Sur V Aumône. (Cf. Sermon pour le 0'1 diman - i Pen
1er point.) — 2. Panégyrique de saint Prançou d'Assise. — 'A. Sur Tlmpinitence finale, 3e point. — 4. Pensées chrétiennes <t murales.
vn s une consolation vraiment efficace, et pour les riches une leçon plus forte que tous les conseils et toutes les exhortations. Yeut-on ohéir à Jésus- Christ, avoir une part de ses promesses, échapper aux terribles effets de ses menaces? Veut-on l'imiter, ce qui est l'abrégé des commandements? Veut-on le secourir à son tour dans la faim et dans la soif , le vêtir dans telle maison où il a froid, l'assister dans telle autre où il agonise? Veut-on lui offrir, pour prix de son sang et de sa mort, le sacrifice d'actions de grâces qu'il a demandé lui-même? Il faut ouvrir les mains sur les besoins de ses enfants de prédilection ; il faut avoir des entrailles de miséricorde pour les membres souffrants de son corps mystique.
Ainsi l'aumône est quelque chose de plus que le précepte des préceptes, sous la loi nouvelle : elle est un mystère. Il ne suffit plus de donner le pain de sa table et l'argent de son épargne, le prît-on sur le nécessaire, comme les deux oboles de la veuve ; la première aumône, c'est l'aumône du cœur. Bossuet veut que le riche joigne au mépris des richesses l'amour des pauvres et le respect de la pauvreté.
Bossuet a exprimé sous plusieurs formes cette idée toute chrétienne, et d'ailleurs si bien faite, même dans ce qu'elle peut avoir de plus mystique et de plus subtil, pour frapper cette société du milieu du dixseptième siècle, où les rangs, les dignités, les droits attachés à la condition et à la naissance tenaient une place si considérable dans les idées et dans la
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rie. (Test pourquoi il avait déjà parlé à Metz ', mais il parlera surtout à Paris, dans le voisinage ou en présence même de la cour, de la noblesse de la Pauvreté, que Jésus-Christ a faite reine en l'épousant, des prérogatives et des privilèges des pauvres, en un mot, de leur éminente dignité dons F Eglise,
Le texte du discours qu'il prononça sur ce sujet, dans la maison des Filles de la Providence, lui était naturellement offert par l'Evangile de saint Matthieu, et cette parole du maître de la vigne : « Les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers-. » Les derniers, ce sont les pauvres ; ils seront les premiers à ce moment suprême où chacun recevra le prix de ses œuvres ; mais le prédicateur avertit que ce renversement des conditions humaine- esl commencé dès cette vie au sein de l'Église. Jésus- Christ a fondé l'Eglise pour renverser l'ordre que l'orgueil du siècle et sa politique avaient établi ; l'Eglise est la ville des pauvres ; ce sont les misérables et les infirmes, les aveugles et les impotents que Jésus-Christ invite à sa table et veut recevoir dans sa maison. C'est à eux qu'il a promis le royaume de Dieu, dans le temps comme dans l'éternité, et par conséquent dana rivalise aussi bien que dans le ciel. Le sermon sur la montagne, les paraboles de l'Evangile disentassez quel était ('esprit (le son
1. Pancijt/rhiu, àr suint Fi'ûHÇêiê éPAitite. — Voyez plue haut, ehap, iv. — 2. Matth., xx. 10.
institution; Bossuet s'appuie sur le témoignage de saint Paul, pour rappeler quel a été d'abord son caractère, alors que les riches, si, par hasard, ils étaient reçus dans cette assemblée de pauvres, « dès « l'entrée, se dépouillaient de leurs biens et les je- « taient aux pieds des apôtres, afin de venir à « l'Église, qui était la ville des pauvres, avec le « caractère de la pauvreté. »
Or, si les pauvres sont les « aînés dans la famille de Jésus-Christ, » les premiers citoyens de l'Eglise et ses membres les plus précieux , si Dieu les a choisis pour être « riches selon la foi et les héritiers de son royaume, » comment pourrait-on les mépriser ? Bossuet, avec l'apôtre saint Jacques , exhorte les chrétiens à respecter les pauvres, à honorer leur condition; et, revenant, selon sa coutume, à saint Paul, il tire la conclusion pratique de ses raisonnements du commentaire familier de deux versets de YÉpître aux Romains :
« Je vous conjure, mes frères, par Notre-Seigneur Jésus-Christ et par la charité du Saint-Esprit, que vous m'aidiez par vos prières auprès de Dieu, afin que les saints qui sont en Jérusalem agréent le présent que j'ai à leur faire '. » Qui n'admirerait, chrétiens, comme il traite les pauvres honorablement ! Il ne dit pas : « l'aumône que j'ai à leur faire, » ni « l'assistance que j'ai à leur donner; » mais : «le service que j'ai à leur rendre2. »
1. Bom., xv, 30, 31. — 2. Les mots ont ici toute la force de leur acception primitive.
SIR l'éminente dignité des pauvres. 2oo
Il fait quelque chose de plus, et je vous prie de méditer ce qu'il ajoute : « Priez Dieu, dit-il, mes chers frères, que mon service leur soit agréable. » Que veut dire le saint apôtre, et faut-il tant de précautions pour faire agréer une aumône ? Ce qui le fait parler de la sorte, c'est la haute dignité des pauvres.
On peut donner pour deux motifs, ou pour gagner l'affection, ou pour soulager la nécessité; ou par un effet d'estime, ou par un sentiment de piété; l'un est un présent, et l'autre une aumône. Dans l'aumône, on croit ordinairement que c'est assez de donner; on apporte plus de soin dans le présent, et il y a un certain art innocent de relever le prix de ce que l'on donne par la manière et les circonstances. C'est en cette dernière façon que saint Paul assiste les pauvres. Il ne les regarde pas seulement comme des malheureux qu'il faut assister; mais il regarde que, dans leur misère, ils sont les principaux membres de Jésus-Christ et les premiers-nés de l'Église. En cette qualité glorieuse, il les considère comme des personnes auxquelles il fait la cour, si je puis parler de la sorte. C'est pourquoi il n'estime pas que ce soit assez que son présent les soulage, mais il souhaite que son service leur agrée; et pour obtenir cette grâce, il met toute l'Église en prières. Tant hs pauvres sont considérables dans l'Église de Jésus- Christ, que saint Paul semble établir sa félicité dans l'honneur de les servir et dans le bonheur de leur plaire, « ut obsequii mei oblatio accepta fuit in Jérusalem sanetis { t »
Ainsi, les riches sont déshéritas du premier rang