Jacquinet, ibid., p
les Grecs, en première ligne Gicéron dont il avait appris par cœur plusieurs harangues et les traités de rhétorique, Virgile surtout, qui était sonpoëte de prédilection '.
Il avait fini ses humanités, lorsqu'un jour, dans la bibliothèque de son père, il mit la main sur une Bible, lut pour la première fois quelques pages de l'Ancien Testament etfut transporté d'enthousiasme. Bossuet se plaisait à raconter cette scène dont l'impression, jusque dans son extrême vieillesse, avait gardé la vivacité du premier jour. Elle était récente lorsqu'il entra au collège de Navarre. Là, il médita l'Écriture, comme naguère il avait étudié les orateurs et les poètes profanes, avec passion ; il y joignit les ouvrages des théologiens, s'aecoutumant de bonne heure à négliger les compilations et les gloses de seconde main, pour remonter aux sources et s'attacher à saint Thomas, le docteur par excellence, en attendant qu'il remontât des docteurs du moyen âge aux Pères de la primitive Eglise et achevât ainsi de renouer la chaîne de la tradition. A peine ces graves études lui permirent- elles de jeter un regard distrait sur les périodes de Balzac et de se laisser quelquefois ravir par les vers héroïques du grand Gorneille.
La doctrine de saint Thomas et le style de ITScri-
1. Ledieu, Mém., p. 15. C'est plus tard <|i.c Bossuet se passionna pour la sublimité d'Homère, et qu'on l'entendit réciter des chants entiers de VlUade.
12 BOSSUBT À» COLLÈGE I»E NAVARRE.
ture devaient donc se reconnaître à chaque page dans les compositions de sa jeunesse. On peut en juger par un exemple. Je prendrai le plus ancien des sermons pour la Toussaint. M. Lâchât nous a rendu le service de restituer séparément l deux rédactions successives que Déforis avait eu le tort de fondre en une seule de la façon la plus maladroite. Il croit qu'elles ont été écrites à Metz, l'une vers 1653, et l'autre quelques années plus tard, vers 1657. Je les crois plus anciennes et mettrais entre elles moins d'intervalle. Une particularité digne de remarque, c'est que la première n'est pas un discours et n'en a même pas la forme : c'est une dissertation théologique, une suite de raisonnements étroitement noués entre eux, un formidable appareil de textes. Pas un mot qui avertisse que l'argumentation s'adresse à un auditoire , quel qu'il soit, ni que Bossuet, très attentif à fixer sa pensée pour lui-môme, cherche à lui donner une forme qui la rende intelligible et persuasive. Ce travail terminé, Bossuet paraît s'occuper d'y trouver les éléments d'un discours, et il y ajoute un exorde, adressé visiblement à une assemblée d'ecclésiastiques. Puis il reprend les deux points de sa discussion, leur donne une forme presque entièrement nouvelle, plus précise et surtoutplus familière, plus oratoire, reproduit aussi l' exorde, mais avec de très légers changements, et c'est ainsi que la seconde rédaction nous offre un véritable