‹ BossuetChapitre 9 sur 40 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

EXPLICATION DU SENTIMENT DU MINISTRE, QUI DÉCLARE QUE l'iNVOCATION DES SAINTS n'eM- PÊCHE PAS NOTRE SALUT.

11 faut rappeler ici la mémoire des choses que nous avons déjà remarquées, et considérer que le catécliiste, ayant représenté bien au long la manière d'exhorter les malades pratiquée au diocèse de Metz par les pasteurs cathohques de cette éghse, déclare qu'il ne doute point du salut de tous ceux qui mouraient en la foi qui leur y était proposée, parce qu'on les adressait au Sauveur comme à leur unique espérance. Toutefois voici ce qu'il dit qui mérite d'être observé sérieusement : « Vrai est que le curé y entremêlait quelque chose et un petit mot de l'invocation de la Vierge et du bon ange du malade et du saint auquel il pouvait avoir une affection particuhère. » Ce sont les

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paroles du catéchiste, dont les personnes judicieuses reconnaîtront aisément l'artifice : car il ne récite pas le passage entier, comme il avait fait tout le reste qu'il tâche de tirer à son avantage ; il passe cet endi-oit fort légèrement : on y eniremêlait, dit-il, quelque cltose et un petit mot. Mais faisons paraître la vérité, et découvi'ons ce que c'est qui'. ce 'petit mot, et ce (pie veut dire ce quelque chose. Le curé parlait ainsi au malade : « Ayez en votre cœur mémoire de la croix et des plaies de Jésus- Clu-ist, en invoquant à votre aide la glorieuse Vierge Marie, Mère de miséricorde et refuge des pauvres pécheurs ; pareillement votre bon ange, et les saints et saintes auxquels vous avez eu singulière et spéciale dévotion. » Quant à ce petit mot, par lequel on invoquait la très sainte Vierge, il était ainsi énoncé : « Marie, Mère de grâce. Mère de miséricorde, défendezmoi de l'ennemi, et à l'heure de la mort veuillez me recevoir. Amen. » Tel est le petit mot, que le catéchiste coule si doucement.

J'avoue certes qu'un ministre plus chagrin que lui s'écrierait incontinent au blasphème ; mais le sieur Ferry ne va pas si vite : il s'est souvenu en ce lieu qu'il faisait un catéchisme, non une invective. ]1 sait bien que nous recourons au Sauveur comme à Celui qui nous a réconcihés, qui a expié nos crimes en sa ])ropre chair, par lequel seul nous avons accès au trône de grâce ; que nous appelons la sainte Vierge à notre secours d'une manière infiniment différente, laquelle néanmoins est très fructueuse : parce que la très pure Marie ayant des entrailles de mère pour tous les fidèles, à cause de son cher Fils Jésus-Christ dont nous avons l'honneur d'être membres, elle s'entremet par sa charité, et nous obtient des gTâces très considérables par ses puissantes intercessions. Le ministre n'ignore pas que c'est en cet esprit que nous la prions, et il ne peut croire que cette prière ruine le fondement du salut. Peut-être n'ose-t-il pas dire tout ce qu'il en pense ; mais du moins il en a dit tout ce qu'il a pu, tout ce que lui permettait sa profession. « Ce que les livres ajoutaient, dit-il, de l'invocation à autre qu'à Dieu pouvait être interprété en un sens tolérable. » Merveilleuse conduite de la Providence ! De toutes les prières ecclésiastiques par lesquelles nous implorons l'assistance de la très heureuse Marie, aucune n'est conçue en termes plus forts que celle que nous avons rapportée. Et c'est toutefois celle-là que le ministre excuse lui-même, pressé inté-' rieurement en son âme par un secret mouvement de l'Esprit de Dieu, il est contraint de céder à la vérité; et il corrige parson

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exemple raideur indiscrète de ses confrères, qui nommeraient cette oraison une idolâtrie, et toutes ces paroles autant do blasphèmes.

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