‹ BossuetChapitre 12 sur 40 · EXHORTATION A NOS ADVERSAIRES DE RETOURNER · texte numérisé non relu

EXHORTATION A NOS ADVERSAIRES DE RETOURNER

A l'unité de l'Église

Après vous avoir proposé ces choses en toute sincérité et candeur, je vous laisse maintenant juger, nos chers frères, ce que vous devez croire de votre ministre, qui non seulement vous entretient de si vains discours, mais, ce qui est encore plus insupportable, qui vous débite tant de faussetés sous le titre de Catéchisme. Rappelez en votre mémoire que l'ordre de son discours exigeant de lui qu'il tâchât de mettre quelque différence entre nos ancêtres et nous, il a entrepris de prouver que nous ruinions le fondement du salut : et nous avons fait voir sans difficulté que, la vérité lui manquant, il a eu recours à la calomnie. Si tefle est la sainteté de notre doctrine, qu'il faille la déguiser nécessairement quand on veut la rendre odieuse, avouez que les reproches de votre ministre sont la justification de notre innocence. Je ne vous apporterai point en ce heu des

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témoignages qui vous soient suspects : vous pouvez apprendre dans son Catéchisme que c'est la haine et la passion qui produisent les invectives sanglantes par lesquelles vos prédicants tâchent (le décrier notre foi. ^ Ne vous dit-on pas tous les jours que vos pères ont quitté FEghse romaine, comme la Babylone maudite dont il est parlé dans V Apocalypse? Et cependant votre catéchiste, qui nous fait le même reproche, confesse qu'elle engendrait les enfants de Dieu ; et, par conséquent, il ne peut nier qu'elle ne fût une vraie Éghse. Quel aveuglement ou quelle fureur de détester, comme Babylone, la mère et la nourrice des enfants de Dieu ! Combien de fois vous a-t-on prêché que c'est une idolâtrie de prier les saints? Certes, si c'est une idolâtrie, c'est le plus damnable de tous les crimes. Toutefois, le ministre avoue, et il vous enseigne dans un Catéchisme, que cette prière n'empêche pas le salut et n'en détruit pas les fondements. Donc c'est une horrible infidéhté de la qualifier une idolâtrie et d'accuser les chrétiens innocents d'un crime si noir et si exécrable. Ne devez-vous pas craindre justement que les autres points de notre créance ne vous soient proposés dans la même aigreur ; et êtes-vous si peu soigneux de votre salut, que vous ne vouHez pas donner quelque temps à vous faire éclaircir de la vérité? Souvenez-vous par quelles injures et par combien de titres infâmes on déchire parmi vous l'Église romaine. Néanmoins, si vous raisonnez selon les principes de votre ministre, vous trouverez qu'elle a retenu tous les fondements de la foi : et ainsi, que, selon vos propres maximes, elle mérite le titre d'Église : car vous l'accordez par acte public à la secte luthérienne, quoique vous la croyiez infectée d'erreurs, parce que vous jugez qu'elle a conservé les principes essentiels du christianisme. Si donc ils^sont entiers en l'Église romaine, si ensuite elle est une vraie Éghse, comment pouvez-vous soutenir les injures dont vous la chargez? Et d'ailleurs, si les cathoHques possèdent l'Éghse, puisqu'il serait ridicule de s'imaginer que vous fassiez un même corps avec nous, ne paraît-il pas clairement que, n'étant pas en notre unité, vous ne pouvez pas être en l'Église, et que votre perte est indubitable? Que reste-t-il donc, nos chers frères, sinon que vous retourniez à l'Éghse, en laquelle on vous a prêché que nos ancêtres faisaient leur salut jusqu'au miheu du siècle passé, et à laquelle on ne peut montrer qu'elle ait depuis ce temps-là changé sa doctrine ; de sorte que, si vous étiez en son unité, quoi que l'on objectât contre votre foi, vous auriez la consolation de voir que nos adversaires ne

pourraient nier que plusieurs des enfants de Dieu ne soient morts en cette créance, et que Jésus-Christ n'ait reçu en son paradis des chi-étiens qui le servaient comme nous? Vous auriez la consolation d'être en la société d'une Église à laquelle on ne peut reprocher qu'elle soit nouvellement étabhe, à laquelle, quoi qu'on puisse dire, du moins n'oserait-on dénier que, depuis le temps des apôtres jusqu'à nos jours, elle n'ait confessé sans interruption, et la Trinité adorable et le nom de Notre-Seigneur Jésus;Cliiist, et la rédemption par son sang, et les mystères de son Evangile, et les fondements du christianisme. Votre nouveauté s'égalera-t-elle à cette antiquité vénérable, à cette constance de tant de siècles et à cette majesté de l'Eghse? Qui êtes-vous, et d'où vonez-vous? à qui avez-vous succédé? et où était FÉghse de Dieu, lorsque vous êtes tout d'un coup parus dans le monde? Et ne recourez plus désormais à ce vain asile d'EgUse invisible, réfuté par votre ministre, mais recherchez les antiquités clurétiennes, hsez les liistoriens et les saints docteurs ; montrez-nous que, depuis l'origine du cln*istianisme, aucune Éghse vraiment chrétienne se soit établie en se séparant de toutes les autres. Si jamais les orthodoxes ne l'ont pratiqué, si tous les hérétiques l'ont fait, si vous êtes venus par la même voie ; regardez à qui vous êtes semblables, et craignez la peine de ceux dont vous imitez les mauvais exemples. Vous vous plaignez de nos abus et de nos désordi'es ; êtes-vous si étrangement aveugles que vous croyiez qu'il n'y en ait point parnù vous? Toutefois je ne m'arrête point à vous les décrire ; car cette dispute serait inutile, et je tranche en un mot la difficulté : s'il y a des abus en l'Eglise, sachez que nous les déplorons tous les jours, mais nous détestons les mauvais desseins de ceux qui les ont voulu réformer par le sacrilège du schisme. C'est là le triomphe de la charité, d'aimer l'unité catholique, malgré les troubles, malgi-c les scandales, malgTé les dérèglements de la disciphne qui paraissent quelquefois dans FÉghse ; et celui-là entend véritablement ce que c'est que la fraternité clu'étienne, qui croit qu'il n'y a aucune raison pour laquelle elle puisse être \iolée. Dieu saura bien, quand il lui plaira, susciter des pasteurs fidèles fjui réformeront les mœurs du troupeau, qui rétabliront FÉghse en son ancien lustre, qui ne sortiront pas dehors pour la détruire, comme ont fait vos prédécesseurs, mais qui agiront au dedans pour Fédiher. C'est pourquoi nous vous conjurons que vous fassiez enfin pénitence de cette pernicieuse entreprise de nous réformer en nous divisant, et d'avoir ajoute le malheur du

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schisme à tous les autres maux de rÉglisc. « Et ne vous persuadez pas, ce sont les paroles de saint Cyprien, que vous défendiez l'Évangile de Jésus-Christ, lorsque vous vous séparez de son troupeau, et de sa paix et de sa concorde, étant plus convenable à de bons soldats de demeurer dans le camp de leur capitaine, et là de pourvoir d'un coninmn avis aux choses qui seront nécessaires. Car puisque l'unité chrétienne ne doit pas être déchirée, et que d'ailleurs il n'est pas possible que nous quittions l'Eglise pour aller à vous, nous vous prions, de tout notre cœur, que vous reveniez à l'Eglise, qui est votre Mère, et à notre fraternité », afin que les nations infidèles, que nos divisions ont scandahsées, soient édifiées par notre concorde.

Ce duel fini, les deux adversaires se lièrent d'une amitié plus étroite, tant et si bien que Bossuet, assuré tout ensemble et de la bonne volonté et de la grande autorité du ministre, résolut de travailler secrètement avec lui à la réunion des deux Eglises. Nous avons le résumé officiel des longues et patientes conférences qui furent tenues, les lettres qui furent échangées sur ce grand sujet en 1666 et en 1667. Documents de premier ordre à qui veut se faii-e une idée exacte et vive de l'orientation doctrinale que la controverse suivait alors et de l'esprit très conciliant qui animait les controversistes (1). En effet ce n'est pas là un incident isolé. Bossuet, comme toujours, reste dans le rang; il obéit sinon à la consigne expresse, du moins au désir certain des puissances qui mènent le monde et qui secondaient, à ce moment même, des entreprises analogues. « Pour les assemblées dont on vous a parlé, écrivait Maimbourg à Ferry, je vous dirai aussi que je sais très certainement qu'il s'en tient ici entre des personnes très habiles où l'on traite des moyens de ramener les esprits. Je sais de plus, avec la même certitude, qu'il y a des personnes d'autorité qui ont bon ordre de tout écouter. A la vérité,

(1) La crrresp-ndance entre Bossuet et Ferry se trouve dans le pr(3mier vf lume de la Correspondance de Bossuet. Il faut lire aussi tous les précieux documents réunis dans l'appendice X de ce volume (pp. 443-475). Les conférences, comme l'on sait, n'aboutirent point. Paul Ferry mourut le 28 septembre 1669.

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