‹ Bossuet orateurChapitre 49 sur 192 · t y -04-613, — 2. Rèfut. du Catèch. Dédicace · texte numérisé non relu

t y -04-613, — 2. Rèfut. du Catèch. Dédicace

parle de la désolation du pays Messin, d'une disette qui met le comble aux misères causées par la guerre, « depuis près de vingt ans , » de la paix souvent promise, toujours différée, qui semble cniinprête à descendre, pour reculer notre discours jusqu'en £65$, à la veille du traité des Pyrénées. Il suppose que le compliment s'adresse à un frère de Colbert, nommé, l'année précédente, intendant du roi dans les Trois- Evêchés.

Il y a bien quelque difficulté à revendiquer pour Saint-Pouange le mérite d'une science à laquelle une célèbre compagnie de savants aurait rendu hommage : il n'a jamais éclairé aucune académie de ses lumières. Mais j'avais une raison plus forte pour ne point me soumettre en cette occasion àl'autorité, toujours si considérable, de M. Fioquet : il y avait pour moi une sorte d'impossibilité morale à croire que le Panégyrique de saint Gorgon, où l'on trouve tant de taches et de signes manifestes d'inexpérience, fut postérieur à des chefs-d'œuvre tels que les Panégyriques de saint Bernard, de saint Victor, d<- sainte Thérèse. Ce n'était, dira-t-on, qu'une raison de sentiment, j'en conviens ; ia vue du manuscrit, conservé au Séminaire de Meaux l , trancha pour moi la question. En rapprochant le caractère de l'écriture des formes du style, on est conduit à affirmer que l'ouvrage qui nous occupe appartient à la première jeunesse de Bossuet.

1. Ms. du Grand- Séminaire de Meaux. Carton A, n« 13, petit in-4°.

Dans quelles circonstances l'a-t-il prononcé , et devant qui ? J'ai, moi aussi, longtemps cherché, mais en vain, la solution de ce problème ; elle me parait tout à fait simple , comme il arrive d'ordinaire, depuis que je crois l'avoir trouvée. Je tiens de M. Floquet lui-même1 que Bossuetest venu à Metz en 1649, qu'il y a reçu le diaconat cette même année, le 19 septembre; il est probable qu'il était arrivé déjà le 9 de ce mois , jour consacré à saint Gorgon. Le bruit de ses succès l'avait précédé dans une ville où résidaient son père, sa mère , deux de ses sœurs , dans une paroisse qui était celle de sa famille et du Parlement. Il serait tout simple qu'on y eût désiré entendre le jeune chanoine, et qu'il eût volontiers accepté lui-même une occasion aussi naturelle de faire l'épreuve de ses forces là où il était appelé à remplir bientôt tous les devoirs du sacerdoce.

Rien, dans tout le texte du discours , ne semble repousser cette conjecture. Les années de disette ne sont malheureusement que trop communes au milieu du dix-septième siècle. La disette de 1649 a été l'une des plus cruelles ; elle fut le sujet des délibérations de l'Assemblée des Trois-Ordres de Metz, dans les séances qui ont précédé et suivi le 9 septembre *. L'orateur a pu, au lendemain du traité de

1. T. I, p. 128. — 2. J'extrais du 17* regittre <h $ délibérations des Trois-Ordres, conservé à l'hôtel de ville de Metz, ces lignes datées

du lundi 13 septembre 1649 : a A été délibéré, qu'atteudu la

misère extrême du pays, qui augmente de jour en jour par la déser-

PAM'r.Vninl F. bfc S. G0RG0N. 29

Westphalie, comme h la veille du traité des Pyrénées, parler de cette paix attendue « il y a si longtemps. » « Il semble à tout coup, dit-il, que Dieu nous lavent donner. » Il le semblait surtout lorsque L'Empereur avait consenti à signer les traités qui terminaient la guerre de Trente-Ans. Mais le roi <V Espagne avait refusé sa signature. Or le pire ennt'ini, pour le pays Messin, ce n'était pas l'Empereur : la ville n'avait plus que peu de chose à craindre de ce côté ; tandis qu'il fallait payer chaque année, et payer cher , à Nancy,, les sauvegardes du duc de Lorraine à Luxembourg, celles du roi d'Espagne. Par cette paix incomplète, elle se voyait donc en réalité déçue dans ses espérances, toujours en proie aux misères qui « l'affligeaient depuis près de vingt ans. » On remarquera que ce chiffre est donné d'une façon précise : il est exactetnousfaitremonter, du lendemaindes traités de Westphalie, à l'époque où arrivèrent en Allemagne, sur l'instigation de Richelieu, ces Suédois qui désolèrent aussi la vallée de la Moselle.

Reste la dernière question, la plus délicate et en même temps, comme on le verra, la seule qui puisse conduire à une conclusion péremptoire. Voici, en propres termes, le compliment de Bossuet :

tion des villages et même d'une partie des artisans de notre ville, il a été arrêté que douze des principaux de cette assemblée seront nommés pour faire connaître à Mgr le maréchal la ruine fui avril-trait ini rit nhl, ment et absolue désertion du pays si on se mettait en devoir de faire levée sur ledit pays... »

. « Monseigneur, « Si nous ne devions ce jour tout entier à la gloire de saint Gorgon, ou si j'étais en un lieu où je pusse vous témoigner la joie que toute la ville a reçue de votre arrivée, je vous dépeindrais si bien les sentiments de ce peuple qu'il a plu à Dieu de commettre à votre garde, que mes auditeurs ne pourraient s'empêcher de donner pour ce regard à mon discours une approbation publique. Mais outre que votre vertu a paru suffisamment par vos grands emplois, et que votre science a été assez reconnue dans la plus célèbre compagnie de savants qui soit dans le mondera. dignité de cette chaire où je suis, ce temple auguste que Dieu remplit de sa gloire, ces sacrés autels où on va célébrer le saint sacrifice, demandent de moi une telle retenue qu'il faut que je m'abstienne de dire la vérité, pour qu'il ne paraisse dans mon discours aucune apparence de flatterie. Seulement je vous dirai que l'honneur imprévu de votre présence est pour moi une rencontre si favorable que je ne vous en puis dissimuler mon ressentiment *. »

Y avait-il à Metz, en ce moment-là, un personnage illustre auquel chacune de ces paroles pût s'appliquer exactement ? Ne cherchons plus sur la liste des gouverneurs et des intendants. La conjoncture était plus solennelle pour Bossuet et pour le diocèse de Metz. Nous savons précisément que ce diocèse, laissé sans pasteur depuis plusieurs années 2 , venait

1. Revu sur le ms. f° 10. — 2. Depuis la mort de Martin Meurisse (22 août 1644) jusqu'à l'arrivée de Bédacier (août 1619). Voyez liv. III des Études de M. Floquct.

de recevoir enfin, non pas son évêque en titre (le retour de Henri de Bourbon eût causé très peu de joie), mais un suffragant chargé de tenir sa place, et heureusement plus capable qu'il n'était lui-même d'en remplir tous les devoirs.

Le suffragant de l'évêque de Metz, Pierre Bédacier, était un bénédictin de Saint-Germain-des-Prés : il appartenait donc à un ordre qui méritait mieux que pas une académie d'être appelé (surtout par un ecclésiastique et du haut d'une chaire chrétienne) « la plus célèbre compagnie de savants qui soit dans le monde. » Prieur de Marmoutiers, avant d'être évêque d'Auguste, un sous-diacre pouvait dire de lui qu'il avait rempli de « grands emplois. » Installé à Metz depuis quelques semaines, c'est lui qui allait conférer à Bossuet le diaconat ; en venant l'entendre, il lui donnait un témoignage de bienveillance dont celuici ne pouvait être touché médiocrement. Qu'on y réfléchisse : dans tout ce passage, depuis le premier mot jusqu'au dernier, il était difficile de pousser plus loin le sentiment des bienséances et la justesse de lVxpression.

Le discours fut donc prêché à Metz, le 9 septembre 1649. Bossuet avait alors vingt-deux ans ; il prêchait, à proprement parler, pour la première fois; et cela explique d'abord pourquoi ce Panégyrique <ir saint Gorgon est, sans aucun doute, le plus imparfait qu'il nous ait laissé. Le plan, qu'il avait pourtant étudié avec soin, est indécis ; le peu que la

légende nous raconte de la vie et de la mort de saint Gorgon est épuisé dans le premier point ; le second est un sermon qui vient à la suite d'un panégyrique, sans que Bossuet ait encore trouvé le secret d'enchaîner étroitement dans toute la marche de son discours les incidents du récit avec la conclusion morale qu'il veut en tirer. Le récit est très inégal. Bossuet a de nobles paroles sur le courage des premiers chrétiens, ce courage inflexible qui ne se laissait pas amollir par l'espoir des grandeurs ni ébranler par la crainte de l'ignominie ou des supplices. Saint Gorgon était le favori de l'Empereur ; il a mieux aimé être^ quoi ? « le plus misérable des hommes, en un mot, chrétien. » Grande leçon pour les chrétiens d'aujourd'hui * !

En vérité, Messieurs, n'eussions-nous pas craint de choquer l'Empereur et de taire tort à notre réputation ? Nous sommes bien obligés à la Providence divine, qui nous a fait naître dans un siècle et dans un royaume où le nom de chrétien est une qualité honorable... Que si nous eussions vécu dans ces premiers temps où être chrétien c'était un crime d'État, nous eussions bien épargné aux tyrans la peine de nous tourmenter...

Je tremble pour moi quand je considère à combien peu il tient que nous ne soyons infidèles. Ah 1 race de tant de millions de martyrs qui nous ont engendrés en Jésus-Christ par leur sang, jamais la vertu de ceux qui nous ont précédés dans la foi ne réveillera-t-elle en

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