LICHENS
toutes les autres parois végétales : c'est de la cellulose. On croyait autrefois le tissu des Champignons formé par une substance tout à fait différente , très azotée , et qu’on nommait fungine. Mais cette composition est étrangère à la paroi, et due sans doute aux matières qui la remplissent ou la pénètrent. Ils so montrent très supérieurs aux Algues par les produits qu'ils sécrètent , et parmi lesquels on remarque l'albumine, le sucre, une matière grasse et divers acides, sans compter plusieurs qui leur sont propres et auxquels ils doivent sans doute leurs propriétés si connues. Il résulte de leur composition qu'ils croissent extrêmement vite, et, après une existence extrêmement passagère, se décomposent de même avec des phénomènes et des produits très analogues à ceux qu’on observe dans les matières animales.
ils déploient des couleurs très variées et quelquefois très brillantes , mais presque jamais la verte. Aussi les voit-on vivre et se colorer tout aussi bien dans l’obscurité qu’à la lumière, et agir sur l'air atmosphérique à la manière des autres parties colorées autrement qu’en vert. Ils vicient très rapidement l’air en absorbant son oxygène pour former et exhaler une égale quantité d’acide carbonique. Il est à remarquer que, dans l'oxvgène pur, ils l’absorbent,
Ien combinant une partie avec leur carbone, et le rendant sous forme d'acide carbonique , en conservant une autre qui semble remplacer dans leur tissu une assez grande quantité d’azote qu’ils exhalent alors au dehors. Dans une atmosphère d'azote, ils modifient à peine ce gaz. C’est donc à la terre qu’ils empruntent ce principe si abondant chez eux , ainsi qu’on devait s'y attendre en les voyant vivre presque toujours sur les matières organiques en décomposition.
Chacun sait que les Champignons offrent, à côté do mets recherchés, des poisons extrêmement dangereux. Il n’y a malheureusej ment pas de caractères auxquels on puisse distinguer les vénéneux 1 des innocents, et l'on doit apporter à leur usage d’autant plus do '| prudence que l’expérience des autres n’est pas toujours décisive. 11 1 paraît, en effet, que la manière de les apprêter entre pour beaucoup 1 dans les effets qu’ils peuvent produire. On détruit les qualités malfaisantes de certaines espèces en les faisant cuire ou saler, ou infuser dans le vinaigre ; ce qui prouverait qu'en cas d’ompoisonnel ment il faudrait se garder do sel ou de vinaigre, qui , dissolvant le principe vénéneux , le répandraient avec beaucoup plus do rapidité i dans tout le corps.
§ !H6. Lichen* (Liclienes). — Los Lichens forment ces oxpan- | sions ordinairement sèches que nous voyons s’étendre sur les pierres, | la terre, 1 ecorcc des arbres, qu ils recouvrent do ces teintes variées I qui leur sont propres. L’expansion qu’on appelle le Ihnllux du Lichen
a quelquefois la consistance d'une fine poussière, et alors elle est mal circonscrite et sans forme arrêtée. D'autres fois elle forme une sorte de croûte de forme déjà plus régulière et de consistance assez analogue au stroma de certains Champignons. Enfin elle peut s’étendre en lames [fuj. 468 l) dont le contour est nettement circonscrit, souvent par des lobes qui on se développant se partagent par une
sorte de dichotomie, ou bien s’allongent en filets simples ou ram eux. On reconnaît dans le tissu trois sortes de cellules : les unes c oui 1 0?-,
408 1 Liclion liyménolhalamé, le Parmella acelabulum. — t Thallus. — s Apollieriinns en forme «le scutcllcs el à divers degrés do développement.— 2 Apolhcoinni coupe verticalement et grossi assez pour qu’on aperçoive la couche tp formée par 1 union «1rs
Ihèques et des paraphées. ... f
4P,!). Tranche du thallus du Peltigcra polgdaclyla, perpendiculaire a sa surlace. —
rc Concile corlicnlo. — g Gonidies. — mm Couche médullaire.
470. Petite portion de l’apolhccium du mémo lichen. — U Portion de 1 hypolhecmm. Il Deux Ihèques, renfermant chacune six spores. — p Poraphysos.
LICHENS. -il 9
à parois épaisses et d’ordinaire unies intimement entre elles (ftg. 469 c); les autres allongées en filaments lâchement leutrés [/ig. 469 m) ; les troisièmes, globuleuses, éparses sans adhérence (/ ig . 469 g), et qu’on nomme gonidies. Celles-ci peuvent par leur développement individuel reproduire le végétal dont elles sont nées. Les trois sortes de cellules s'observent ensemble dans les Lichens les plus parfaits, qui présentent en conséquence trois couches : la plus superficielle ou corticale (c), formée par les premières ; la plus profonde ou médullaire (m), formée par les secondes; l’intermédiaire ou gonidiale (g), formée par les gonidies, quelquefois aussi disséminées par groupes au milieu du tissu médullaire. Dans certains Lichens moins complets, qu’on appelle crustacés parce que leur tissu est constitué par une sorte de croûte, ce tissu est presque exclusivement borné au cortical. Dans ceux qu’on appelle pulvérulents et que nous avons déjà indiqués plus haut, cet aspect de poussière est dû aux gonidies nombreuses entremêlées aux filaments de la couche médullaire; mais il est très vraisemblable que cette forme n’est celle que de Lichens imparfaitement développés et dépourvus des organes de reproduction, ce qui n’empêche pas leur multiplication, qui a lieu au moyen des gonidies.
Pour ces organes reproducteurs qu'on trouve dans les autres Lichens, ils se rapprochent tout à fait des Champignons thécasporés , car chez eux ce sont aussi des thèques ( fig . 470 t) contenant les spores au nombre do 2 ou de l'un de ses multiples : 4, 6, 8 le plus souvent, quelquefois 12 ou 16. Elles sont rapprochées par groupes tantôt portés immédiatement sur la substance du lhallus, qui forme ainsi par places le réceptacle, tantôt sur une substance propre et intermédiaire qu'on nomme hgpothedum. Ce réceptaclo [fig. 468 .s) so relève autour des groupes en un rebord saillant formé do même aux dépens ou du thallus, ou de la substance propre, ou des deux à la fois, et qui tantôt forme autour une simple margelle [fig. 409), tantôt, dépassant les thèques, se referme au-dessus d’elles de manière à les renfermer dans une cavité , et prdnd alors le nom de perithccium. Souvent il ne les enveloppe complètement quo dans le premier âge, puis s'entr'ouvre et s'étale. Aux thèques s'entremêlent des filets stériles, ou parnphyses (/ ig . 470 p), qui, plus lohgucS et Unies parleur sommet, au moyen d’und matière visqueuse qu’ils exsudent, lient tout ce système eii une sorte do masse unique [nucléus ou excipulum). Cette massé, avèc sdn réceptacle, représente évidemment celle dos Champignons avec son hyménium, et prend ici le nom d apotliecium.
A côté de ces appareils qui portent les thèques, on en a reconnu d autres analogues par leur forme, mais beaucoup plus petits et
souvent plongés dans l’épaisseur du thallus. Leur surface est recouverte de filets cellulaires ordinairement cloisonnés, dont les extrémités , tantôt ovoïdes, tantôt filiformes, finissent par se désarticuler, et, libres dans la cavité qui les a produits, s’en échappent enfin par un pore dont son sommet est percé. M. Tulasne, qui a fait bien connaître ces corps dans un grand nombre de Lichens , propose de les nommer spermaties (spermatia), et la cavité qui les renferme spermogonie, (spermogonium). 11 n’a pas reconnu à ces spermaties les mouvements que leur attribuent d’autres observaleurs. Mais leur présence presque constante au voisinage des apotheciums porte à penser qu'ils sont destinés à les féconder, et que par conséquent ces appareils sont analogues aux anthéridies.
La spore, parvenue à maturité et sortie de la thèque, germe à la manière de celle des Champignons, c’est-à-dire s’allonge par un ou plusieurs points en filaments rameux qui, se multipliant, ne tardent pas à s’entrecroiser, soit entre eux, soit avec ceux des spores voisines, et à constituer ainsi un réseau comparable au mycélium. Sur divers points de ce réseau, là où le feutre est le plus épais , on voit apparaître de petits amas celluleux qui, se dilatant et s'étalant peu à peu, constitueront le thallus.
On peut distinguer les Lichens où le réceptacle est fourni par le thallus môme, en coniotlmlamés ou pulvérulents, et idiothaiamés ou crustacés; ceux où il est formé par une substance propre, en gas~térothalamés , ceux qui sont munis d’un perithécium clos, et hyménothalamés , ceux où il est ouvert. L’apothecium a été souvent désigné sous d’autres noms, suivant les différentes formes qu’il affecte : par exemple, sous ceux do disque, scutelle, tubercule, globule, qui se comprennent d eux-mêmes ; ou encore sous celui de lirelle, lorsque, linéaire et llexueux, il s ouvre par une fente longitudinale.
Les Lichens diffèrent encore des Champignons en ce qu’ils persistent pendant un temps très long, et, s’appliquant sur des corps inorganiques, vivants ou morts, mais jamais en putréfaction , semblent rechercher l’air et le jour. Us offrent cependant rarement la couleur verte, quoique tous la prennent sans distinction lorsqu ils sont mouillés ou humides, et leur tissu, soc, cassant ou coriace, devient alors mou, flexible et facilement déchirablo.
Le tissu de plusieurs lichens est employé utilement pour la nourriture des hommes dans certains cas, et des animaux dans certains pays : c’est le Cenomgce rangiferina qui nourrit les rennes pendant l’hiver en Laponie. Los Cetraria islundicu (Lichen fl Islande , S tic la pulmonaccn et autres, fournissent une gelée saine et nutritive dont l’usage est avantageux pour certains états de santé. La cellulose qui forme les parois do la couche médullaire, isoméiique, comme