ÉTUDE DES PÈRES. CONCLUSION
une vaine curiosité, mais pour fortifier la fidélité de vos espérances, je vous l'exposerai par quelques maximes que je prends de saint Augustin. Elles sont merveilleuses, car il les a tirées de saint Paul.
Ces dernières paroles nous livrent l'intime pensé.' de Bossuet : la source vive d'où il veut tirer désormais tous se discours, c'est l'Ecriture expliquée par les Pères; mais saint Paul commenté par saint Augustin, c'est la fleur du froment, c'est le plus pur de la substance du christianisme.
Il est inutile d'aller plus loin; nous savons maintenant le secret de la destinée de Bossuet. Lorsqu'il sortit de Metz pour la première fois, à vingt-huit ans, il avait trouvé la règle certaine et invariable de sa pensée. Désormais l'esprit de secte qui divisa l'Église pendant toute la durée du dix-septième siècle était sans péril pour lui ; au milieu des Molinistes, des Jansénistes, des Quiétistes, dans ces discussions si passionnées et si épineuses sur la grâce ou sur l'oraison, son ferme bon sens l'aurait aidé sans doute ii " tenir le milieu entre les deux extrémités, d et Nicolas Cornet lui avait appris à discerner « dans cette nuit d'énigmes et d'obscurités s les endroits « où il faut s'arrêter court, » pour ne pas se perdre. Mais sur toutes les questions faites pour embarrasser la raison, les livres apostoliques avaient fixé pour lui les bornes de nos connaissances, le sens précis de L'Écriture et la doctrine constante de l'Eglise. C'est
là qu'il a trouvé le « port salutaire » où sa foi sereine a jeté l'ancre, tandis que les « nefs téméraires » bravent la mer hérissée d'écueils, où le doute flotte à l'aventure, où gronde l'éternel orage des contradictions humaines *.
En même temps, on voit d'où lui est venu cet accent d'autorité que gardera sa parole. Il en faut chercher la raison moins dans le tour impérieux de son esprit, que dans son invariable attachement à la tradition. Il n'est pas engagé de sa personne dans les opinions qu'il expose; s'il parle avec cette assurance et prend ce ton d'oracle, c'est qu'il s'est dépouillé du sens propre; il ne prétend plus autre chose que d'offrir aux fidèles qu'il s'est chargé d'instruire « une doctrine toute chrétienne, toute prise des Livres saints et des Ecritures apostoliques -, » une « simple et naïve exposition des maximes de l'Évangile 3. » Ce n'est pas lui qu'il faut croire : « Rendez-vous attentifs, c'est le Sauveur qui parle; il est question d'entendre sa parole qui est la vie éternelle 4. »
1. Oraison funèbre de Nicolas Cornet. — 2. Premier sermon pour la Circoncision, 1er point. — 3. Premier sermon pour le jour de Pâques, Exorde. — 4. Panégyrique de saint François d'Assise, 2e point. i