l'antiquité la plus vénérable? Malheureuse mille et mille fois l'hérésie qui doit sa naissance à un tel auteur! Mais quelle gloire à la sainte Éghse qu'elle ne puisse être méprisée que par ceux qui méprisent l'antiquité sainte et ses plus illustres docteurs !
Je demande maintenant à nos adversaires s'ils veulent être enfants de l'ancienne Église, ou s'ils se veulent révolter contre elle? S'ils ne veulent pas être ses enfants, certes je ne m'étonne pas qu'ils nous fuient ; mais si cette pensée leur paraît horrible, par quelle hardiesse nous condamnent-ils dans une cause qui nous est commune avec elle?
Mais Rome est destinée, nous dit le ministre, pour être le siège de l'Antechiist ; c'est la Babylone de V Apocalypse, de laquelle Dieu ordonne de se retirer. Saint Jérôme l'a entendu de la sorte, et les auteurs cathohques ne le dénient pas ; c'est pomquoi les réformateurs prétendus ont dû abandonner sa communion. Tel est le raisonnement de notre adversaire, duquel la faiblesse est toute visible.
Quand j'accorderais au ministre que l'Antéchrist régnera dans Home, et que Rome sera le siège de son empire, je n'en respecterais pas moins l'Éghse romaine. Les Néron, les Domitien et les autres persécuteurs des fidèles y ont bien régné autrefois ; et néanmoins ce serait une pensée très extravagante de croire que l'Éghse romaine en soit déshonorée.
Il faut faire grande différence entre l'Éghse de Rome et la ville : et saint Jérôme l'observe très exactement, dans cette célèbre Epître à Marcelle, où, voulant exhorter cette sainte femme à quitter Rome pour Bethléem, il lui dépeint la ville de Rome comme la Babylone dont il faut sortir. « Là, dit-il, il y a une sainte Éghse, on y voit les trophées des apôtres et des martyrs, Jésus- Christ y est reconnu, nous y remarquons cette même foi qui a été louée par l'Apôtre, et la gloire du nom chrétien s'y élèv(5 de plus en plus tous les jours sur les ruines de l'idolâtrie. Mais l'ambition, la puissance et la grandeur de la ville ; voir et être vu, visiter et être visité, louer et médire, toujours parler ou toujours entendre, être contraint de voir une si grande multi-
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tilde d'hommes, ce sont choses qui ne s'accordent pas avec le repos de la profession monastique. » Qui ne voit que ses premières paroles honorent la sainteté de FÉghse, et qu'il représente dans les dernières le tumulte et la confusion de la ville?
Il est vrai que ce saint docteur, accoutumé à la crèche du Fils de Dieu et à la sohtude de Bethléem, ne pouvait se plaire dans cette ville perpétuellement empressée, et en laquelle il avait été souvent maltraité par la jalousie de tant de personnes, comme ses écrits le témoignent. Mais quelque aversion qu'il eût pour la ville, il ne laisse pas toutefois d'écrire du fond de la Palestine à son Pontife et à son Éghse : « Je suis associé par la communion à Votre Sainteté, c'est-à-dire à la chaire de Pierre : je sais que FÉghse a été fondée sur cette pierre. Quiconque ne mange pas l'Agneau en cette maison est profane » ; et après : « Celui qui n'amasse pas avec vous, dissipe : c'est-à-dire qui n"est pas à Jésus-Christ est à l'Antéchrist. » Oii, bien loin de considérer TÉghse romaine comme le siège de l'Antéchrist, il estime des antechrists ceux qui ne s'unissent point avec elle.