‹ Bossuet. Préf. de V. GiraudChapitre 27 sur 47 · Dagonet, Nouveau traité des maladies mentales · texte numérisé non relu

Dagonet, Nouveau traité des maladies mentales

Je n'ai pas craint do rapporter quelque chose de l'éloquente colère de Bossuet à l'irritalion personnelle. Il me reste maintenant, puisque l'auteur de Madame Guijon ne m'en a pas dispensé, à montrer les raisons plus générales, plus hautes, plus impérieuses qui, dans cette controverse mémorable, gouvernèrent la conduite de Bossuet.

On a prétendu qu'il y avait eu là-dessous une intrigue de cour, et je m'étonne à ce propos que M. Guerrier, reprenant la supposition, n'ait pas plus à fond discuté le passage bien connu des Lettres de la Palatine'. « Je vous assure que cette querelle d'évéques n'a trait à rien moins qu'à la foi; tout cela est ambition pure; on ne pense presque plus à la religion, il n'en reste que le nom. » Quoi qu'il en soit, il faut noter que c'est en 1693 que la querelle commence, au moment où Mme Guyon remet ses livres entre les mains de Bossuet, et que celte interprétation ne commence d'apparaître qu'en 1698. Je l'admets néanmoins, mais dans une étroite mesure, dans la mesure où elle est également honorable pour Bossuet et pour Fénelon. Pour Féncloo, je ne doute pas un seul instant que, dans le secret de son cœur,

i. La Palatine, c'est, on le sait, Madame, duchesse d'Orléan», qu'on est toujours cnibarrassé de savoir comment nommer, si quand on l'appelle ■ Madame, duciiessc d'Urléans •, on risque de la conTondre avec Madame Ilcnricllc, et avec Anne de Gonzague, quand oa l'appelle ■ la Palatine •.

il ait, en effet, nourri d'ardentes ambitions politiques, et visé, sous le règne futur du duc de Bourgogne, ou même du grand dauphin, le rôle d'un Richelieu. Je ne lui en lais pas un reproche. Mais de savoir ce qu'aurait été le gouvernement de l'auteur du Télémaque, c'est ce que je m'abstiendrai de rechercher. Que si, d'autre part, à mesure que la querelle s'animait et que chacun des deux adversaires découvrait le fond de sa pensée, Bossuet a redouté pour l'avenir l'application des principes politiques de Fénelon, il n'y a rien là qui ne soit à son honneur, et en tout cas qui ne fût absolument de son droit. On peut être un fort honnête homme, je pense, et rêver une autre politique, moins chimérique que celle de Salente, et surtout moins aristocratique.

Il est au moins une question de l'ordre politique, impliquée dans le débat, sur laquelle nous savons que Bossuet et Fénelon étaient profondément divisés d'opinion : c'est la question du gallicanisme. Le livre de M. Gérin, que nous avons rappelé plus haut, — Recherches sur rassemblée de 1682 ', — a prouvé que Bossuet, nourri dès sa jeunesse aux principes gallicans, dès sa jeunesse aussi les avait hautement professés. On discute encore aujourd'hui s'il les aurait abjurés dans son extrême vieillesse. L'affirmative a été soutenue dans un livre, entre autres, un peu pénible à lire, il est vrai, mais singulièrement instructif, — Etudes sur la condamnation du livre des Maximes des saints *, par M. Grivcau, —

i. Paris, 2" édilion, 1870, LecoITre.

Page 1