‹ Bossuet orateurChapitre 81 sur 192 · P«mr le Panégyrique de saint François de Poule, qui a été · texte numérisé non relu

P«mr le Panégyrique de saint François de Poule, qui a été

refait deux fois par Bossuet, voy. le chap. il du liv. Ior et le chap. il du liv. II de ces Études.

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surtout à côté du Panégyrique de saint Bernard. Là l'orateur était défendu par le caractère même et par les ressources de son sujet contre les entraînements de l'amplification scolastique. La variété des faits tempère la monotonie des démonstrations abstraites ; la sécheresse du raisonnement est animée par la vivacité des peintures.

ïmrfrtf. Le Panégyrique de saint François d'Assise est écrit tout entier sur le ton de l'enthousiasme; nourri de la doctrine des Pères et de l'histoire de l'Église, Bossuet y rend témoignage de sa foi avec toute Fardeur d'un néophyte ; laissant à d'autres les concessions ouvertes ou déguisées, il rougirait de « faire les choses à demi, » d'atténuer même en apparence les exagérations les plus propres à étonner le sens commun, pour peu qu'elles semblent tenir à l'essence même du christianisme : il prend plaisir, au contraire, à faire « éclater dans toute leur étendue le scandale et la folie de la croix; d dans la ferveur de son zèle, il s'applaudit de pousser à bout la prudence humaine, de l'étourdir par des propositions « où elle ne peut rien comprendre *.» Il faut voir, dans l'exorde de notre Panégyrique, avec quelle fierté chevaleresque il provoque ses adversaires, avec quelle témérité héroïque il veut les combattre tous ensemble, et prend d'abord plaisir à |i s compter. Il en a de trois sortes : les Juifs, les

1 . ' Et encore que le sens humain y répugne, disait-il ailleurs {Sur Jésus- Christ objet de scandale, 1er point), il faut que les vérités éternelles l'emportent et qu'elles captivent les entendements, a

PANÉGYRIQUE DE S. FRANÇOIS d'aSSISE. 109

Gentils, les hérétiques, et, comme si ce n'était point assez de combattre les hérésies présentes, il veutavoir affaire aux adversaires de TertulKen, de

saint Augustin, aux Manichéens, aux Marcionites *. A tous ceux qui se trompent en voulant embrasser l'ombre d'une vaine sagesse, il a rompu en visière dès les premières paroles, par le choix même de son texte ; il leur dit avec saint Paul : « S'il v a quelqu'un parmi vous qui paraisse sage selon le siècle, qu'il devienne fou afin d'être sage "2. »

La folie de saint François d'Assise fournit à son zèle une ample matière pour les instruire ou pour les confondre :

La voilà, la voilà, chrétiens, cette illustre, cette généreuse, cette sage et triomphante folie du christianisme, qui dompte tout ce qui s'oppose à la scienceMe Dieu, qui rend humble ou qui renverse invinciblement la raison humaine, et toujours en remporte une glorieuse victoire.

El le jeune orateur choisit dans la vie du saint quelques-unes de ses actions les plus éclatantes. On sent qu'il est venu jusqu'à lui, tandis qu'il lisait les récits de saint Bonaventure, un reste de cette exaltât ii m qui fit tressaillir les âmes chrétiennes au treizième siècle, et, lorsqu'il raconte à son tour le mariage mystique de saint François et de la Pau-

1. Panégyrique de saint François d'Assise, Bxorde.CC. S< rmon

pv}tr le IX* dimanche après la PmtecOte, Exorde et 1er point. — 2, I Cor., in. 18.

vreté, il est animé de cette même ferveur qui respire dans les peintures tracées par Giotto sur les murs d'Assise ou dans le Paradis de Dante.

Le poëte, pressé par l'espace, résumait la légende en peu de mots ; il montrait le saint qui, * tout jeune encore, entre en guerre avec son père pour l'amour d'une dame à laquelle, comme à la mort, nul de bon cœur n'ouvre sa porte. » Depuis onze cents ans et davantage, elle était veuve, méprisée, obscure, » sans qu'on eût demandé sa main. Et pourtant Dante rappelle ses titres, qu'il prend, selon sa coutume et par un mélange singulier, dans la Pharsaïe et dans l'Evangile. Elle était à côté de ce pêcheur endormi à qui César a confié sa fortune ; celui « qui fit trembler le monde, » frappa au milieu de la nuit à la porte de la cabane, mais sans effrayer Amiclas, parce que la Pauvreté ne connaît pas la crainte, Elle était sur le Calvaire au moment de l'agonie : Marie resta, baignée de larmes, au pied de la croix ; la Pauvreté, « constante et fière, monta sur la croix » avec Jésus-Christ. Gloire inutile ! elle est restée veuve, jusqu'à ce que François se fût épris d'elle : il l'épousa, et « la tendre union de ces deux amants, la joie qui rayonnait sur leurs visages, la merveille de leur amour et leurs doux regards faisaient naître de saintes pensées *. »

Là où Dante faisait violence à l'expression pour être court, Bossuet s'épanche en liberté; avant de

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