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VARIÉTÉS

fécondation d'un individu d'une espèce par celui d une espèce différente, lorsque le pollen de l’un est porté sur le stigmate de 1 autre. Elle ne peut réussir lorsque les plantes sont bien différentes entre elles ; mais il est incontestable qu elle a lieu entre des plantes d’espèces très voisines quoique distinctes , et qu’ alors les graines, quoique tendant généralement à avorter, sont quelquefois fertiles. La plante qui en provient doit naturellement présenter des caractères intermédiaires entre les deux qui lui ont donné naissance, et comparée soit à l'une, soit à l’autre, des caractères différentiels qui lui donnent l’apparence d’une variété. Mais à laquelle des deux la rattachera-t-on comme telle? Ce sera à celle avec laquelle elle a le plus de traits communs , si elle en offre fort peu avec l’autre : sinon on la désignera simplement comme hybride. Mais, après quelques générations, les traits de l’un des parents se prononcent de plus en plus, surtout s’il y a un nouveau croisement entre l’hybride et l’une des espèces primitives ; et l’on conçoit qu'on peut arriver ainsi à une variété bien définie. Mais les hybrides sont fort rares dans la nature, où les espèces les plus voisines par leurs caractères ne le sont que rarement par leur station. Dans nos jardins, surtout dans les jardins botaniques, où l'on cherche au contraire à montrer ensemble les espèces qui se ressemblent le plus, les croisements sont beaucoup plus fréquents et plus multipliés.

La culture profite de toutes ces données pour faire varier les végétaux, en variant les conditions de leur nutrition, conservant et multipliant les produits qui en sont résultés, les propageant par la graine, les améliorant par do nouveaux croisements. De là, ce «timbre prodigieux de variétés pour certaines espèces de fleurs et de fruits recherchés par I homme. L’espèce, travaillée ainsi pendant une longue suite de générations, se trouve représentée par une suite do modifications où ses traits primitifs, altérés à des degrés et avec des nuances différentes, se reconnaissent difficilement, d’autant plus que plusieurs se trouvent souvent empruntés à d’autres espèces : résultat précieux pour le cultivateur, fort embarrassant pour le botaniste. Mais, si quelques végétaux domestiques demandent une étude aussi compliquée, ils ne sont pas nombreux, et la plupart des espèces, telles qu’elles croissent naturellement, conservent intacts et constants leurs caractères originaires, qui varient seulement dans des limites assez étroites pour qui! nous soit possible de les saisir et do tracer ainsi de chacune d’elles un portrait assez ressemblant pour la reconnaître au milieu des autres. G est donc dans la nature que nous pouvons retrouver les types primitifs de quelques plantes masqués et défigurés par les innombrables variétés de nos jardins, et parmi lesquels il suffit de citer les Dahlias, les Calcéolaires, les Géraniums, etc.

Leur étude, véritable chaos, a peu d’intérêt sous le rapport de la botanique; elle en aurait beaucoup sous celui de la physiologie, si le cultivateur pouvait déterminer par quelle route le hasard l'a mené à un but qu’il ne connaissait pas d’avance.

§ 504. Genres. — S'il n’existait qu’un nombre très borné d'espèces , la mémoire pourrait sans grande difficulté retenir le signalement de chacune et le nom particulier par lequel on la désignerait. C’est ce que nous voyons aux époques et chez les peuples où l'étude de la botanique se borne à distinguer les principaux végétaux croissant autour de soi, dans un pays peu étendu, sans s'occuper de ceux qui n’attirent pas l'attention par leurs dimensions, leurs formes, leur éclat, leur usage, ou par quelque propriété remarquable, non plus que de ceux qui habitent des contrées différentes. On apprend alors à les connaître de même que les autres mots usuels de la langue, sans ordre fixe, comme le hasard ou le besoin les présentent; on les définit par le caractère réel ou imaginaire qui les recommande à l'attention. C’est ainsi que, dans les plus anciens ouvrages d histoire naturelle , nous voyons figurer un certain nombre d'espèces dont la classification et la description ne suivent aucune règle fixe, et dont l’auteur s’attache à signaler les vertus et les usages bien plus que les caractères à l'aide desquels on peut les reconnaître ; ce qui était considéré comme superflu sans doute, puisque le nom populaire cité suffisait en général pour cela.

A la renaissance des lettres, l’étude des auteurs grecs et latins, où l’on croyait devoir tout retrouver, absorba longtemps les efforts des savants ; et la botanique se borna d’abord à de longs et pénibles commentaires sur Théophraste, sur Pline et sur Dioscorido. On finit cependant par comprendre que, pour l'intelligence de leurs ouvrages sur l'histoire naturelle, l'étude des objets naturels eux-mêmes fournirait un puissant secours : on examina ceux-ci en regard do ces ouvrages ; on essaya de les éclaircir non seulement par des écrits , mais plus tard aussi par des figures. L’obstination avec laquelle on cherchait à rattacher à cos traditions des pères de la science les végétaux observés dans des pays pour la plupart différents de celui (pii leur avait fourni leurs matériaux, a sans doute entraîné beaucoup d erreurs; mais, néanmoins, elle accoutuma a connaître ces végétaux par eux-mêmes, tout en les nommant souvent a tort : on apprit à en distinguer beaucoup plus (pie 1 antiquité n en mentionnait, et, cette vérité une fois reconnue, on multiplia les recherches, et par suite le nombre des espèces végétales connues ; tellement qu il arriva un moment où l’encombrement do ces richesses nouvelles se lit sentir. La diversité des choses et des mots commençait a dépasser les forces de la mémoire humaine.

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