‹ Bossuet orateurChapitre 48 sur 192 · Sur la Compassion de la Sainte Vierge. Péroraison · texte numérisé non relu

Sur la Compassion de la Sainte Vierge. Péroraison

une action toute recueillie; lui parle-t on de quelque chose qui regarde la gloire de Dieu, il ne cherche point de vaines défaites, il s'y porte incontinent avec cœur : « Oh! qu'il est aimable! dit la bienheureuse Marie; ainsi était mon Fils, lorsqu'il était en son âge, toujours recueilli devant Dieu; dès l'âge de douze ans, il quittait parents et amis pour aller vaquer, disait-il, aux afïaires de son Père » .

Surtout elle en verra quelque autre dont le soin principal sera de conserver son corps et son âme dans une pureté très entière; il n'e que de chastes plaisirs, il n'a que des amours innocents; Jésus possède son cœur, il en fait toutes les délices... Voilà, chrétiens, voilà un enfant de la Vierge. Comme elle s'en réjouit ! comme elle s'en glorifie ! comme elle en triomphe ! avec quelle joie elle le présente à son bien-aimé qui est par-dessus toutes choses passionné pour les âmes pures !

Il y a dans cette péroraison de la chaleur et dn pathétique ; elle est longue et trahit par une certaine diffusion l'exubérance de la jeunesse. On y rencontre aussi, comme dans le reste des discours qui sont à peu près de la même date, des expressions vieillies, beaucoup de ces latinismes dont la langue, surtout chez les théologiens, ne se dégageait que lentement, et çà et là, pour faire disparate avec le style pédantesque de l'école, une familiarité presque triviale. Mais ce défaut est plus sensible dans le premier discours que Bossuet ait prêché hors du collège et devant les fidèles d'une paroisse.

Panégyrique de s. gorgon. 25

Les discours prononcés dans la chapelle de Navarre n'étaient encore qu'une sorte de transition entre les exercices de la classe et les sermons véritables, ceux qui s'adressentàtout le peuple. L'usage de ce temps-làpermettaitde laisser monter en chaire, dans une église ouverte, un diacre, un sous-diacre, et même, par exception sans doute, un écolier de Belle espérance * , du moment qu'il était destiné au ministère. 11 est donc vraisemblable tout d'abord que Bossuet a pris ainsi la parole publiquenienl avant d'être ordonné prêtre. Il a pu le faire à Metz, aussi bien qu'à Paris, lorsqu'il y venait, soit pour faire quelque séjour dans safainille, soit pour entrer par degrés en possession du eanonicat auquel il avait été nommé à l'âge de treize ans (1641). Je crois que c'est dans un de ces voyages qu'il y prêcha le Panégyrique de saint Gorgon.

J'ai dû hésiter avant d'inscrire en tête de ce discours une date nouvelle. On y lit, à la suite de (avant-propos, un compliment adressé a un illustre personnage dont la récente arrivée venait de causer une joie très vive parmi le peuple qu'il avait/?/*/ à Dieu de commettre à sa garde. Déforis et tous les éditeurs à sa suite en avaient conclu que ce person-

1. Ainsi l'abbé de Rancé avait prêché, à quinze ans, dans plusieurs grandes églises de Pari-. ( I xe de Vàbbé de Rancé, par D. Lenain, 1719, in-12, liv. I. chap. II. V. FJoquet, t. I, p. 128.)

nage était le maréchal de Schomberg, gouverneur de Metz, auquel Bossuet a dédié, en 1655, sa Réfutation du Catéchisme de Paul Ferry, et plus d'une fois adressé la parole dans ses sermons. Le Panégyrique aurait donc été prononcé un 9 septembre, dans l'une des quatre années qui séparent l'installation de Bossuet (1652) et la mort du maréchal (6 juin 1656).

M. Floquet, en y regardant de plus près, n'apu souscrire à cette opinion l. Une des raisons qui le déterminent mérite d'être rapportée ici : je veux en faire honneur à la sagacité du critique et aussi à l'éloquence de Bossuet, qui n'employait jamais dans ses allusions aux affaires du temps, ni aux personnes, d'expressions banales et vagues. Lorsqu'il veut faire Féloge du maréchal de Schomberg, il rappelle ses vertus privées, sans doute, mais il parle de son courage, de ses victoires, de la belle nuit de Leucate 2. Du moment que le compliment inséré dans le Panégyrique de saint Gorgon n'a pas un mot qui convienne à un homme de guerre, tandis qu'il y est question de mérites auxquels Schomberg n'a jamais prétendu, tels que « une science qui a été reconnue par la plus célèbre compagnie de savants qui soit au monde, » on en peut conclure avec assurance que le maréchal n'est pas la personne à qui le compliment fut adressé.

M. Floquet s'appuie sur un passage où l'orateur

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