‹ Bossuet orateurChapitre 78 sur 192 · ÉTUDE DES PÈRES. S. AUGUSTIN · texte numérisé non relu

ÉTUDE DES PÈRES. S. AUGUSTIN

de Pâques ' , il veut traiter ces trois points : qu'il fau t mourir avec Jésus-Christ, c'est-à-dire mourir au péché , qu'il faut ressusciter avec lui , c'est-à-dire vivre d'une nouvelle vie, d'une vie toute céleste et selon Dieu, afin d'être immortel avec lui. Et cela revient à développer le sens des deux versets pris dans l'épître de saint Paul aux Romains 2. Dans le premier point, il s'attache surtout à la parole de l'Apôtre, à son intention dont il veut « avoir une pleine intelligence ; » et pour la commenterai arecours à Tertullien, à Origène, à saint Jean Chrysostome, aussi bien qu'à saint Augustin. Mais c'est celui-ci qui ouvre et qui remplit presque entièrement le deuxième point : « Expliquons, s'il vous plaît, sa pensée et suivons son raisonnement... Ne nous éloignons pas de saint Augustin. * Puis, revenant à saint Paul, il lui adresse cette apostrophe familière : i Grand apôtre, ce sont vos paroles, et vous serez aujourd'hui notre conducteur. »

L'orateur peint les trois âges de la vie promise aux justes : d'abord, la vie menée ici-bas, cette enfance des chrétiens, heureuse parce qu'elle est sainte, aimable parce que les gémissements et les pleurs y sont accompagnés d'une fidèle espérance ; puis la

1. Prêché à Metz, et, selon toute apparence, en 1655, comme l'a pensé M. Lâchât. La date est indiquée par l'écriture, par les formes du style et l'emploi de plusieurs locutions surannées, par une allusion aux <r misères de ce temps » et aussi par la comparaison de ce 'li-'-ours avec un sermon pour le jubilé, qui doit être postérieur et qui est de 1G56. — 2. Rom., vi, 9, 10,

ileurissante jeunesse, et, dans la céleste demeure, les joies sans mélange :

Ici-bas, chrétiens, de quelle multitude de vains désirs l'âme des plus saints n'est-elle point agitée ? Dieu y habite, je l'avoue ; mais il n'y habite pas seul : il y a pour compagnons mille objets mortels que la convoitise ne cesse de leur présenter, parce que, ne pouvant séparer les justes de Dieu auquel ils s'attachent, elle tâche du moins de les en distraire et de les troubler. C'est pourquoi ils gémissent sans cesse et s'écrient avec l'Apôtre : « Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps ■ î » Au lieu qu'à la vie paisible dont les saints jouissent au ciel, saint Augustin lui donne cette belle devise : Cupiditate exttinctd, Charitate compléta 2. « La convoitise éteinte, la charité consommée 3. »

Il est cependant permis à l'âme d'espérer des joies plus pures encore et plus vives :

Ne semble-t-il pas, chrétiens, que ce serait un crime de souhaiter quelque chose de plus ? Et néanmoins vous savez qu'il y a un troisième âge où notre vie sera parfaite, parce que notre félicité sera achevée. Dans les deux premiers, Jésus-Christ éteint en ses saints le péché et la convoitise. Enfin dans ce dernier âge et du monde et du genre humain, après avoir abattu nos autres ennemis sous ses pieds, la mort domptée couronnera ses victoires. Comment cela se féra-t-il ? Si vous me le demandez en chrétiens, c'est-à-dire non pas pour contenter

1. Rom., vu, 24. — 2. Ejnot., clxxxvii, 17. — 3. Premier sermon /M>Mr le jour de Pâques, 2e p., ms, t. XIV. f. 20, 21.

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