Dans le sormon siu- V Honneur (2« point), Boesaet ajout
trois portraits le portrait du médisant. 2, Matth., XXV, 8.
désirons aussi des louanges, nous voudrions bien au=si être célébrées par cette bouche divine qui vous loue avec tant de force. » Et il vous sera répondu : Qui êtesvous? On ne vous connaît pas. Nescio vos1. » — « Mais je suis cet homme si chéri, auquel tout le grand monde applaudissait, et qui était si bien reçu dans toutes les compagnies. » — « On ne sait pas ici qui vous êtes. » Et on se moquera de vous en disant : « Ite, ite potius ad vendentes, et emite vobis-. Allez, allez-vous-en à vos flatteurs, à cesâmesmercenaires qui vendent deslouanges aux fous, et qui vous ont autrefois tant donné d'encens : qu'ils vous en vendent encore. »
Quoi 1 ils ne parlent plus en votre faveur ? Au contraire, se voyant justement damnés pour avoir autorisé vos crimes, ils s'élèvent maintenant contre vous. — Vousmême qui étiez le premier de tous/vos flatteurs, vous détestez votre vie, vous maudissez toutes vos actions; toute la honte de vos perfidies, toute l'injustice de vos rapines, toute l'infamie de vos adultères sera éternellement devant vos yeux. Qu'est donc devenu cet honneur du monde qui palliait si bien tous vos crimes ? Il s'en est allé en famée. Oh ! que ton règne était court, ô honneur du monde ! que je me moque de ta vaine pompe et de ton triomphe d'un jour 3 !....
Il peut sembler que cette exclamation dédaigneuse, d'une familiarité si énergique, devait être le dernier mot de Bossuet, et que le sujet est épuisé, ou du moins que toute gradation est impossible, après cette peinture du jugement où l'honneur du
1. MattJi.. xxv, 12. — 2. lbid., 9. — 3. Conclusion du second point. Ms., f. 182.
SERMON' SUR l'hONNEUR DU MONDE. 319
monde est confonda pour avoir transporté au vice les droits dont il dépouillait la vertu. Mais si l'on pénètre plus avant dans l'esprit du christianisme, l'honneur du monde commet encore un plus grand crime, en accoutumant l'homme à usurper sur les droits du Créateur. Jl oublie, ce « petit dieu, » ce qu'il doit au grand Dieu vivant ; il se figure qu'il a tout fait, qu'il est le centre de tout, et ne songe plus à glorifier que lui-même. Pour le confondre dans son orgueil, l'Evangile fournit à Bossuet un argument plus fort et plus pathétique même que l'attente du Jugement universel : c'est l'abaissement volontaire du Fils de Dieu, c'est la Passion de Jésus- Christ ; et il finit son discours par ce souvenir, plus éloquent, à son gré, que tous les discours :
Après cela, mes frères, entencfrons-nous encore des chrétiens nous battre incessamment les oreilles par cette belle raison : « Que dira le monde? Que deviendra ma réputation? On me méprisera, si je ne me venge; je veux soutenir mon honneur, il m'est plus cher que mes biens, il m'est plus cher même que ma vie. » Tous ces raisonnements, par lesquels vous croyez pallier vos crimes, ne sont que de vaines subtilités , et rien ne nous est plus aisé que de les détruire ; mais je ne daignerai seulement les écouter. Venez, venez les dire au Fils de Dieu crucifié ; venez vanter votre honneur du monde à la face de ce Dieu rassasié, soûlé d'opprobres ; osez lui soutenir qu'il a eu tort d'avoir pris si' peu de soin de plaire aux hommes, ou qu'il a été bien malheureux de n'avoir pu mériter leur approbation. C'est ce que nous
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avons à dire aux idolâtres de l'honneur du monde : et si l'image de Jésus-Christ attaché à un bois infâme ne persuade pas leur orgueil , taisons-nous , taisons-nous , et n'espérons jamais de pouvoir persuader par nos discours ceux qui auront méprisé un si grand exemple *.
Tout ce discours est d'une éloquence entraînante ; il n'est pas sans taches. Veut-on savoir de Bossuet lui-même quels en étaient les défauts? Il suffit de rapprocher le sermon sur l'Honneur du monde du sermon sur F Honneur, prêché devant Louis XIY, en 1666. Ou verra l'orateur, ici encore, simplifier son plan, serrer de près la suite des développements, ajouter en quelques endroits ce qu'il faut pour achever de mettre une idée en lumière ou d'en marquer l'importance ; mais bien plus souvent supprimer des digressions, des redites ou des paroles superflues. On le verra aussi (et c'est ce qui fait l'intérêt particulier du nouveau rapprochement que j'indique) modérer l'éclat des images, la brusquerie des mouvements, et, dans le tour comme dans l'expression, des hardiesses dont l'excès mettait un peu de fracas dans le discours et semblait plus propre à renouveler la curiosité qu'à inspirer ou à entretenir le recueillement.
On sent, en revanche, sous quel rapport le sermon sur F Honneur du monde, comparé à la plupart des sermons composés soit à Navarre, soit à Metz, manifeste un changement heureux dans la manière