Uachevè d'imprimer est du 2 janvier
Là, Bossuet s'étonnait déjà qu'il fût si difficile d'apprendre à l'homme à s'estimer son prix, et il expliquait ce désordre en disant que l'homme est un grand abîme, qu'il est un grand prodige, un a amas confus de choses contraires et mal assorties; » et il invitait l'âme à chercher au pied de la croix la leçon qu'elle chercherait en vain dans les livres des philosophes : « O âme, image de Dieu, viens apprendre ta dignité à la croix { ! »
Fuis, reprenant les mêmes pensées sur le tombeau de Lazare, il les exprimait d'une façon plus originale, plus nette et plus ferme :
Accourez donc, o mortels, et voyez dans le tombeau du
Lazare ce que c'est que l'humanité 0 mort , nous te
rendons grâces des lumières que tu répands sur notre ignorance ; toi seule nous convaincs de notre bassesse, toi seule nous fais connaître notre dignité; si l'homme s'estime trop, tu sais déprimer son orgueil ; si l'homme se méprise trop, tu sais relever son courage* , et, pour réduire toutes ses pensées à un juste tempérament, tu lui apprends ces deux vérités qui lui ouvrent les yeux pour se bien connaître : qu'il est infiniment méprisable en tant qu'il finit dans le temps, et infiniment estimableen tant qu'il passe à l'éternité s.
1, Deuxième sermon tw la Passion âe Notre-SeùjneurJtsus-C.hrhK 2e point. Cf. Floquet, t. II, p. 128. - 2. Pascal, VIII, G. « S'il se vante, je l'abaisse ; s'il s'abaisse, je le vante, et le contredis 1. »u jours, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est on monstre incompréhensible. a 3 Sermon tur la Mort. Exorde. M.s , t. XII. f. 360. Ci la division de Y Oraison funèbre de Henriette <V Angleterre.
Après avoir confondu l'orgueil de l'homme en lui rappelant sa petitesse, Bossuet s'applique à lui rendre le juste sentiment de sa grandeur. Il rappelle à Famé ses nobles ardeurs, les belles idées qui relèvent au-dessus de la matière, puis ses langueurs et les grossièretés incompréhensibles où elle retombe, avilie et humiliée au point de douter d'ellemême. Alors il se plaît à montrer l'embarras et les contradictions des philosophes, qui, « voyant l'homme d'un côté si grand et de l'autre si méprisable, » ne savent « ni que penser ni que dire d'une si étrange composition : »
Demandez aux philosophes profanes ce que c'est que l'homme : les uns en feront un Dieu, les autres en feront un rien; les uns diront que la nature le chérit comme une mère et qu'elle en fait ses délices; les autres, qu'elle l'expose comme une marâtre et qu'elle en fait son rebut; et un troisième parti, ne sachant plus que deviner touchant la cause de ce mélange 3 répondra qu'elle s'est jouée en unissant deux pièces qui n'ont nul rapport, et ainsi que, par une espèce de caprice, elle a formé ce prodige qu'on appelle r homme.
Tous jugez bien, chrétiens, que ni les uns, ni les autres n'ont donné au but, et qu'il n'y a plus que la fei qui puisse expliquer une si grande énigme. Vous vous trompez, ù sages du siècle : l'homme n'est pas les délices de la nature, puisqu'elle l'outrage en tant de manières; l'homme ne peut non plus être son rebut, puisqu'il a quelque chose en lui qui vaut mieux que la nature elle-même, je parle delà nature sensible. Maintenant parler de caprice dans les ouvrages de Dieu, c'est blasphémer contre sa sagesse.
Mais d'où vient donc une si étrange disproportion? Fautil, chrétiens, que je vous le dise, et ces masures mal assorties, avec ces fondements si magnifiques, ne crientelles pas assez haut que l'ouvrage n'est pas en son entier? Contemplez cet édifice, vous y verrez des marques d'une main divine; mais l'inégalité de l'ouvrage vous fera bientôt remarquer ce que le péché a mêlé du sien. ODieu! quel est ce mélange? J "ni peine à me reconnaître ; peu s'en faut que je m'écrie avec le prophète : Ha est wrbs perfeeti decoris. gaudium universœ terrœ l? Est-ce là cette Jérusalem ?« Est-ce là cette ville? » Est-ce là ce temple, l'honneur et «la joie de toute la terre? » Et moi je dis : « Est-celà cet homme fait à l'image de Dieu, le miracle de sa sagesse et le chef-d'œuvre de ses mains ? * C'est lui-même, n'en doutez pas. D'où vient donc cette discordance, et pourquoi vois-je ces parties si mal rapportées? C'est que l'homme a voulu bâtir à sa mode sur l'ouvrage de son Créateur, et il s'est éloigné du plan : ainsi, contre la régularité du premier dessein, l'immortel et le corruptible, le spirituel et le charnel, lange et la béte en un mot, se sont trouvés tout à coup unis. Voilà le moi de l'énigme; voilà le dégagement de tout V embarras-, la foi nous a rendus à nous-mêmes, et (nos faiblesses honteuses ne peuvent plus nous cacher notre dignité naturelle -.
J'ai prolongé à dessein la citation de ce beau passa-.- qui offre incontestablement avec les célèbres fragments sur la Grandeur et sur la misère de t homme des analogies aussi frappantes el plus nombreuses que le sermon pour I" Profession de M** de la Vallière.