‹ Bossuet orateurChapitre 162 sur 192 · Tkr.n., ri. L5. — 2. Sur la Mort, '2* point Ms.f. 3G · texte numérisé non relu

Tkr.n., ri. L5. — 2. Sur la Mort, '2* point Ms.f. 3G

M. Havet paraît, lui aussi, avoir cédé un instant au désir d'exercer des représailles contre Bossuetet son biographe, lorsqu'il se demande (incidemment, je dois le dire, et sous toutes réserves *) si Bossuet n'aurait pas connu le manuscrit des Pensées, alors qu'on en préparait si lentement la première édition (1662-1669), ou si, du vivant même de Pascal, avant le Carême des Carmélites et celui du Louvre, il n'avait pas eu connaissance du dessein de Y Apologie, et, qui sait? assisté peut-être en personne à ces entretiens mémorables où Pascal exposait à ses amis de Port-Boyal, son plan, ses arguments principaux et la fameuse prosopopée: «C'est en vain, ô hommes, que vous cherchez dans vous-mêmes le remède à vos misères... Je puis seule vous faire entendre qui vous êtes *... »

Mais à quoi bon s'exposer ainsi au hasard des conjectures? L'argumentation de M. Havet repose sur un fond plus solide, elle est péremptoire, lorsqu'il établit, avec un véritable luxe de preuves ■, que les idées exprimées par Pascal et par Bossuet n'étaient nouvelles ni pour l'un ni pour l'autre. Et, sans interroger les lettres profanes, pour mieux faire voir combien ces idées sont anciennes et par quelle pente insensible elles étaient devenues presque banales, n'est-ce pas une chose aisée de dire à quelle

1 . Pascal a-t-il imite Bossuet ? 12 pages in-8° (extrait du Journal général de V Instruction publique, 1851), p. 5 et 6. — 2. « A. P. R. your demain. Prosopopée. Édit. Havet, art. XII. — 8. Ibid., p. C-8.

source commune ces deux éloquents défenseurs dp la religion chrétienne avaient puisé leur inspiration?

Tous deux seraient sortis de leur rôle, s'ils s'étaient piqués, en pareille matière, de nouveauté. Bossuet en était si peu jaloux qu'il se faisait honneur d'indiquer lui-même, à tout instant, les textes dont son discours ne devait être qu'une interprétation fidèle f. Pascal ne prenait pas le même soin de citer ses autorités; pour le faire, il aurait eu quelquefois besoin de recourir à M. Singlin, à If. de Saci, à ceux de la petite église qui avaient, plus que lui, la science de la tradition ; mais il aurait, sans aucun doute, invoqué les mêmes. Car non seulement Port-Royal faisait, ainsi que Bossuet, profession de ne s'appuyer que sur l'Ecriture et sur les Pères; mais dans l'Ecriture et dans les Pères, uno remarquable affinité naturelle leur. faisait chercher aux mêmes endroits le plus pur de la substance du christianisme. Bossuet récitait aussi avec transport les Psaumes et les Evangiles; plus profondément instruit et moins exclusif, il avait d'autres maîtres que saint Paul et saint Augustin; il en expliquait les passages contestés avec une prudence que les disciples de Jansénius n'ont jamais voulu connaître ; mais pour lui, comme pour Pascal, saint Paul et saint Augustin étaient des maîtres de prédilection.

1. Ainsi, dans le sermon sur la Passion de Xotre- Seigneur Jésus- Christ, vers la fin du passage que j'ai cité en partie, Bossuet renvoie au texte des Psaumes et au commentaire de saint Augustin. (In Psalm. Cil, 6; Enarr . 11 in Psalm. xxxn, 4.)

En fallait-il plus pour expliquer les rencontres de leur pensée et les analogies de leur langage?

Ces analogies, d'ailleurs, ne doivent pas être exagérées, et l'on n'en pourrait pas plus tirer de conséquence contre l'originalité de Bossuet que contre celle de Pascal : jamais peut-être la diversité de leur génie n'a été plus manifeste que lorsqu'il leur est arrivé de dire les mêmes choses presque dans les mêmes termes. J'insisterai sur ce contraste en m'attachant de préférence à un sermon qui semble reproduire , non pas seulement telle idée ou telle expression de Pascal, mais la substance même de son argumentation, et le dessein, je ne dirai pas l'esprit, de son livre. Le sermon su?' la Loi de Dieu [ servira d'ailleurs à éclaircir cette discussion d'autant mieux qu'il a été composé à Metz, avant la publication des Provinciales -, c'est-à-dire à une époque où le jeune archidiacre de Metz et le pénitent de Port- Royal étaient complètement inconnus et étrangers l'un à l'autre.

Bossuet a pris son texte dans le Psaume cxvm ; précisément celui que Pascal aimait à réciter, celui dont il vantait la beauté à ses amis avec de tels transports « qu'il paraissait hors de lui-même 3. » « J'ai étudié mes voies, » disait le Prophète ; puis, s'adressant à Dieu, il ajoutait : « et enfin j'ai tourné

1. Voyez ce que j'ai dit de l'exorde de ce sermon, liv. I, chap. ni. — 2. Vers 1655 ou 1656, et, en ce cas, au plus tard le 26 février, jour de la Quinquagésime. La quatrième Provinciale est datte de la veille. — 3. Vie de Jïlaùe Pascal, par M1"" Périer.

mes pas du côté de vos témoignages ', » verset que Pascal a dû répéter souvent, car il y trouvait enfermée, avec le souvenir de sa vie, la règle des vertus chrétiennes.

Bossuet médite, comme David et comme Pascal, h la vue de l'étrange confusion que présente le spectacle des choses humaines; il rentre en lui-même et cherche à déterminer le « point capital de la vie, » à se résoudre pour jamais sur « les devoirs essentiels de l'homme. » Il est tout d'abord inquiet et confondu de son ignorance : que sait-il ? et que cherche-t-on à savoir autour de lui ? d'où peut venir à notre esprit cette curiosité infinie qui prétend saisir dans l'immensité de l'espace et jusqu'au fond des abîmes les secrets de la nature, tandis que nous « sommes étrangers chez nous-mêmes, » résignés à ne connaître « ni le chemin que nous devons tenir, ni quelle est la vraie fin de nos mouvements ? »

A la vérité, ce n'est pas une entreprise facile que de savoir régler ses mœurs et d'assigner à la vie son juste emploi. Sur ce point décisif, il est naturel que le prédicateur étale (ou voit qu'il Va fait souvent) les contradictions des philosophes et la vanité de leurs efforts.

Tu me cries de loin, 6 Philosophie ! que j'ai à marcher en ce monde dans un chemin glissantet plein de périls: je l'avoue, je le reconnais, je le sens même par exp»'rieftc*. Tu me présentes la main pour me soutenir et

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