B0SS1ET AVOCAT DES PAUVRES
mon sur ÏÉminente dignité des pauvres dans f Église
(février 1Go9). Car, sur ce point encore, l'aspect du manuscrit confirme pleinement a mes yeux la conjecture de M. Floquet 1, appuyée d'ailleurs sur les apparences les plus plausibles. Quoi de plus naturel, en effet, que de voir le grand archidiacre de Metz, qui siégeait encore dans l'Assemblée des Trois- Ordres le 4 février, invité, dès son arrivée à Paris, et peut-être même avant son départ, à parler chez les Filles de la Providence, dans la maison mère de ce couvent de la Propagation, fonde récemment à Metz, dont il était le supérieur spirituel et le prédicateur ordinaire ? .rajouterai qu'il ne pouvait débuter d'une façon plus conforme à l'esprit de l'Kvangile, ni à ses propres idées sur la mission du prédicateur, qui doit être avant toutes choses (c'était une de ses maximes) l'avocat des pauvres'2.
Peut-être ne sait-on pas assez combien cette partie de >a tâche lui fut chère, ni avec quel zèle il l'a remplie. Depuis le Panégyrique de saint Gorgon, prêché à Metz, lorsqu'il n'était encore que sousdiacre ;, jusqu'à Y Oraison funèbre de la princesst Palatine el au Commentaire du Sermon sur la montagne, qui a passé- des homélies de l'évêque de Meaiix dans ses M<:<iit<t(i<>n^ su,- f Evangile, Hossuet ne s'est jamais lassé de plaider auprès des heureux
1. T. II, p. 1-6. — 2. Exorde pour un sermon de Charité (Le prophète-roi, chrétiens). — 3. Voyez liv. I, chap. I,
de ce monde la cause des infirmes et des nécessiteux. Souvent leurs misères lui ont fourni le commencement, le milieu et la fin de ses discours d. Il y est ramené à tout instant, par une transition naturelle, dans ceux où il parle en général des obligations du christianisme ou de ses mystères 2. Quelquefois même, il y revient d'une façon presque inattendue, sans nécessité 5, par un libre retour de sa pensée vers un des objets qui ont le plus occupé son cœur en même temps que son esprit. Aussi a-t-il épuisé, dans l'ordre de la foi comme dans celui de la nature, tous les arguments propres à convaincre le riche endurci, et je doute qu'il ait oublié dans l'Écriture ou dans les Pères un seul passage qui puisse servir à établir les droits des pauvres et la nécessité de l'aumône.
Les sermons de sa jeunesse datent de la Fronde et des années qui suivirent ; en ces temps de hideuse misère, il était facile pour un tel orateur de réveiller, par la vive peinture de la désolation des villes et des campagnes, un « sentiment aussi naturel à Thomme que la pitié qui nous porte à soulager
1. Voyez en particulier les sermons sur V Aumône (lundi de la lre semaine de carême), sur la nécessité de V Aumône (pour le vendredi de la semaine de la Passion), et Y Exhortation en faveur des Nouvelles- Catholiques. — 2. Cf. Sermons sur Jésus- Christ ohjrt de scandale, sur les Bontés et les Rigueurs de Dieu, 1er point; premier sermon pour la Toussaint, 2e point : sur la Compassion de la Sainte Vierge. — 3. Voyez le dernier point du sermon sur V Impénitent» finale ; la péroraison du troisième sermon sur la Passion de JV.-S. Jésus- Christ, etc.
BOSSTJET AVOCAT DES PAUVRES. 2*) l
les misérables ', » ou de prouver que Dieu, dans le partage inégal des biens delafortune, n'a pu affranchir du besoin les riches que sous l'expresse condition d'être les pères des pauvres et de leur restituer une part de ces moissons que les eaux du ciel font croître et que le soleil fait mûrir 2 ; ou encore de faire peser sur ceux qui ne secourent pas les pauvres la responsabilité de leur mort, qui est un meurtre, si les privations en ont hâté l'heure, et celle de la perdition où courent les âmes égarées par le désespoir 3.
.M;iis, dans la chaire évangélique, l'orateur se ferait scrupule de trop compter sur le simple consentement de la raison ou « sur quelque pitié naturelle ; ; » l'aumône doit être faite, au sein de l'Eglise, c par le principe de la foi, » et « dans l'esprit de Jésus-Christ. > On comprend bien que Bossuet triomphe des vains efforts de la sagesse mondaine pour enseigner le mépris ou le bon usage des richesses. Tous les arguments étudiés des philosophes ont pu lui paraître faibles au prix d'une religion qui enseigne que, pour consoler les affligés et les pauvres, un Dieu s'est fait homme et pauvre comme eux. Jésus-Christ a été pauvre à la crèche, pauvre sur la croix; il est pauvre dans la personne des pauvres jusqu'à la fin dessiècles. Voilà pour les pan*