Philip., m, 8.-2. Ibid., I, 23. — 3. 22m., XII
passe les jouis et les nuits à contempler la beauté de ses saintes lois l ! Il fleurira comme un arbre planté sur le courant des eaux. Le temps viendra qu'il sera chargé de ses fruits ; il ne s'en perdra pas une seule feuille ; le Seigneur ira recueillant toutes ses bonnes œuvres et fera
prospérer toutes ses actions Ah! Seigneur, qu'il
fait beau dans vos tabernacles! Je ne suis plus à moi quand je pense à votre palais; mes sens sont ravis et mon âme transportée, quand je considère que je jouirai de vous dans la terre des vivants. Je le dis encore une fois et ne me lasserai jamais de le dire : Il est plus doux de passer un jour dans votre maison, que d'être toute sa vie dans les voluptés du monde *. Seigneur, animez nos cœurs de cette noble espérance.
On voit avec quelle effusion Bossuet invoque sans cesse saint Paul et les Psaumes. Quelquefois encore il laisse échapper, comme par mégarde, des rémi- DÎscences profanes; tantôt c'est de Virgile qu'il s'inspire pour peindre la tendresse maternelle
Vous verrez quelquefois une mère qui caressera extraordinairement un enfant, sans en avoir d'autre raison, sinon que c'est, à son avis, la vraie peinture du sien. « C'est ainsi, dira-t-elle, qu'il pose ses mains, c'est ainsi qu'il porte ses yeux, telle est son action et sa contenance5 ».
Dans ces phrases toutes latines, Bossuet semble
1. Pmlm., I, I, 399.- 2. lbUL, lxxxiv, 1, 2, 10, 11.— 3. Deuxième sermon pour le vendredi de la semaine de îa Passion.
transcrire ces paroles d'Andromaque, qui se souvient d'Astyanax en embrassant le fils d'Énée :
Sic oculos, sic ille manus, sic ora ferebat *.
Ailleurs, il met en prose un vers de Corneille. Jésus , qui s'offre à son père pour le rachat des pécheurs, lui dit : a. Quand les hras ou les autres membres ont failli, c'est assez de punir le chef... 2 » Don Diègue, qui voulait mourir pour sauver son lils, disait au roi :
Quand le bras a failli, l'on en punit la tête 3.
Ce sont là des souvenirs discrets et qui semblent involontaires. Très rares dans le commencement, ils vont à peu près disparaître. Le jeune orateur est sur ses gardes. Un jour il sera tenté de répéter un trait de Quinte-Curce :
i L'antiquité, dira-t-il, nous rapporte qu'une reine des Amazones souhaita passionnément d'avoir un fils de la race d'Alexandre. »
Ce rapprochement singulier n'eût pas choqué les auditeurs de Bossuet ; mais lui-même en a quelque scrupule et brusquement il s'interrompt : «Laissons ces histoires profanes et cherchons plutôt des exemples dans l'Histoire sainte 4. »
1. Jln,., m, 489. Le rapprochement a été fait par M. Lâchât, t. IX, p. 523. — 2. Sermon pour la Toussaint.— 3. Le Cid, il, 7. — 4. Deuxième sermon sur la Compassion de la Sainte- Vierge, Ie* point.
Dans le même sermon, il avait emprunté à Lucien l un autre trait. C'est ce testament d'Eudamidas qui venait d'inspirer à Poussin une composition si expressive et d'une si admirable simplicité. Bossuet le rappelle en peu de mots :
L'antiquité a fort remarqué l'action d'un certain philosophe qui, ne laissant pas en mourant de quoi entretenir sa famille, s'avisa de léguer à ses amis sa mère et ses enfants par son testament.
Il se hâte d'ajouter :
Ce que la nécessité suggéra à ce philosophe, l'amour le fait faire à mon maître d'une manière bien plus admirable. Il ne donne pas seulement sa mère à son ami, il donne encore son ami à sa sainte mère...
Bossuet passe vite, mais il n'a point songé à s'excuser. La comparaison, toute profane qu'elle est, ne lui paraît pas déplacée. Il y tenait, puisqu'il l'a reproduite dansdeuxautres discours*. Toutefois, en commentant cette action d'un sage du monde, il se croit tenu de la ravaler :
A la vérité, chrétiens, il paraît quelque chose de beau dans cette action, si elle a été faite de bonne foi et si 1 all'ection a été mutuelle; mais nous savons que les sages du monde ont ordinairement bien plus travaillé pour l'ostentation que pour la vérité, et que la plupart de leurs belles sentences ne sont dites que par parade et par une gravité affectée.
1. Toxaris. — 2. Sermon pour le jour du Scapulaire, publié par M. Lâchât, t. Xf, p. 362. Sermon pour la fête du Rosaire.
Et il conclut pour le testament d'Eudamidas comme pour l'anecdote de la reine des Amazones : « Laissons donc les histoires profanes et allons à l'Evangile de Jésus-Christ. »
Evidemment Bossuet pousse le scrupule jusqu'à l'excès. Plus tard il conciliera (on a très bien montré ce trait distinctif de ses ouvrages les plus achevés l) les souvenirs de l'antiquité profane avec l'inspiration du christianisme. Certain de ne les invoquer ni trop souvent ni hors de propos, il ne se fera plus un cas de conscience d'insérer dans son discours, parmi tant d'emprunts faits aux lettres sacrées, tel trait de César, ou de Tite-Live, ou de Suétone2, qui convenait à son sujet. A Navarre, et vers le milieu du siècle, il fallait être exclusif pour être sûr de se défendre au besoin contre les entraînements de la mode.
Telle fut donc, et dès le principe, la préoccupation de Bossuet ; il cherchait la perfection en dehors des voies battues où l'attiraient l'autorité des exemples et la tentation des succès faciles. Ce n'est pas à dire qu'il ait été assez heureux, malgré tous les dons qu'il avait reçus, pour y atteindre comme par miracle dès qu'il s'avisa de le vouloir. Les essais de sa jeunesse sont très loin d'être des chefs-d'œuvre ; on y rencontre des beautés qui en font pressentir d'autres plus éclatantes ; elles sont mêlées à bien des
1. Nisard, Ilist. de littér. française, t. III, chap. XIII.-— 2. Orai»
sons funèbre*.
imperfections. Le jeune orateur a eu beau faire, ilj est de son temps, par certains eûtes, et il a gardé quelque chose des défauts qui avaient cours ; il a les défauts de son âge ; il en a qui tienuent aux conditions mêmes du genre où il s'exerce.
L'objet propre de la confrérie du Rosaire était la dévotion à la sainte Vierge : de là tant de sermons composés pour les fêtes de la Vierge qui se rencontrent dans les œuvres de Bossuet, et dont il a été fait de notre temps un recueil à part. Ils ne sont pas tous de la même époque ; mais ils ont tous gardé quelques traits des instructions que Bossuet avait prononcées pendant les deux années où il avait dirigé la Confrérie de Navarre. L'orateur prèche-t-il le jour delà Purification devant une confrérie nouvelle, instituée probablement par ses soins dans une communauté de femmes, peut-être aux Nouvelles- Catholiques de Metz l ? est-il, lors de son retour à Paris, sollicité de revenir à Navarre faire entendre encore un voix qui n'y est point oubliée 2? parlet-il enfin de la dévotion a la sainte Vierge3 devant la cour de France, et sans doute pour satisfaire au vœu delà reine mère ? il a retrouvé dans ses notes ou dans ses souvenirs le fond, la forme même de ses discours ; et c'est ainsi qu'ils ont pu paraître plus anciens qu'ils ne sont véritablement ou fournir des
1. Troisième sermon pour la fête de la Purification. — 2. Sermon pour la fête du Rosaire, prêché au mois d'octobre 1657. — 3. Troi* rième Bermon pour la fête de la Conception de la Sainte-Vierge. Cf. Floquet, t. I,p.l27.
renseignements indirects, mais authentiques, sur le plan et le caractère général des discours antérieurs dont ils ont pris la place et qu'ils reproduisent en partie. Les compositions primitives ont dû être mutilées lors de ce travail de révision, et détruites, parce qu'elles devenaient inutiles. II n'en subsiste peut-être qu'une seule : c'est un sermon sur la Compassion de la Sainte-Vierge. Il paraîtra d'abord moins simple que ne l'était un sermon sur le Péch<: d'habitude ou siir la Condition des élus. La nature du sujet le voulait ainsi. L'orateur qui raisonne sur les mystères de la foi chrétiennne est placé dans des conditions bien moins heureuses que le peintre chargé de reproduire sur la toile les scènes les plus touchantes de l'Ecriture ou de la légende. Si ce n'est pas une tâche aisée, c'est du moins une tâche possible à remplir, que de mettre par la beauté de la forme ou par l'expression je ne sais quoi de divin sur le visage de la Vierge choisie entre toutes les vierges pour enfanter l'Homme-Dieu. La poésie de l'Evangile est là pour Raphaël, pour Lesueur.
Bossuet peut bien proposer aussi à la dévotion des fidèles la mère de Jésus-Christ comme un idéal des vertus chrétiennes, tirer du récit de sa vie une peinture de la pureté virginale, ou de la tendresse maternelle, ou de l'abandon complet de soi-même à la volonté de Dieu. Mais la théologie attend de lui davantage. Il ne s'agit plus seulement de parler aux veux, d'attendrir l<*s coeurs : il faut essayer de satisfaire la raison, de fixer sur chaqne point du dogme
et même sur l'inexplicable mystère la doctrine de L'Église.
Pour son coup d'essai, le bachelier de Navarre veut définir Le caractère particulier de l'affection maternelle chez une Vierge mère d'un Dieu, de l'affection filiale chez un Dieu fait homme, aiin qu'on sache quelle est, dans le ciel, l'étendue du crédit de Marie, et à quelles conditions elle en peut user pour les hommes, frères indignes de Jésus-Christ *. Il faut que Bossuet pèse chacune de ses paroles. Bien qu'il parle à des personnes intelligentes, il s'arrête à chaque pas pour s'assurer qu'elles ont bien compris la difficulté et la réponse, pour les prier de suivre attentivement sa pensée; il a peur surtout de s'écarter lui-même, par excès de zèle, de la vérité, telle que la lui ont enseignée ses maîtres dans cette célèbre école de Paris qui l'a nourri de son lait -. Sur des matières aussi délicates, l'Eglise lui ordonne « une grande circonspection et une retenue «wlraordinaire 3 ». Il s'adresse à Marie elle-même, et confesse devant elle que pour comprendre ce qu'il cherche à expliquer,, ses conceptions seraient o trop ravalées », alors même qu'il aurait L'esprit
1. Deuxième sermon sur In Compassion de lu Sainte- Viêtye, prêché vers IPj.'O. Plus tard, Bossuet sera chargé de montrer que la mère du Rédempteai a dû être eonyuc rani péch . et qu'elle a pu
L'être Bane 411c rinnucence qui luLetl et par pri-
vilège porte atteinte à la prérogative de rai est innocent
pur nature et par grâce. (Sermon .sur la C.v/tccjdion. prêché '-gaiement a Navarre, le 8 décembre, mais peut-être seulement en 1 — L'. Sur ht Conception^ tin «lu !•• point, — à. Ibid., Eiolde.
d'un auge et de la plus sublime hiérarchie .* Dans ces régions inaccessibles où l'intelligence la plus pénétrante et la plus sûre d'elle-même sent qu'elle court des aventures, il y a péril pour l'éloquence aussi bien que pour l'orthodoxie de la doctrine. D'abord, cominentl'orateur, quicrainttoujours d'aller trop loin, ne perdrait-il pas l'abandon, j'ai presque dit le naturel? Réduit à s'observer sans cesse, il abuse des distinctions logiques et des précautions oratoires; souvent, à bout de ressources pour mesurer exactement la nuance de l'expression à l'extrême délicatesse de la pensée, il tombera dans la sécheresse ou dans une sorte d'affectation. Les discours que Bossuet a composés pour les fêtes de la Vierge, à plusieurs reprises, ont un air de famille plus marqué que le reste de ses sermons. Le trait commun qui le leur donne, c'est la subtilité.
Cependant, l'orateur n'est pas uniquement occupé de ses syllogismes ; la scolastique perd ses droits lorsqu'il croit avoir fermement établi la conclusion de ses raisonnements. Alors il peut ouvrir une libre carrière aux épanchements de son cœur. Il amène aux pieds de celle dont l'intercession doit inspirer tant de confiance les téméraires qui s'imaginent mériter ses secours parce qu'ils « s'acquittent de certaines petites pratiques sans se mettre en peine de corriger la licence ni le débordement de leurs mœurs. « Y a-t—il parmi ceux qui l'écoute ut un de