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Sous l'impression Vive de ces deux sermons prononcés en 1659, en 1660, j'avoue qu'il m'est arrivé de songer, malgré moi, aux malheureux efforts tentés, autour de notre orateur,, par tant de poètes (laissons-leur un nom dont il leur a été permis de se parer) pour faire usage du merveilleux chrétien dans L'épopée. En poésie, on ne donne raison qu'à des chefs-d'œuvre ; Boileau a donné tort sans hésiter à l'auteur du Clovis comme à Fauteur de la Pueelle. Boileau d'ailleurs ne connaissait pas Dante, qu'on ne lisait plus, même par fragments, ni dans la traduction du bon Grangier; et il est probable que nos puristes du dix-septième siècle n'auraient pas plus goûté une œuvre grandiose et inégale comme la Divine Comédie qu'ils ne goûtaient les beautés d'une cathédrale gothique. Boileau ne connaissait pas non plus Milton dont le Paradis perdu, publié très peu d'années avant l'Art poétique*, n'a commencé à être lu en France qu'au temps de Voltaire. Le seul exemple de la Jérusalem délivrée ne semblait pas décisif ; il est trop clair que le Tasse a douté lui-même du pouvoir du merveilleux chrétien, puisqu'il s'est moins servi, pour la conduite de son poëme, du merveilleux que de la magie. Boileau a donc pu, mêlant un cas de conscience à une question de goût, envelopper dans sa sentence le Tasse
1. Le Paradis perdu avait paru en 1G67, c'est-à-dire sept ans avant V Art poétique de Boileau. Les sermons de Bossuet, prêches en 1659 et 1660, sont antérieurs de sept ou huit ans à la publication du poëme de Milton.