MÉDITATIONS ST'P, L'ÉVANGILE
sous la forme d'une allégorie. Voici Jérusalem investie par les Légions, enfermée dans un cercle de forteresses :
Trois plaies tomberont sur elle : l'épée. la famine,
la captivité.
L'épée : c'est la blessure de l'âme, la division entre ses parties; toutes ses forces se dissiperont, elle n'aura plus de résistance. Ah! quel état! On ne résiste plus aux tentations; le péché emporte tout; c'est la faiblesse de l'âme, à qui tout échappe, et qui s'échappe à ellemême; les chutes sont continuelles et irréparables; on ne peut plus se relever. Telle est la plaie de l'épée : le cœur est ouvert, et ne retient plus ni la grâce, ni la vérité.
La famine : c'est la soustraction des aliments, non seulement quand ils manquent, mais encore, ce qui est bien pis, quand le principe pour en profiter manque tout à fait... La vérité ne fait plus rien sur cette âme, elle ne s'en nourrit pas, elle n'en vit pas. Ses œuvres, qui sont les enfants qu'elle nourrit i tombent en langueur; tout y dépérit visiblement : ou elle ne produit rien, ou si elle produit, ce bien ne se soutient pas. Hélas J hélas! qu'y a-t-il de plus déplorable que cette famine?
La captivité :... l'âme abattue par tous les vices, accablée de fers qu'elle ne peut porter ni rompre; elle est traînée en captivité d'objet en objet; toutes les passions la dominent et la tyrannisent tour à tour: elle pense être en repos contre l'amour des plaisirs : l'ambition la met sous le joug; l'avarice l'assujettit et ne lui laisse pas le temps de respirer, tant elle l'accable d'affaires, de seins, de travaux..
Hélas I hélas! où en es-tu, âme raisonnable, faite à
l'image de Dieu? Blessée, percée de tous côtés; outre cela, affamée; pour comble de maux, captive; sans force, sans nourriture pour te rétablir, sans liberté ; ah ) quel malheur est le tien !
Quelle tendresse et quelle compassion pour cette âme blessée, affamée, captive! GommeBossuet connaît bien toutes ses plaies ! Gomme il est habile à la guérir ! Car il ne lui a fait sentir ainsi les misères de l'état où elle languit que pour lui inspirer le désir d'en sortir enfin et de renaître ; 'puis il relèvera son courage, en lui montrant où est le remède, où est l'espérance :
Ame pécheresse, il y a pour toi, malgré tes péchés, une ressource infaillible : l'excès même de ton malheur peut être , comme à Israël , le commencement de ton retour.
Israël, fatigué de ses révoltes, de ses malheurs, de sa vaine crédulité et de ses frivoles espérances ; las de toujours attendre sans rien voir, de soupirer après un Messie qui ne vient point, parce qu'il est déjà venu, se réveillera; il commencera à connaître combien il avait tort de se consumer en espérances frivoles, au lieu de jouir de son Christ qu'il avait si longtemps méconnu; et déplorant l'excès de son aveuglement, il ouvrira enfin les yeux à la véritable lumière.
Fais ainsi, âme chrétienne; le péché a eu son temps... Il est temps de revenir de si grands excès... Il faut maintenant revenir à soi , et • qu'où le péché a abondé, la grâce surabonde * » à son tour 2.